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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301400

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301400

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantECHCHAYB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête enregistrée le 14 avril 2023, M. D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 E lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a porté interdiction de retour sur le territoire ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de 15 jours sous astreinte de 100 euros E jour de retard, ou le cas échéant de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance.

Il soutient que :

- l'arrêté porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; il réside en France depuis 2016, il est hébergé E Mme A, de nationalité française qui est enceinte ; ils ont un projet de mariage ;

E un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delamarre, magistrate désignée,

- et les observations orales de Me Echchayb représentant M. D qui indique abandonner les conclusions à fin d'annulation relatives à la prétendue décision portant interdiction de retour sur le territoire et les conclusions tendant à ce qu'il soit mis fin au signalement dans le système d'information Schengen dès lors que l'arrêté attaqué ne fixe pas d'interdiction de retour sur le territoire français ; le requérant sollicite en outre l'annulation de la mesure d'assignation à résidence et l'aide juridictionnelle provisoire ; il reprend les mêmes moyens que ceux de sa requête en insistant sur le fait qu'il entretient une relation avec Mme A depuis plus d'un an, qu'il l'assiste pour s'occuper des enfants qu'elle a eus de précédentes unions et qu'ils ont un projet de mariage.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, est entré en France le 12 décembre 2016. Il s'est vu notifier le 13 avril 2023 un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai et un arrêté portant assignation à résidence. Ce sont les arrêtés attaqués.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit E le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit E la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. D, au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue E la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. La préfète d'Eure-et-Loir pour prendre la décision attaquée a relevé que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour au-delà de la durée de validité de son visa et qu'il a manifesté son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet.

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant réside en France depuis l'année 2016, qu'il a vécu auprès de sa sœur de nationalité française, qu'il entretient depuis plus d'une année une relation avec Mme A, ressortissante française, qui attend un enfant de lui. Lors des déclarations faites au cours de l'audience, Mme A a indiqué qu'il s'occupe du dernier enfant né en mai 2022 qui n'a pas été reconnu E son père et que sa présence auprès d'elle pour la soutenir au cours de sa grossesse est indispensable.

7. Dans ces circonstances particulières, le requérant est fondé à soutenir que la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé E les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et à demander l'annulation de la mesure portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

8. Dès lors qu'il est fait droit aux conclusions aux fins d'annulation de la mesure portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision portant assignation à résidence, laquelle se trouve dépourvue de base légale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étranger set du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". En application de ces dispositions, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer une autorisation provisoire de séjour au requérant dans l'attente du réexamen de sa situation et ce, dans un délai d'un mois suivant la mise à disposition du présent jugement.

Sur les frais de justice :

10. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. D à l'aide juridictionnelle. E suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Echchayb, conseil de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Echchayb d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D E le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera versée à M. D.

D E C I D E :

Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est accordé à titre provisoire à M. D.

Article 2 : L'arrêté du 13 avril 2023 E lequel la préfète d'Eure-et-Loir a obligé D à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination et l'arrêté du 13 avril 2023 E lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer une autorisation provisoire de séjour au requérant dans l'attente du réexamen de sa situation et ce, dans un délai d'un mois suivant la mise à disposition du présent jugement.

Article 4 : l'Etat versera une somme de 1 000 euros au conseil de M. D sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Rendu public E mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La magistrate désignée,

Anne-Laure C

Le greffier

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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