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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301790

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301790

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLE ROY DES BARRES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, M. B A, représenté par Me Le Roy des Barres, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet du Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Cher pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cher de faire droit à sa demande d'admission au séjour en tant que conjoint de Français ou, à titre subsidiaire, à titre exceptionnel.

Il soutient que :

- la notification de l'arrêté est irrégulière de sorte qu'aucun délai de recours n'a pu commencer à courir.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- le motif tiré de la menace à l'ordre public est erroné ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision est dépourvue de base légale ;

- elle est disproportionnée au regard de sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 16 mai 2023, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- la requête est tardive dès lors que la notification de l'arrêté attaqué a été régulière ;

- les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Le Toullec, premier conseiller, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D,

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, née le 15 mai 1988, est entré en France, en dernier lieu, le 25 août 2022, selon ses déclarations, sous couvert d'un visa de court séjour Schengen. Il a, le 29 septembre 2022, demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Par un arrêté du 26 janvier 2023, le préfet du Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Cher pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour et assignant à résidence, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet du Cher du 26 janvier 2023, en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A, doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal, ainsi que les conclusions accessoires aux fins d'injonction afférentes à cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

4. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. (). Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative dans un délai de quarante-huit heures à compter de leur notification par voie administrative.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux du 26 janvier 2023 a été notifié par voie postale le 2 février 2023 à M. A. Toutefois, une telle notification par voie postale n'a pas eu pour effet de faire courir le délai de recours contentieux de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que seule une notification par voie administrative est de nature à le faire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Cher tirée de la tardiveté de la requête, enregistrée au greffe du tribunal le 12 mai 2023, du fait de la régularité de la notification de l'arrêté attaqué doit être écartée.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. Le refus de titre de séjour contesté est fondé sur le motif tiré de ce que la présence du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration oppose un tel motif, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, pour caractériser la menace à l'ordre public, s'est fondé sur les données du fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) mentionnant des faits de violence suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis par le requérant le 26 mai 2022. Toutefois, il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une condamnation. Il n'est pas contesté que Mme C a retiré sa plainte quelques semaines après les faits et après son mariage avec le requérant qui a eu lieu le 19 septembre 2022. Dans ces conditions, eu égard aux seuls faits mentionnés au TAJ, le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. M. A est donc fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de sa demande d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doivent être accueillies ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation des décisions fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de retour et l'assignant à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L.741-1 et L.743-13 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

11. Le présent jugement annulant l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire ainsi que les décisions accessoires implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet du Cher réexamine la situation administrative de M. A et lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre le refus de titre de séjour du 26 janvier 2023 ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement, prononçant une interdiction de retour et assignant à résidence sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Cher de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision et de le munir, dans l'attente de ce réexamen et sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La magistrate désignée,

Hélène D

La greffière,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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