jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 mai, 19 mai et 4 juin 2023, l'association One Voice, représentées par Me Arnal, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 12 mai 2023 de la préfète d'Eure-et-Loir autorisant l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire à compter du 15 mai 2023 jusqu'au 14 septembre 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle est agréée depuis 2019 au niveau national au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement, que l'arrêté attaqué est en rapport direct avec son objet et son activité tels que définis par ses statuts et qu'il produit incontestablement des effets dommageables pour la protection de l'environnement et en particulier sur le territoire du département d'Eure-et-Loir ;
- l'urgence est établie dans la mesure où l'exécution de l'arrêté attaqué, qui est d'ores et déjà entré en vigueur et qui génère un niveau de souffrance particulièrement élevé pour les animaux chassés sans prévoir de limitation du nombre de blaireaux qui pourront être tués au cours des opérations, porte atteinte de manière grave et immédiate aux intérêts qu'elle entend défendre, en l'espèce la protection du bien-être animal et de la biodiversité ; l'arrêté ne contient aucune indication ou estimation du nombre de blaireaux présents dans le département, ni aucune étude relative à l'état de la démographie du blaireau et à son évolution en Eure-et-Loir alors qu'il s'agit d'une espèce dont le taux de croissance est particulièrement lent ; aucun intérêt public ne s'oppose à la suspension de l'exécution de cet arrêté, aucun des motifs invoqués par la préfète n'étant établi et les blaireaux étant déjà chassés à tir durant la période générale d'ouverture de la chasse et déterrés entre septembre et le 15 janvier ;
- est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité externe de l'arrêté attaqué le moyen tiré de la méconnaissance des modalités de consultation de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) conformément aux dispositions de l'article R. 133-8 du code de l'environnement, dès lors qu'il n'est pas démontré que la convocation des membres est intervenue au moins cinq jours avant la réunion et qu'elle était accompagnée de l'ensemble des documents nécessaires ;
- est également propre à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité externe, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté a été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la note de présentation accompagnant la consultation du public relative à cet arrêté ne répond à aucune des exigences résultant de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement tel qu'interprété par la jurisprudence ; le public n'a été informé ni des objectifs ni du contexte des mesures prévues et en particulier des motifs justifiant l'ouverture d'une période complémentaire pour l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau ;
- il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance du principe de précaution défini à l'article L. 110-1 du code de l'environnement puisque, alors même qu'il est établi que la pratique de la vénerie sous terre contribue à fragiliser de façon substantielle l'équilibre biologique du blaireau en raison du taux de croissance naturelle particulièrement faible de l'espèce, situé entre 15 et 20 % par an, la préfète n'a pas recherché si le risque d'une atteinte grave et irréversible à l'environnement était avéré, n'a pas mis en œuvre des procédures d'évaluation de ce risque et n'a assorti sa décision d'aucune mesure de précaution ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'interdiction de tuer des petits, prévue par les dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement, est également de nature à créer un doute quant à la légalité de l'arrêté litigieux : il est en effet établi que des portées ou des petits, au sens, soit d'individus n'ayant pas encore atteints leur maturité sexuelle, soit non encore sevrés, seront encore présents dans les terriers au cours de l'intégralité de la période complémentaire de vénerie sous terre autorisée par l'arrêté litigieux ; cette interdiction est entendue strictement et ne souffre aucune dérogation, quels que soient les motifs invoqués ; en tout état de cause, les motifs invoqués tenant aux dégâts imputés à ces animaux (dégâts agricoles et dégâts causés aux infrastructures de transport) et à la lutte contre la tuberculose bovine, qui ne sont pas établis, ne sont pas susceptibles d'autoriser la mise à mort de petits blaireaux ;
- sont en outre de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué, les moyens tirés de la méconnaissance de l'obligation de gestion équilibrée des écosystèmes et de l'absence de prise en compte de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique consacrés par l'article L. 420-1 du code de l'environnement ainsi que de la méconnaissance de l'interdiction de destruction d'espèces protégées instaurée par l'article L. 411-1 du même code en raison de la présence avérée dans les terriers des blaireaux de deux espèces protégées à savoir les chauve-souris et les chats sauvages ;
- le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de l'article R. 424-5 du code de l'environnement, lequel autorise le préfet à prévoir une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau à compter du 15 mai, soit à un moment où des petits sont encore présents dans le terrier, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-10 du même code, est également de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2021, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'association requérante n'apporte aucun élément concret justifiant l'urgence à suspendre l'arrêté litigieux alors que les données produites démontrent que l'espèce blaireau est présente sur l'ensemble du département en 2022, que les prises par vénerie sous terre sont constantes alors même que le nombre d'équipages diminue progressivement et que la population de blaireaux est en augmentation ; contrairement à ce que soutient l'association requérante, la période de sevrage et la période de chasse complémentaire ne coïncident pas, de sorte que la gravité de l'atteinte à l'équilibre biologique de l'espèce n'est pas prouvée ; il existe un intérêt certain à l'exécution de l'arrêté contesté compte tenu des dégâts occasionnés aux infrastructures et aux cultures par les blaireaux ainsi que cela résulte, notamment, du signalement émanant du conseil départemental de février 2023 alertant sur d'importants dégâts affectant des ponts autoroutiers ; la chasse du blaireau lors de la période complémentaire du 15 mai au 15 septembre n'affecte pas la dynamique de population de l'espèce dès lors que les prélèvements restent raisonnés et sans impact sur la conservation favorable de l'espèce qui continue de croître à l'échelle du département ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :
* les dispositions de l'article R. 133-8 du code de l'environnement ont été respectées s'agissant tant du délai de convocation que des documents joints ;
* la procédure de consultation du public a été organisée conformément à la réglementation en vigueur, la note d'information exposant, en particulier, le contexte et les objectifs du projet étant accessible sur le site et les observations recueillies ayant donné lieu à la rédaction d'une note de synthèse qui a fait l'objet d'une publication sur le site internet de la préfecture d'Eure-et-Loir ;
* la situation et l'évolution à la hausse des populations de blaireaux en Eure-et-Loir ainsi que les prélèvements stables avec un nombre d'équipages de vénerie sous terre à la baisse démontrent à eux-seuls que le principe de précaution ne peut être invoqué en l'espèce ;
* l'arrêté contesté ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement dans la mesure où le cycle biologique des blaireaux varie annuellement et d'une région à l'autre ; en outre, les prélèvements par vénerie sous terre étant principalement réalisés dans les terriers secondaires, ils impactent peu la reproduction de l'espèce puisque les blairelles mettent bas, de préférence, dans les terriers principaux ;
* la vénerie sous terre du blaireau ne compromet pas la gestion équilibrée des écosystèmes : la régulation équilibrée d'une espèce par la chasse tient nécessairement compte de sa dynamique d'évolution sur un territoire donné et ne saurait se limiter aux seuls territoires où ces espèces sont largement et densément représentés ; il ne s'agit pas d'une condition fixée par l'article R. 424-5 du code de l'environnement ; les dégâts commis par le blaireau sur les cultures et, notamment sur le maïs et les dégradations causées à la voirie sont importants ; les collisions avec les blaireaux sur les routes sont en augmentation ;
* la chasse, même de loisir, joue quelle que soit l'espèce considérée, un rôle de régulation qui participe, in fine, à la prévention des dégâts de sorte que l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté ne prend pas en compte l'équilibre agro-sylvo-cynégétique ;
* l'arrêté contesté ne méconnaît pas davantage l'interdiction de destruction d'espèces protégées : d'une part, le chat sauvage n'est pas présent en Eure-et-Loir ; d'autre part, les affirmations de l'association requérante concernant les chiroptères ne reposent sur aucune étude scientifique.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 2 juin 2023, la fédération départementale des chasseurs d'Eure-et-Loir, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- son intervention en défense est recevable ;
- la requête de l'association One Voice est irrecevable dès lors qu'elle ne justifie pas d'un intérêt à agir en raison de sa vocation nationale, de l'imprécision de son objet social et de l'absence de production d'un bilan de son action ; elle a décidé de s'inscrire au registre des associations de Strasbourg en se soumettant au droit local d'Alsace-Moselle dont elle ne respecte pas les articles 56 et 59 ; sa requête comporte de nombreuses imprécisions ;
- l'association requérante n'établit pas l'urgence à agir dès lors qu'elle ne démontre pas l'atteinte écologique dont elle se prévaut, et en particulier qu'elle ne démontre pas que la pratique de la chasse sous terre a causé ces dernières années un préjudice à la population de blaireaux d'Eure-et-Loir : la vénerie sous terre est un mode de chasse légal et réglementé par un arrêté ministériel du 18 mars 1982 ; le blaireau est une espèce largement répandue en France et en Europe ; les effectifs prélevés à la chasse sont modestes et connus ; à la date du 15 mai à laquelle la période complémentaire prévue par l'arrêté attaqué peut débuter, la question de l'indépendance des blaireautins ne se pose plus ;
- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
* tous les membres qui composent la CDCFS ont régulièrement été convoqués par courriel du 18 avril 2023 auquel étaient jointes diverses pièces, parmi lesquelles la note qui accompagnait le projet d'arrêté soumis à la consultation du public relatif à la période complémentaire de chasse du blaireau ;
* la note de présentation qui a bien été mise à disposition du public sur le site internet de la préfecture, comporte une présentation exhaustive de la situation du blaireau dans le département d'Eure-et-Loir et de l'ensemble des questions connexes qui s'y rattachent (dégâts, collisions, chasse) ;
* l'article L. 424-10 du code de l'environnement est inapplicable dès lors qu'à la date du 15 mai, la période de reproduction est terminée et que ces dispositions, qui ont été prévues pour les oiseaux sauvages, ne visent pas la chasse des mammifères, grands et petits ;
* il est constant qu'en raison des galeries qu'il creuse, le blaireau est à l'origine de dégâts très variés causés aux diverses activités agricoles, aux voies de transport, aux terrains de sport et aux parcours de golf et peut également poser des problèmes de sécurité aux immeubles ; les blaireaux sont également très réceptifs à la tuberculose bovine et constituent un vecteur de la maladie ce qui justifie de diminuer leur population en zone infectée ;
* l'article L. 420-1 du code de l'environnement définit la chasse de façon beaucoup plus large et systémique que la seule nécessité d'un maintien de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique ;
* l'association requérante n'établit pas les atteintes aux habitats d'espèces protégées dont elle se prévaut.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 mai 2023 sous le numéro 2301806 par laquelle l'association One Voice demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- la convention de Berne du 19 septembre 1979 ;
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juin 2023 à 14 h 00 :
- le rapport de Mme Rouault-Chalier ;
- les observations de M. A, représentant l'association One Voice, qui a conclu aux mêmes fins que la requête avec les mêmes moyens qu'il a développés ;
- les observations de Me Mollard, représentant la fédération départementale des chasseurs d'Eure-et-Loir, qui a repris ses écritures présentées dans son mémoire en intervention. ;
- la préfète d'Eure-et-Loir n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La préfète d'Eure-et-Loir, par un arrêté du 12 mai 2023, a autorisé une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau dans le département d'Eure-et-Loir entre le 15 mai 2023 et le 14 septembre 2023. L'association One Voice demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs d'Eure-et-Loir :
2. La fédération départementale des chasseurs d'Eure-et-Loir a intérêt au maintien de la décision attaquée dont la suspension est demandée. Ainsi son intervention en défense est recevable.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".
En ce qui concerne l'intérêt pour agir de l'association requérante :
4. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'environnement : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 ainsi que les fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique et les associations agréées de pêcheurs professionnels justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément. ". Aux termes de l'article L. 141-1 du même code : " Lorsqu'elles exercent leurs activités depuis au moins trois ans, les associations régulièrement déclarées et exerçant leurs activités statutaires dans le domaine de la protection de la nature et de la gestion de la faune sauvage, de l'amélioration du cadre de vie, de la protection de l'eau, de l'air, des sols, des sites et paysages, de l'urbanisme, ou ayant pour objet la lutte contre les pollutions et les nuisances et, d'une manière générale, œuvrant principalement pour la protection de l'environnement, peuvent faire l'objet d'un agrément motivé de l'autorité administrative. (). Ces associations sont dites "associations agréées de protection de l'environnement ".
5. Il résulte de l'application combinée des dispositions des articles L. 141-1 et L. 142-1 du code de l'environnement que les associations de protection de l'environnement titulaires d'un agrément attribué dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État justifient d'un intérêt à agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément, dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément.
6. L'association One Voice, qui a notamment pour objet la protection et la défense des animaux quelle que soit l'espèce à laquelle ils appartiennent, la " généralisation d'un mode de vie non destructeur et non-violent à l'égard des animaux " et la défense d'une société " non-violente, respectueuse des animaux ", est titulaire d'un agrément au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement depuis le 5 janvier 2019, ainsi qu'il ressort de la liste des associations agréées dans le cadre national au titre de la protection de l'environnement, publiée en annexe de l'arrêté du 31 mai 2021 portant publication de la liste des associations agréées au titre de la protection de l'environnement dans le cadre national. Par conséquent, même si l'association requérante ne fournit pas de bilan quant à son action en faveur du blaireau, elle dispose d'un intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté contesté autorisant une période de chasse complémentaire du blaireau. La circonstance qu'elle ne serait pas enregistrée conformément aux articles 59 et 60 du code civil d'Alsace-Moselle, à la supposer établie, est à cet égard sans incidence. La fin de non-recevoir opposée par la fédération départementale des chasseurs d'Eure-et-Loir doit ainsi être écartée.
En ce qui concerne l'urgence :
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
8. L'arrêté attaqué a pour effet d'autoriser une période complémentaire de la vénerie sous terre des blaireaux pendant quatre mois, hors période générale de chasse. Eu égard à son objet, l'exécution de cette décision comporte des effets irréversibles qui portent une atteinte grave et immédiate aux intérêts défendus par l'association One Voice, à savoir la protection et la défense des différentes espèces animales, sans que la préfète puisse se prévaloir de ce que les prélèvements autorisés par l'arrêté litigieux restent " raisonnés " et n'affectent pas la dynamique de population de l'espèce. Par ailleurs, si la préfète d'Eure-et-Loir fait valoir que les populations de blaireaux sont dans un bon état de conservation dans le département, où elles continuent de croître, elle ne produit pas de données récentes, précises et spécifiques à ce département, relatives à ces populations. Enfin, la préfète d'Eure-et-Loir fait état d'une urgence à autoriser la vénerie sous terre du blaireau pendant la période considérée au regard des risques occasionnés par ces animaux du fait de la présence de terriers à proximité des voies de la ligne SNCF-LGV et des ouvrages autoroutiers, ainsi qu'au regard des dégâts agricoles causés et des risques sanitaires engendrés sur les bovins par le fait que le blaireau peut être porteur de la tuberculose. Toutefois, et alors que des opérations de destructions administratives peuvent également être autorisées en application des articles L. 2122-21 (9°) du code général des collectivités territoriales et L. 427-6 du code de l'environnement, la préfète n'établit pas, en se bornant à produire une planche de six photographies intitulée " photos de différents ponts autoroutiers sur les communes d'Auneau-Bleury-Saint Symphorien et d'Ymeray prises le 17 avril 2023 par la DDT suite à une sollicitation du service des routes du Conseil départemental d'Eure-et-Loir ", l'existence des dommages, visés dans l'arrêté attaqué, qui seraient causés localement par les blaireaux ni ne démontre que leurs effectifs et leur densité actuelle dans le département justifient des mesures de régulation destinées à préserver un équilibre agro-sylvo-cynégétique qui serait compromis par cette espèce. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, et alors que la mise en œuvre de l'autorisation attaquée a déjà débuté depuis le 15 mai 2023, que la condition relative à l'urgence exigée à l'article L.521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
9. Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. / Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. En contrepartie de prélèvements raisonnés sur les espèces dont la chasse est autorisée, les chasseurs doivent contribuer à la gestion équilibrée des écosystèmes. La chasse s'exerce dans des conditions compatibles avec les usages non appropriatifs de la nature, dans le respect du droit de propriété. ". Aux termes de l'article L. 424-10 du même code : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les œufs, de ramasser les œufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. / A condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, des dérogations aux interdictions prévues au premier alinéa relatives aux nids et aux œufs peuvent être accordées par l'autorité administrative () ". Enfin, aux termes de l'article R. 424-5 de ce code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. ".
10. En l'état de l'instruction, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 420-1 et L. 424-10 du code de l'environnement ainsi que le moyen tiré de l'illégalité de l'article R. 424-5 du code de l'environnement.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a autorisé la pratique de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire comprise entre le 15 mai et le 14 septembre 2023, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'association One Voice n'étant pas représentée par un avocat et n'alléguant pas avoir exposé de frais particuliers.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs d'Eure-et-Loir est admise.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 12 mai 2023 autorisant la pratique de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire comprise entre le 15 mai et le 14 septembre 2023 est suspendue jusqu'au ce qu'il soit statué au fond sur la requête n° 2301806.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association One Voice est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association One Voice, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la fédération départementale des chasseurs d'Eure-et-Loir.
Copie en sera adressée pour information à la préfète d'Eure-et-Loir.
Fait à Orléans, le 15 juin 2023.
La juge des référés,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026