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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301797

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301797

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKONATE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2023, M. L D B, représenté par Me Konate, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa demande d'admission au titre de l'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de transfert :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 compte tenu de la présence en France de son oncle qui a la nationalité française et chez qui il est hébergé.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- cette décision n'est pas justifiée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de remise.

Par un mémoire enregistré le 16 mai 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme K pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme K,

- les observations de Me Konate, avocate, représentant M. D B, qui renvoie à ses écritures, soutient en outre que M. D B est arrivé en Belgique par avion mais n'y a pas présenté de demande d'asile et dispose d'attache familiale en France en la présence de son oncle et précise que M. D B est entré en France le 26 novembre 2022 ;

- et les observations M. D B qui précise qu'il souhaite déposer une demande d'asile en France dès lors que son oncle, qui est sa seule famille sur le territoire européen, réside en France.

La préfète du Loiret n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 février 2023, M. D B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 9 mars 1985, entré irrégulièrement en France le 26 novembre 2022, a présenté une demande d'asile et s'est vu, en application de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, remettre une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin ", la consultation du fichier " Visabio " ayant constaté qu'il était alors en possession d'un visa pour la Belgique, périmé depuis moins de six mois, délivré par les autorités belges. Saisies le 24 mars 2023 d'une requête aux fins de prise en charge, les autorités belges ont accepté leur responsabilité le 6 avril suivant, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Par un arrêté du 18 avril 2023, la préfète du Loiret a ordonné le transfert de M. D B aux autorités belges. Par un arrêté du 19 avril 2023, cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours. M. D B, qui a saisi le tribunal dans le délai de

quarante-huit heures suivant la notification, le 12 mai 2023, de ces deux arrêtés, en demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. D B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités belges :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué portant transfert aux autorités belges a été signé par M. I J, directeur adjoint des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret, qui bénéficiait, en vertu de l'article 3 de l'arrêté du 31 mars 2023 de Mme C E, préfète du Loiret, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment " les décisions de transfert à un Etat responsable de l'examen de la demande d'asile () En cas d'absence ou d'empêchement de M. Benoît Lemaire, secrétaire général, de M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint, et de M. A G, directeur de cabinet, et de Mme F H ". Il n'est établi ni même allégué que MM. Lemaire, Carol et G et Mme H n'étaient pas, à la date de l'arrêté en cause, absents. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté, qui manque en fait, doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et mentionne que la consultation du fichier " Visabio " a permis de constater que M. D B était en possession d'un visa pour la Belgique périmé depuis moins de six mois au moment du dépôt de sa demande d'asile en France, une telle motivation faisant apparaître que l'Etat responsable a été désigné en application des critères énoncés au 4 de l'article 12 du règlement. Il expose que les autorités belges, saisies le 24 mars 2023 d'une requête, ont fait connaître leur accord le 6 avril suivant. Cet arrêté précise en outre qu'au vu des éléments de fait et de droit caractérisant sa situation, M. D B ne relève pas des dérogations prévues aux articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Enfin, le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle du requérant, a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indiquant que l'intéressé avait déclaré être séparé et sans enfant et ne pouvait se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France, et a conclu à l'absence de risque personnel de nature à constituer une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités de l'Etat responsable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du u règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par le chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. La seule circonstance que le requérant dispose d'une attache familiale en France en la personne de son oncle, de nationalité française, chez qui il réside ne suffit pas à établir que la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 20 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre. / 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur ou un procès-verbal dressé par les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné. Dans le cas d'une demande non écrite, le délai entre la déclaration d'intention et l'établissement d'un procès-verbal doit être aussi court que possible () ".

10. Il résulte des dispositions de l'article 7 du règlement précité que la détermination de l'Etat membre en principe responsable de l'examen de la demande de protection internationale s'effectue une fois pour toutes à l'occasion de la première demande d'asile, au vu de la situation prévalant à cette date. Les articles 8 à 15 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, réunis sous le chapitre III intitulé " critères de détermination de l'Etat membre responsable ", définissent les critères de détermination de l'Etat membre responsable d'une demande d'asile et fixent l'ordre dans lequel ces critères s'appliquent.

11. Il est constant que M. D B est entré sur le territoire de l'Union européenne par la Belgique sous couvert d'un visa délivré par les autorités consulaires belges à Kinshasa le 27 octobre 2022, valable jusqu'au 19 décembre 2012 et a introduit le 21 février 2023 une première demande de protection internationale auprès des autorités françaises, lesquelles étaient ainsi tenues de déterminer l'Etat responsable de cette demande, ce processus de détermination débutant à cette occasion. A cette date, le visa dont il bénéficiait était périmé depuis moins de six mois. Par suite et en application des critères définis au chapitre III du règlement du 26 juin 2013 et de l'ordre d'examen de ces critères, la Belgique devait être regardée comme responsable de l'examen de sa demande, sur le seul fondement de la délivrance de ce visa conformément au paragraphe 4 de l'article 12 de ce règlement, sans que n'ait d'incidence la circonstance qu'il n'avait pas introduit de demande d'asile en Belgique. Ainsi, le requérant qui ne conteste pas que la détermination du processus de détermination de l'Etat responsable de sa demande de protection internationale a débuté dès le début de la procédure conformément aux dispositions du règlement du 26 juin 2013, lequel a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile mais ne leur permet toutefois pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen, n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions de l'article 20 du règlement (UE) n°604/2013 en retenant que la Belgique était l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2023 portant transfert aux autorités belges.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

13. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence attaquée ne serait pas justifiée est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécie le bien-fondé.

14. En deuxième lieu, si le requérant soutient que les limites géographiques de l'assignation à résidence, l'interdiction de sortie de cet espace sans autorisation ainsi que la fréquence du pointage apparaissent disproportionnées au regard de l'objectif poursuivi, il n'apporte, à l'appui de son moyen aucune précision ni pièces justificatives. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

15. En dernier lieu, le requérant, qui n'établit pas que la décision portant remise aux autorités belges serait illégale, n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence serait illégale.

16. Il résulte de ce qui précède que M. D B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023 portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur les frais liés à l'instance :

17. Les conclusions à fin d'annulation de M. D B étant rejetées, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. L D B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

La magistrate désignée,

Hélène K

La greffière,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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