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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301674

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301674

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 mai 2023 et le 13 juin 2023, M. B A, représenté par Me Duplantier, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 660 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et la somme de 540 euros à son bénéfice en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en application de l'alinéa 2 de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète était tenue de soumettre sa demande de renouvellement de titre de séjour à la commission du titre de séjour ;

- cette décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 23 août 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 17 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec,

- et les observations de Me Duplantier, représentant M. A.

La préfète du Loiret n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 18 février 1996, est entré en France le 25 août 2012. Il a sollicité à plusieurs reprises son admission exceptionnelle au séjour et a fait l'objet de trois arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français en date des 13 octobre 2014, 17 décembre 2015 et 5 septembre 2017. A la suite d'une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 17 janvier 2018, il a obtenu un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire valable du 22 mars 2018 au 21 mars 2019, du fait de la conclusion d'un contrat d'apprentissage et d'une formation entreprise en tant que pâtissier. A la suite d'une demande de changement de statut formulée en 2019 en vue de la délivrance d'un titre séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de la délivrance de plusieurs autorisations provisoires de séjour, M. A s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de salarié valable du 28 août 2020 au 27 août 2021, sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 9 janvier 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. La consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, telle qu'elle est prévue par les dispositions de l'article L. 435-1, a pour objet d'éclairer l'autorité administrative sur la possibilité de régulariser la situation administrative d'un étranger et constitue pour ce dernier une garantie substantielle.

4. M. A soutient qu'il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué et qu'en conséquence, la préfète du Loiret était tenue de soumettre pour avis à la commission du titre de séjour sa demande de renouvellement de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que, par ordonnance du 9 janvier 2013, le juge des tutelles du tribunal de grande instance d'Orléans a refusé de faire droit à la demande de mise sous tutelle en tant que mineur isolé présentée par M. A. Eu égard à la date de l'ordonnance, le requérant était présent en France au plus tard le 8 janvier 2013. Par ailleurs, il produit des pièces attestant de sa présence en France depuis l'année 2013. Il doit ainsi être regardé comme résidant habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué du 9 janvier 2023. La préfète du Loiret était donc tenue, en application du 2e alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir pour avis la commission du titre de séjour avant de se prononcer sur la demande de renouvellement de titre de séjour du requérant. Par suite, en l'absence d'une telle consultation, M. A, qui a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du refus de titre de séjour du 9 janvier 2023 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique seulement que la préfète du Loiret procède à un nouvel examen de la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A, après avoir saisi la commission du titre de séjour. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de procéder à ce nouvel examen et de saisir la commission du titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%). Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Duplantier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Duplantier de la somme demandée de 660 euros. En outre, dès lors que l'admission à l'aide juridictionnelle partielle a laissé à la charge de M. A une partie des frais exposés pour l'instance et non compris dans les dépens, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée de 540 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 janvier 2023 de la préfète du Loiret est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de statuer à nouveau sur la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A, après avoir saisi la commission du titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 660 euros à Me Duplantier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Duplantier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 540 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Benoist GUEVEL

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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