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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301703

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301703

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP HARDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2023, Mme D A, représentée par Me Hardy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un récépissé prévu par les dispositions de l'article 17 du décret n° 46-1574 du 30 juin 1946 ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, sous astreinte, de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle-même et son conseil renoncent à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de leur signataire n'est pas démontrée ;

- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, dès lors qu'elle réside en France depuis vingt ans, qu'elle y a établi le centre de ses intérêts personnels, et que le préfet n'a pas pris en compte les conséquences de ses décisions sur sa vie privée et familiale ;

- elles portent une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité du fait de la situation en Côte d'Ivoire et de son absence d'attaches dans ce pays.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bernard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante ivoirienne née le 1er janvier 1958 en Côte d'Ivoire, déclare être entrée en France pour la première fois en 2002. A la suite de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, le 6 décembre 2016, elle a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, le 10 février 2017. Le 19 septembre 2018, elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour de six mois, renouvelable une fois, pour raisons médicales. Une nouvelle autorisation provisoire de séjour lui a été accordée, le 18 mars 2020, pour ce même motif pour une durée de six mois. Le 3 novembre 2020, sa demande de délivrance d'un nouveau titre de séjour a cette fois été rejetée, suite à un avis défavorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le 14 avril 2022, Mme A a demandé son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale ", en raison de dix années de présence en France sur le fondement de l'article L. 435 -1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012. Par un arrêté du 7 février 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. C B, préfet d'Indre-et-Loire nommé par décret du 7 décembre 2022 publié au Journal officiel de la République française du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées énoncent l'ensemble des considérations de droit sur lesquelles elles se fondent, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles rappellent, en particulier, les conditions d'entrée et de séjour de la requérante sur le territoire français et mentionnent les circonstances de fait propres à sa situation pour lesquelles le préfet, qui n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressée, a estimé devoir rejeter sa demande de titre de séjour. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, les décisions contestées énoncent les considérations de fait sur lesquelles elles se fondent avec une précision suffisante pour lui permettre d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes des décisions attaquées que le préfet d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme A.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

6. Si Mme A soutient être entrée en France pour la première fois en 2002, elle ne produit aucun élément pour en attester. Les pièces qu'elle fournit à l'appui de sa requête, principalement trois avis d'imposition pour les années 2018, 2019 et 2020 faisant apparaître un revenu fiscal nul, des titres d'autobus pour novembre 2010 et de février à novembre 2011, des attestations de domicile délivrées par La Croix rouge française pour 2011, 2012, 2015, 2016 et d'octobre 2017 à octobre 2018, ne permettent pas d'établir la continuité de sa présence en France. La requérante, qui se borne à soutenir qu'elle réside en France depuis plus de dix ans, et qu'elle y a donc vécu une grande partie de sa vie, n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'existence de liens privés et familiaux sur le territoire français, alors qu'elle soutient y être entrée à l'âge de quarante-quatre ans. Enfin, les trois bulletins de salaires qu'elle produit pour un emploi d'agent d'entretien qualifié dans un centre hospitalier, occupé de février à avril 2023, ne suffisent pas à attester d'une particulière insertion professionnelle. Par suite, Mme A, qui ne peut, par ailleurs, utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets par sa circulaire du 28 novembre 2012 pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, n'est pas fondée à soutenir que le préfet d'Indre-et-Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

7. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A, qui se déclare célibataire et sans enfant, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

8. En premier lieu, la décision attaquée énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le préfet, qui n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme A, n'a pas insuffisamment motivé sa décision et le moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la requérante n'établissant pas l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle n'est, en tout état de cause, pas fondée à exciper de l'illégalité de cette dernière à l'encontre de la décision fixant la Côte d'Ivoire comme pays de destination de la mesure d'éloignement.

10. En dernier lieu, si Mme A soutient qu'un retour en Côte d'Ivoire entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité en raison de la situation actuelle dans ce pays et de son départ depuis 2002, elle n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations et n'établit ni la réalité ni l'actualité des risques qu'elle prétend encourir, à titre personnel, en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 février 2023 présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, ensemble et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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