mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301363 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | VIEILLEMARINGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 avril 2023, le 18 octobre 2023 et le 15 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par heure de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble
- sa requête n'est pas tardive car les délais de recours ne peuvent lui être opposés dès lors que l'arrêté n'a pas été envoyé à sa dernière adresse ;
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté disposait d'une délégation de signature lui donnant compétence ;
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
En ce qui concerne le refus de séjour
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision du refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi et le délai de départ volontaire
- elles sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive et par suite irrecevable ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Best-De Gand.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 4 avril 2003, est entré sur le territoire français en août 2019 selon ses déclarations. Il a bénéficié d'une mesure de placement au titre de l'aide sociale à l'enfance. Il a présenté le 12 juin 2021, une demande d'admission au séjour, complétée le 25 juin 2021. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 12 août 2021 à une peine de 6 mois d'emprisonnement exécutée sous le régime de la détention à domicile pour des faits de violence commise en réunion suivie d'une incapacité supérieure à huit jours et rébellion commis le 9 août 2021. Par l'arrêté attaqué du 20 décembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de Loir-et-Cher du 25 janvier 2021, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent. Il est, par suite, suffisamment motivé. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
5. Il ressort des pièces du dossier, qu'ainsi qu'il a été dit au point 1, le requérant a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Paris du 12 août 2022 à 6 mois d'emprisonnement pour des faits de violence commise en réunion suivie d'une incapacité supérieure à huit jours et rébellion commis le 9 août 2021. S'il soutient que sa peine a été aménagée pour qu'elle puisse être exécutée à domicile, de ce qu'il a bénéficié de réductions de peine, qu'il a obtenu depuis son CAP et que le conseiller des services pénitentiaires d'insertion et de probation fait état d'une réinsertion rapide et effective, au regard du caractère récent et de la nature de cette condamnation pour des faits de violence physique, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour un motif tiré de la menace à l'ordre public qu'il représente.
6. En deuxième lieu, si M. A se prévaut d'une méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Loir-et-Cher pouvait sur le seul fondement de la menace à l'ordre public qu'il représente, refuser de délivrer un titre de séjour à M. A.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
8. Si M. A soutient que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie antérieurement à la décision prise, le titre de séjour sollicité n'entre pas dans la catégorie des titres de séjour précisément listés par l'article précité donnant lieu à consultation préalable de la commission du titre. Ainsi, le préfet de Loir-et-Cher n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de lui refuser le titre de séjour sollicité.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que le refus de titre pris à l'encontre de M. A n'est pas illégal. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est dépourvue de base légale. Le moyen doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. M. A se prévaut d'une méconnaissance par la décision attaquée de son droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il soutient que son petit frère, C, placé à l'aide sociale à l'enfance comme lui à son arrivée, réside désormais en France et que ses attaches familiales sont en France. Toutefois, il n'est pas établi, ni même allégué que le requérant ne conserverait pas d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, et eu égard à la menace pour l'ordre public que représente M. A, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En dernier lieu, si M. A se prévaut de ce que la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que son frère réside désormais en France, et qu'il serait contre l'intérêt de ce mineur de se voir séparé de son grand frère, d'une part il est constant que le jeune C a été confié à l'aide sociale à l'enfance, d'autre part, l'intensité des liens entre le requérant et son frère ne ressort d'aucune pièce du dossier. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi et le délai de départ volontaire
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 12 que le refus de titre et l'obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de M. A ne sont pas illégaux. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi et le délai de départ volontaire sont dépourvus de base légale. Le moyen unique doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best-De Gand, première conseillère,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La rapporteure,
Armelle BEST-DE GAND
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
Le greffier,
Vincent DUNET
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 230136
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026