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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301741

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301741

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 9 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Cariou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret d'examiner sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé, le tout dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé tant en fait qu'en droit dès lors qu'il n'est pas fondé sur sa situation individuelle ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa demande de titre de séjour déposé le 22 août 2022 en l'absence de réponse à l'ensemble des moyens et motifs au soutien de sa demande présentée au titre des dispositions de l'accord bilatéral franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège de médecins de l'OFII rendu le 1er février 2022 n'a pas été produit et donc ne permet pas de vérifier le respect des textes législatifs et si l'avis a été rendu en toute objectivité ;

- il est entaché d'une erreur de droit la préfète ne s'étant prononcée qu'au visa de l'article L. 425-9 du CESEDA ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas examiné la question de son état de santé, n'a pas saisi le collège de médecins de l'OFII et a renoncé à son pouvoir d'appréciation car il n'apporte aucune précision sur l'état des soins au Maroc et ne s'est pas assuré de son accès effectif aux soins dans son pays d'origine ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du CESEDA ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du CESEDA ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2024, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Keiflin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante marocaine, née le 5 janvier 1979, est entrée sur le territoire français selon ses déclarations le 12 août 2015. Le 22 novembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un avis du 1er février 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par un arrêté du 22 février 2023, dont elle demande l'annulation, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme A soutient que la préfète ne s'est prononcée que sur le fondement de l'article L. 425-9 du CESEDA relatif aux titres de séjour délivrés pour raisons médicales, sans tenir compte de l'ensemble des éléments présentés au soutien de sa demande de titre de séjour qui auraient justifié une régularisation au titre de la vie privée et familiale et que bien qu'elle ait sollicité sa régularisation au visa des dispositions de l'accord bilatéral franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucun de ces textes n'est visé dans l'arrêté litigieux.

3. Il ressort des pièces du dossier notamment du courrier du conseil de la requérante, en date du 22 août 2022 que celle-ci a formulé, à titre subsidiaire, une demande de régularisation pour raisons humanitaires et exceptionnelles au titre de l'accord bilatéral franco-marocain du 9 octobre 1987 et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du CESEDA et il est constant qu'aucun de ces textes n'est visé et que la préfète du Loiret n'a examiné la situation de la requérante qu'au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du CESEDA, entachant ainsi sa décision de refus de titre d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision de 22 février 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de délivrer à la requérante un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence les décisions par lesquelles elle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif d'annulation retenu et alors qu'en l'état du dossier, aucun autre moyen d'annulation n'est susceptible d'être accueilli, que la préfète du Loiret délivre à Mme A un titre de séjour. En revanche, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cariou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cariou de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 22 février 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la situation de Mme A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cariou, avocate de Mme A une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète du Loiret et à Me Cariou.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

Laura KEIFLIN

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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