jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301497 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 avril 2023 et le 10 juin 2024, M. E D, représenté par Me Echchayb, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 février 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté la demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les articles L. 434-1 et L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 10 mai 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- aux motifs invoqués initialement dans la décision attaquée doivent être substitués les motifs tirés de ce que la procuration pour le mariage est irrégulière en l'absence de la signature de la personne mandatée pour représenter M. D à son mariage et de ce que l'acte de mariage est dénué de force probante en l'absence de certitude quant à ce que la signature figurant sur l'acte de mariage est bien celle du mandataire ;
- les autres moyens de la requête ne sont fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les observations de Me Echchayb, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, né le 1er janvier 1995, de nationalité guinéenne, a déposé le 23 septembre 2021, une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse que la préfète du Loiret a rejetée, le 27 février 2023, aux motifs que les documents produits par l'intéressé étaient dépourvus de caractère authentique et n'étaient pas de nature à établir la réalité du lien matrimonial l'unissant à Mme C. M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". A termes de l'article L. 434-2 de ce code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ".
3. D'autre part, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil selon lequel " tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenues, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments produits par les parties.
4. Pour refuser la demande de regroupement familial de M. D au bénéfice de son épouse, la préfète du Loiret, dans son mémoire en défense communiqué à M. D, renonce à opposer les motifs initiaux tenant à l'absence d'authenticité des documents produits par l'intéressé, et demande à y substituer le motif tiré de ce que l'acte de mariage produit est dépourvu de force probante en l'absence de procuration conférant au mandataire le pouvoir de signer l'acte de mariage en lieu et place du requérant et compte tenu de l'impossibilité d'identifier la signature du mandataire sur cet acte de mariage.
5. Il résulte de la législation guinéenne et, notamment des dispositions combinées des articles 182, 183 et 1474 du code civil guinéen, que les mariages par procuration sont autorisés en Guinée et qu'aucun formalisme n'est exigé, le code civil spécifiant uniquement que le mandant donne son pouvoir au mandataire pour qu'il puisse le représenter. Il ressort des pièces du dossier que, par une procuration du 28 juillet 2021 qui a été légalisée par le maire d'Orléans le même jour, M. D a désigné M. B comme mandataire pour le représenter lors de son mariage qui a eu lieu le 27 août 2021 en Guinée. Cette procuration, qui a permis à l'intéressé de se marier, a été reconnue comme régulière par l'officier d'état-civil de la commune de Matoto dans un courrier du 23 mars 2023 qui a fait l'objet d'une légalisation par le ministère des affaires étrangères de la République de Guinée le 4 avril 2024. Enfin, il ressort également des pièces du dossier et notamment de l'acte de mariage qui comporte une signature précédée d'un " P/O " signifiant " pour ordre de procuration " et dont les autorités guinéennes ont précisé le caractère probant, que l'acte de mariage a bien été signé par M. B. Ainsi, la circonstance que ce document ne comporte pas en toutes lettres le nom du mandataire ne saurait suffire à lui ôter tout caractère probant. Dans ces conditions, la préfète du Loiret ne parvient pas à renverser la présomption de validité de l'acte de mariage produit par M. D à l'appui de sa demande de regroupement familial.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 février 2023 de la préfète du Loiret.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement, eu égard aux motifs qui la fondent, que la préfète du Loiret réexamine la demande de M. D. Il y a lieu par suite, d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. M. D n'a pas obtenu, ni d'ailleurs même demandé, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a cependant lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. D de la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la préfète du Loiret du 27 février 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. D au bénéfice de son épouse dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sophie Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
La présidente,
Fatoumata F
Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026