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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301397

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301397

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 avril 2023 et le 19 avril 2023, M. C, représenté par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que, d'une part, la préfète a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il lui appartenait d'appliquer les stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et, d'autre part, cette dernière a exigé la détention d'un visa de long séjour qui n'est pas requis par ces stipulations ;

- elle méconnait les stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien en ce qu'il justifie d'une entrée régulière sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour et qu'il est marié à une ressortissante française depuis le mois de mars 2021 ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 9 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.

Un mémoire en défense présenté par la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, a été enregistré le 2 mars 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier,

- et les observations de Me Greffard-Poisson, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 6 décembre 1976, est entré en France le 13 juillet 2006 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 24 novembre 2021, M. C a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 16 janvier 2023, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention ''vie privée et familiale'' est délivré de plein droit : () 2° Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Il résulte par ailleurs des stipulations de l'article 9 de ce même accord que la production d'un visa de long séjour n'est pas exigée pour la délivrance d'un certificat algérien fondée sur l'article 6 de ce même accord.

3. Il résulte de ces stipulations, lesquelles régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, que la circonstance qu'un ressortissant algérien, régulièrement entré en France sous un visa de court séjour, a fait l'objet, au-delà de la durée de validité de ce visa, de décisions de refus de titre de séjour assorties d'obligations de quitter le territoire français régulièrement notifiées, ne fait pas obstacle à ce que la condition d'entrée régulière en France continue d'être regardée comme remplie, dès lors que l'étranger s'est maintenu sur le territoire.

4. Pour refuser la demande de titre de séjour présentée par M. C, la préfète du Loiret s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait ni de la détention d'un visa de long séjour au titre de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'une entrée régulière de l'intéressé sur le territoire français depuis le dernier arrêté portant obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifié le 4 février 2021. Elle en a déduit qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que les stipulations de l'accord-franco algérien précitées sont seules applicables à la situation de M. C et qu'elles n'imposent pas la production d'un visa de long séjour. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la préfète du Loiret a commis une double erreur de droit en faisant application des dispositions des articles L. 421-1 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en exigeant la production d'un visa de long séjour alors qu'il lui appartenait d'appliquer d'office les stipulations du paragraphe 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C est marié depuis le 13 mars 2021 avec Mme A D de nationalité française. Il n'est pas contesté que la dernière entrée en France du requérant, sous couvert d'un visa de court séjour, remonte au 13 juillet 2006, la préfète ayant d'ailleurs relevé dans l'arrêté attaqué qu'il s'était maintenu sur le territoire à l'expiration de son visa en dépit de quatre obligations de quitter le territoire français respectivement édictées en 2010, 2017, 2019 et 2021. M. C remplit ainsi les conditions fixées au 2° de l'article 6 de l'accord-franco-algérien, peu important à ce titre la circonstance qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement antérieures et qu'il se serait maintenu irrégulièrement sur le territoire depuis sa dernière entrée régulière en France.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée. Doivent également être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays en direction duquel M. C devait être renvoyé.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

8. Les motifs du présent jugement impliquent, sous réserve de changements de circonstances de droit ou de fait, que soit délivré à M. C un certificat de résidence algérien. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle au taux de 25% par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 mars 2023. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme totale de 1 500 euros, dont 375 euros à verser Me Greffard-Poisson, avocate de M. C, sous réserve que Me Greffard-Poisson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, et 1 125 euros à verser à M. C eu égard aux frais qu'il a exposés non compris dans les dépens, autres que ceux partiellement pris en charge au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 16 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. C un certificat de résidence algérien dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Greffard-Poisson, avocate de M. C, la somme de 375 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 125 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Greffard-Poisson et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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