jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301537 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | KONATE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 22 avril 2023 et le 31 mai 2024, M. B A, représenté par Me Konate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " au regard de sa situation de parent d'enfants mineurs scolarisés en France et de ses liens familiaux sur le territoire.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation
- elle méconnait les stipulations des articles 2, 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-tunisienne du 17 mars 1988 modifiée ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Defranc-Dousset,
- et les observations de Me Konate, représentant M. A, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 10 février 1977, est entré en France sous couvert d'un visa C valable du 14 mars au 14 mai 2019, accompagné de trois de ses enfants dont deux mineurs. Il s'est maintenu sur le territoire à l'expiration de son visa et a présenté, le 2 septembre 2021, une demande de titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale sur le territoire. Par un arrêté du 24 mars 2023, dont il demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir qui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et vise notamment les textes dont il a été fait application, rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, mentionnant la présence de trois de ses enfants sur le territoire, indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les motifs de droit et de faits pour lesquels il ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour. La motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. La décision fixant le pays de renvoi qui précise notamment la nationalité du requérant et indique qu'il n'établit pas être exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine, est également suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En second lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige ni d'aucune pièce du dossier que la préfète d'Eure-et-Loir n'aurait pas procédé à un examen particulier de l'ensemble de la situation du requérant.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" ". Dès lors que les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoient la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Alors que M A n'établit pas avoir présenté une demande de titre de séjour mention " salarié ", il est constant qu'il ne peut se prévaloir ni de la possession d'un visa de long séjour ni d'un contrat de travail à durée indéterminée. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-tunisien doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. M. A, dont la demande de titre de séjour a été examinée au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soutient qu'il réside de façon continue sur le territoire français depuis 2019 en compagnie de ses trois premiers enfants, lesquels sont régulièrement scolarisés, l'aîné étant en apprentissage, que son quatrième enfant réside avec son épouse dont il est séparé, en Tunisie, qu'il travaille en qualité de chauffeur et est titulaire d'un contrat à durée déterminée depuis le 1er août 2022 au sein d'une société de transport et que ses quatre frères résident en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 40 ans, que son épouse dont il n'est pas officiellement divorcé y réside toujours en compagnie de son plus jeune fils et que ses trois enfants présents avec lui en France ont suivi une partie de leur scolarité en Tunisie. Dans ces circonstances et alors qu'il n'établit ni son lien de parenté avec les quatre personnes qu'il présente comme ses frères, ni l'insertion sociale et professionnelle dont il allègue, le refus opposé par la préfète d'Eure-et-Loir sur sa demande de titre de séjour n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, eu égard à l'ensemble des éléments mentionnés au point 7 et pour les mêmes motifs, le requérant n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, alors au surplus qu'il ne soutient ni même n'allègue être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention internationale des droits de l'enfant : " ()2. Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l'enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux ou des membres de sa famille. ". Aux termes de l'article 9 de cette même convention : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant. () ". En outre, aux termes de l'article 3 de cette convention : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
10. S'il résulte de ces stipulations que les Etats parties à la convention s'engagent à garantir et respecter les droits des enfants et notamment à assurer leur protection contre les discriminations, les sanctions et doivent veiller à ce que les enfants ne soient pas séparés de leurs parents, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'a pas pour objet de le séparer de ses enfants, lesquels ont vocation à le suivre, mais lui fait seulement obligation de rejoindre la Tunisie où au demeurant réside leur mère dont ils sont, de fait, séparés. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant, rappelées au point précédent, doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Ainsi qu'il a été dit au point 7, si M. A est présent en France depuis 2019 en compagnie de trois de ses enfants, il n'y justifie pas d'une intégration particulière et il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où résident son plus jeune fils et son épouse, dont il n'était que séparé à la date de la décision contestée. Il n'établit ni même n'allègue que ses trois enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité en Tunisie. Dans ces circonstances, la préfète d'Eure-et-Loir en lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 24 mars 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Mme Keiflin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
Hélène DEFRANC-DOUSSET
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALe greffier,
Vincent DUNET
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026