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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301698

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301698

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, M. F C, représenté par Me Aubry, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 800 euros à verser à son conseil.

M. C soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché son appréciation d'une erreur manifeste ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français : elle devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'a pas reçu l'information prévue par l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français devra entraîner l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- l'interdiction de retour prononcée est disproportionnée compte-tenu des circonstances particulières de l'espèce ; en outre le préfet a méconnu la présomption d'innocence en prenant en compte des faits pour lesquels il n'a pas fait l'objet d'une condamnation définitive.

Le préfet de Loir-et-Cher a informé le tribunal, le 16 mai 2023, que M. C a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par arrêté du 11 mai 2023.

Par un mémoire enregistré le 17 mai 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 25 août 2003, indique être entré sur le territoire français au mois de novembre 2018. Il a déposé le 23 juin 2022 une demande de régularisation de sa situation administrative auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher. Par un arrêté du 6 mars 2023, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C a demandé l'annulation de cet arrêté par une requête enregistrée le 9 mai 2023. Par un arrêté du 11 mai 2023, communiqué au greffe du tribunal le 16 mai 2023, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé l'assignation à résidence de M. C sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il appartient dès lors au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, en application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachent, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction. La formation collégiale du tribunal - qui statuera sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 - reste saisie des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et, en tant qu'elles s'y rattachent, des conclusions accessoires à fin d'injonction.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. A l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. C se prévaut de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. B A, préfet de Loir-et-Cher, a donné délégation à M. D à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", , cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, les stipulations du même accord n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Par ailleurs, un ressortissant tunisien peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale.

6. M. C fait valoir qu'il est entré, encore mineur, sur le territoire français où il a été accueilli par son oncle et a entrepris de suivre un apprentissage en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle " cuisine ". Il fait valoir qu'il a présenté deux demandes de régularisation de sa situation qui n'ont pas eu de suite, le premier dossier ayant été égaré par les services de la préfecture et le second n'ayant pu aboutir faute pour les mêmes services de lui avoir indiqué les pièces à fournir. Il se prévaut enfin de son expérience et de ses perspectives d'insertion professionnelle dans le secteur de la restauration. Toutefois, et alors que M. C, déjà auteur de faits de vol aggravé, a été condamné par un jugement du 31 janvier 2023 du tribunal correctionnel de Blois pour des faits d'acquisition, de détention, de transport, d'usage et d'offre ou cession non autorisés de stupéfiants, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché son appréciation d'une erreur manifeste en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de prendre en sa faveur une mesure de régularisation au titre de son activité salariée.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En application de l'article L. 613-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 () ".

9. En premier lieu, eu égard à ce qui est dit aux points 2 à 7, le moyen dirigé contre l'interdiction de retour sur le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, le principe de la présomption d'innocence ne faisait pas obstacle à ce que le préfet de Loir-et-Cher prît en compte les faits de recel que M. C ne conteste pas sérieusement avoir commis le 6 août 2022, alors même que le juge pénal ne s'est pas encore prononcé à ce sujet.

11. En troisième lieu, les faits invoqués par le préfet de Loir-et-Cher, concernant les délits commis par M. C sur le territoire français, étaient, eu égard à leur nature et à la persistance d'un comportement délictuel de l'intéressé, de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour prise à l'encontre du requérant.

12. En quatrième lieu, la circonstance que M. C n'aurait pas bénéficié de l'information prévue par l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est en tout état de cause sans influence sur la légalité de l'interdiction de retour prononcée à son encontre.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que, en tant qu'elles s'y rattachent, les conclusions accessoires à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français contenues dans l'arrêté du 6 mars 2023 susvisé du préfet de Loir-et-Cher, ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet de

Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Frédéric E

Le greffier,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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