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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301667

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301667

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantNGAFAOUNAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2023, Mme A C B, représentée par Me Ngafaounain, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret à titre principal, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, dans les mêmes conditions de délai, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen personnalisé et approfondi de la part de la préfète ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement signé le 25 octobre 2007 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République du Congo née le 30 août 1993, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français de manière irrégulière le 13 juin 2018. Le 26 juin suivant, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 30 juillet 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 novembre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par un arrêté du 18 décembre 2019, le préfet de la Nièvre a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Elle a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Dijon qui, par un jugement du 27 mai 2020, a rejeté sa requête. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, elle a sollicité le 25 novembre 2021 auprès des services de la préfecture du Loiret son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 22 mars 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lu ia fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-congolais du 25 octobre 2007 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 435-1, L. 611-1 (3°) et L. 612-12, dont la préfète a fait application. Il précise en outre les considérations de faits propres à la situation de la requérante, notamment s'agissant de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français et s'agissant de sa situation familiale et professionnelle, sur lesquelles la préfète - qui n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée - s'est fondée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de l'examen de l'arrêté contesté que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé, comme elle y était tenue, à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

5. En l'espèce, Mme B, célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, n'établit ni par sa durée de séjour sur le territoire français d'à peine quatre ans et neuf mois à la date de la décision attaquée et la présence sur ce même territoire de son grand-père maternelle, ni par la production d'une part, de deux promesses d'embauche en tant que téléconseillère établies par la société Fedo Concept, pour la première le 16 août 2021 et pour la seconde le 21 avril 2023, soit postérieurement à la date de la décision attaquée et, d'autre part, de bulletins de paie établis par cette même entreprise couvrant une période allant du 1er juin 2019 au 30 septembre 2020 et les mois de janvier, février et mai 2021, de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si elle entend soutenir que la préfète aurait ajouté au texte en évoquant le fait qu'elle ne justifiait pas d'une ancienneté de résidence en France depuis plus de dix ans, il ressort de l'examen de l'arrêté contesté que la préfète, ce faisant, n'a pas entendu exiger de la part de l'intéressée une ancienneté de résidence de dix ans mais seulement justifier l'absence de consultation préalable de la commission du titre de séjour.

6. En quatrième lieu, si la requérante entend soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la requérante n'était présente sur le territoire français que depuis à peine quatre ans et neuf mois, qu'elle n'établit pas, par la production de quatre attestations peu circonstanciées y avoir noué des liens d'une particulière intensité ou y avoir des liens familiaux particulièrement intenses et s'y être particulièrement intégrée et qu'elle ne conteste pas ne pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine qu'elle n'a quitté qu'à l'âge de près de vingt-cinq ans et où résident ses parents et un frère. Dans ces conditions, alors qu'elle s'est maintenue de manière irrégulière sur le territoire français malgré une première mesure d'éloignement, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de Loir-et-Cher aurait méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquences, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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