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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301695

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301695

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, Mme E, représentée par

la SCP Cariou-Lévêque, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 du préfet de Loir-et-Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la République de Guinée comme pays de destination de sa reconduite, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et portant obligation de présentation aux services de police et de remise de son passeport ;

2) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étranger malade " dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé dans le même délai de huit jours ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que les décisions ont été prises par une autorité incompétente, ne sont pas motivées, n'ont pas été précédées d'un examen attentif et personnalisé de sa situation, méconnaissent les articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'ont pas été précédées de la consultation du collège de médecins de l'OFII et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République de Guinée née le 1er mai 1996, a déclaré être entrée en France le 20 novembre 2016 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Placée en procédure Dublin suite à son identification en Italie et suite à l'échec de cette procédure, sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 19 mars 2018 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 7 juin 2019 par la cour nationale du droit d'asile. Elle a fait l'objet d'un arrêté d'obligation de quitter le territoire pris le 8 novembre 2019 par le préfet de Loir-et-Cher. Par un jugement

n° 1904106 du 21 janvier 2020 devenu définitif, la présidente de ce tribunal administratif a rejeté son recours formé contre cette obligation de quitter le territoire. Le 18 février 2020, la requérante a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée, pour irrecevabilité, par une décision du 28 février 2020 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée le 28 juin 2020 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 21 juillet 2020, elle a été assignée à résidence. Le 1er février 2023, l'intéressée a sollicité à nouveau le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée, pour irrecevabilité, par une décision du 17février 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par l'arrêté attaqué du 21 avril 2023, le préfet de Loir-et-Cher l'a obligée à quitter le territoire à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 21 avril 2023 a été signé par M. Nicolas Hauptmann. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Loir-et-Cher, M. C B, préfet de Loir-et-Cher, a donné à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 8 mars 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale et personnelle, à raison desquels le préfet de

Loir-et-Cher l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi et même si elle ne fait pas état de sa demande de délivrance d'un titre de séjour qu'elle aurait adressée aux services de la préfecture le 3 avril 2023, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation de la requérante.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En se prévalant de ces dispositions et stipulations, la requérante soutient qu'elle a quitté la République de Guinée depuis six ans et demi et construit sa vie en France. Toutefois, elle est entrée irrégulièrement en France et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelles dont il est fait état au point 1. Elle n'établit pas avoir des liens amicaux ou familiaux anciens, intenses et stables en France. Elle ne justifie pas d'une résidence personnelle et avoir une activité professionnelle. Il suit de là que, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour de la requérante, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne méconnaît ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

9. Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, l'autorité préfectorale n'est tenue, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

10. En l'espèce, la requérante soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet

de Loir-et-Cher n'a pas sollicité l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII préalablement à sa décision et que la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, elle se borne à produire des certificats médicaux datant de 2016 établis par des praticiens de son pays d'origine antérieurement à son entrée en France et des certificats médicaux établis en 2020 par des praticiens du centre hospitalier de Blois qui ne précisent aucunement que son état de santé nécessiterait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences graves et qu'elle ne pourrait être soignée dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché la décision d'obligation de quitter le territoire d'un vice de procédure, en s'abstenant de solliciter l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ni méconnu les dispositions de l'article

L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième lieu, la requérante soutient qu'elle a déposé une demande de régularisation de sa situation le 3 avril 2023 notamment sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers qui prévoit la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Toutefois, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve, comme en l'espèce, dans le cas mentionné au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Toutefois, une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne conduit pas, en tout état de cause, à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, son moyen ne peut être accueilli.

12. Enfin, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet de fixer le pays de destination des étrangers, lequel est déterminé par une décision distincte et, par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour en République de Guinée est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 2 et 5, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente et n'a pas été précédée d'un examen attentif et personnalisé de la situation de la requérante ne peuvent être accueillis.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si la requérante soutient qu'elle risque de subir des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne produit aucun élément ou document à l'appui de ses allégations pour établir qu'elle serait personnellement l'objet de persécutions ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en République de Guinée sans pouvoir se prévaloir de la protection des autorités publiques. D'ailleurs, sa demande d'asile et ses demandes de réexamen de cette demande ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par les décisions de l'office et de la cour. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et la décision portant obligation de présentation aux services de police et de remise de passeport :

15. Pour contester les décisions susvisées, la requérante se borne à soutenir que l'arrêté de délégation de signature du 25 janvier 2021, dont le contenu est précisé au point 2

ci-dessus, ne pouvait donner à M. Nicolas Hauptmann le droit de signer ces décisions dès lors que les dispositions relatives à ces décisions sont entrées en vigueur le 1er mai 2021, postérieurement à l'acte de délégation de signature. Toutefois, les dispositions relatives aux interdictions de retour sur le territoire français et aux décisions portant obligation de présentation aux services de police et de remise de passeport ont été introduites dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile antérieurement au 25 janvier 2021 et ont fait l'objet d'une nouvelle codification entrée en vigueur le 1er mai 2021. Par suite et en tout état de cause, la requérante n'est pas fondée à soutenir que M. D n'était pas compétent pour signer les décisions susvisées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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