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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301404

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301404

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2023 M. B A, représenté par Me Cariou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a fait obligation de se présenter tous les mardis et jeudis à 8 heures 30 au commissariat de police de Vendôme, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et dans cette attente, de lui délivrer, sous huit jours et dans les mêmes conditions d'astreinte, un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- son signataire n'avait pas compétence pour l'obliger à remettre son passeport, ou à défaut, pour l'obliger de se présenter aux autorités consulaires compétentes, ni pour lui faire obligation de se présenter tous les mardis et jeudis au commissariat de police, et ni pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français dès lors que les textes permettant d'imposer de telles obligations sont entrés en vigueur postérieurement à la date d'édiction de son arrêté de délégation ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas répondu à l'ensemble des moyens de droit et motifs mis en avant à l'appui de sa demande de titre de séjour.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de même que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France et de ses démarches d'insertion, un délai de plusieurs mois aurait dû lui être accordé ; dès lors, la décision lui ordonnant de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est entachée d'erreur manifeste d'appréciation par le préfet.

Par un mémoire enregistré le 3 mai 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- et les observations de M. A.

Le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais né le 18 juin 2000, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 29 février 2017 à l'âge de seize ans. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 27 février 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 30 avril 2019, confirmée par une décision du 20 septembre 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 16 septembre 2019, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 8 janvier 2020, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête présentée par M. A à l'encontre de cet arrêté. N'ayant pas déféré à la mesure d'éloignement, il a fait l'objet, le 23 novembre 2020, d'un arrêté du préfet de Loir-et-Cher portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour de deux ans. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. A a sollicité, le 13 septembre 2022, auprès des services de la préfecture du Loir-et-Cher son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 24 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente avec obligation de se présenter tous les mardis et jeudis à 8 heures 30 au commissariat de police de Vendôme afin de justifier des démarches engagées en vue de son départ, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une durée d'un an. Par un arrêté du 23 mars 2023, le préfet de Loir-et-Cher a assigné M. A dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours en application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a fait obligation d'une part, de se présenter les lundis, mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, à 8 heures 30 au commissariat de Vendôme et d'autre part, de demeurer dans les locaux où il réside les mardis, jeudis, samedis et dimanches, y compris les jours fériés, entre 6 heures et 9 heures.

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, ainsi que sur l'assignation à résidence. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions accessoires à ces dernières ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Loir-et-Cher, M. D C, préfet de Loir-et-Cher, a donné à M. E, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Par suite, la circonstance que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mises en œuvre en l'espèce soient entrées en vigueur postérieurement à l'arrêté de délégation de M. E est sans incidence et le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 311-1, L. 412-1, L. 421-1, L. 431-5, L. 423-23, L. 432-1, L. 435-1, L. 435-3, L. 611-1 (3°), L. 612-1, L. 612-2 (3°), L. 612-3 (5°), L. 612-6, L. 612-12, L. 613-3, L. 711-1, L. 711-2, L. 721-3, L. 721-4, L. 721-6 à L. 721-9, L. 722-1 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, et rappelle précisément les conditions d'entrée et de séjour du requérant en France, ainsi que ses attaches familiales en Albanie. Cet arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait et cette motivation démontre que le préfet a procédé à un examen de la situation personnelle du requérant et répondu à l'ensemble des motifs de la demande de titre de séjour qu'il a présentée par l'intermédiaire de son conseil aux termes de laquelle " Dans l'hypothèse où Monsieur A ne pourrait prétendre à un titre de séjour au visa des dispositions de l'article L. 435-3, il convient de le lui accorder en application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ".

5. En troisième lieu, M. A doit être regardée comme invoquant l'illégalité du refus de titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si M. A a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, il n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le 13 septembre 2022 alors qu'il était déjà âgé de plus de vingt-deux ans. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement desdites dispositions, quel qu'ait pu être le sérieux allégué du suivi de sa formation, a entaché sa décision d'une illégalité pouvant, par voie de conséquence, entrainer l'illégalité de la mesure d'éloignement.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. Si le requérant soutient qu'il est sur le territoire français depuis 2017, qu'il justifie de plusieurs emplois dans le domaine de la restauration et de promesses d'embauche, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que ces circonstances seraient à elles seules de nature à permettre au requérant de bénéficier d'une régularisation exceptionnelle de sa situation en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a déjà fait précédemment l'objet de deux mesures d'éloignement et qu'il n'est pas contesté qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où réside sa mère et sa fratrie avec lesquels il ne conteste pas avoir conservé des liens.

10. Enfin, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, alors qu'il n'est pas contesté qu'il est célibataire et sans charge de famille en France et qu'il n'établit pas y avoir noué des liens particuliers, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en lui refusant un titre de séjour a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour solliciter, par voie de conséquence, l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Alors que par une décision du 30 avril 2019, confirmée par une décision du 20 septembre 2019 de la cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de reconnaître à M. A la qualité de réfugié, le requérant n'établit pas la réalité des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

16. L'arrêté attaqué impartit à M. A un délai de trente jours pour quitter le territoire français. Si le requérant fait valoir la durée de sa présence en France ainsi que le fait qu'il y est arrivé mineur, et y a démontré une réelle volonté d'insertion, ces circonstances ne suffisent pas à établir que le préfet de Loir-et-Cher aurait entaché son appréciation d'une erreur manifeste en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation des décisions du préfet de Loir-et-Cher du 24 janvier 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation des décisions du préfet de Loir-et-Cher du 24 janvier 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Stéphane F

Le greffier,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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