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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301591

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301591

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 avril et 26 mai 2023, M. A B, représenté par Me Eléonore Mariette, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 du préfet d'Eure-et-Loir refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant la République de Guinée comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de prendre une nouvelle décision dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire doit être annulée en conséquence de l'annulation du refus de séjour et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation du refus de séjour et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République de Guinée né le 24 mars 1986, a déclaré être entré en France le 16 novembre 2016 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 9 octobre 2017, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 26 avril 2018 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 8 avril 2019 par la cour nationale du droit d'asile. Le 28 janvier 2022, l'intéressé a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée, pour irrecevabilité, par décision du 31 janvier 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 31 août 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Le 8 décembre 2022, le requérant a sollicité à nouveau le réexamen de sa demande d'asile et de protection subsidiaire. Par l'arrêté attaqué du 9 mars 2023, le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de la République de Guinée.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision de refus de séjour :

4. Le requérant demande l'annulation de la décision du préfet d'Eure-et-Loir qui rejette sa demande de titre de séjour. Toutefois, si dans l'article 1er de l'arrêté attaqué, le préfet mentionne que la demande de délivrance d'un titre de séjour formulée par le requérant est rejetée, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que, même si cet arrêté vise les articles L. 423-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pris sa décision que sur le seul fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que sa demande d'asile et sa demande de réexamen avaient été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et la cour nationale du droit d'asile et qu'il n'entrait dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les dispositions de l'article 1er de l'arrêté n'ont pour objet que le rejet de sa demande d'asile et de réexamen de cette demande et non le refus de lui délivrer un titre de séjour à un autre titre que celui de demandeur d'asile. D'ailleurs, le requérant ne justifie pas, ni même n'allègue, avoir déposé une demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile. Il suit de là que la demande du requérant tendant à l'annulation d'un prétendu refus de séjour ne peut, en tout état de cause, être accueillie.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. En premier, dès lors que le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas pris de décision de refus de séjour, le requérant ne peut, en tout état de cause, demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire en conséquence de l'annulation du refus de séjour.

6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

7. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 9 mars 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment en indiquant que sa demande d'asile et sa demande de réexamen avaient été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ainsi que les éléments relatifs à sa situation familiale, à raison desquels le préfet l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté, avant l'arrêté attaqué, une demande de carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers qui prévoient que " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Dès lors, le préfet d'Eure-et-Loir n'était pas tenu d'examiner d'office si le requérant était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Il suit de là que le requérant ne saurait se prévaloir utilement de ces dispositions. En tout état de cause, s'il fait valoir qu'il ne peut retourner en Guinée en raison de son homosexualité, il ne l'établit pas. Par ailleurs, il est célibataire et sans enfant. Il ne justifie pas avoir des liens familiaux et privés stables et intenses en France et être dépourvu de tels liens dans son pays d'origine. En outre, même s'il a travaillé au cours des années 2018 à 2022, s'il a participé à des actions de bénévolat, l'ensemble de ces éléments est insuffisant pour prétendre à la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour les mêmes motifs que ceux développés au point

10. Le requérant se prévaut de ces stipulations. Toutefois, il est entré assez récemment en France, le 16 novembre 2016. Par ailleurs, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelles dont il est fait état au point 1. Il est célibataire et sans enfant. Il n'établit pas avoir des liens familiaux anciens, intenses et stables en France et être dépourvu de tels liens dans son pays d'origine. Il suit de là que, compte tenu des conditions de son entrée et de son séjour en France et même s'il a travaillé au cours des années 2018 à 2022 et participé à des actions de bénévolat, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, dès lors que le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas pris de décision de refus de séjour, le requérant ne peut, en tout état de cause, demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour.

12. En deuxième lieu, le préfet, après avoir rappelé la nationalité du requérant et fait référence aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a indiqué que le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile, n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de destination attaquée est ainsi suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

13. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant, dont la demande d'asile et la demande de réexamen ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile, ne produit à l'appui de ses allégations aucun élément ou document permettant d'établir qu'il ferait l'objet de persécutions de la part des autorités de son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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