mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301831 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | VIEILLEMARINGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mai et 8 juin 2023, Mme A C, représentée par la Selarl Adventis, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le Gabon comme pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire sera annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;
- la décision fixant le pays de renvoi sera annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 9 septembre 1979, est entrée en France le 8 août 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 15 novembre 2018 au 14 novembre 2019. Elle a fait l'objet d'un refus d'entrée sur le territoire français pour défaut d'attestation d'accueil et de ressources suffisantes et d'une décision de maintien en zone d'attente à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Les 10 et 14 août 2019, elle a refusé d'embarquer sur un vol à destination du Gabon. Le 14 août 2019, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Placée en centre de rétention administrative, puis libérée par une décision de la cour d'appel de Paris qui a décidé de l'assigner à résidence dans le département de l'Ain. L'intéressée a satisfait à ces obligations de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'elle est entrée, à nouveau, en France le 30 janvier 2022 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 10 janvier 2022 au 9 janvier 2023. Le 1er juin 2022, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 12 décembre 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides qu'elle n'a pas contestée devant la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué, le préfet
d'Indre-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Gabon et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
3. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 2 mai 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels le préfet l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". La requérante soutient que l'obligation de quitter le territoire attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en faisant valoir que son départ de son pays d'origine se justifiait notamment du fait qu'elle avait subi un mariage forcé et que son époux commettait des violences physiques et sexuelles, qu'elle n'a plus de contact avec son mari, qu'elle n'a pas d'autre famille car elle a été orpheline à l'âge de cinq ans et que son état de santé résultant des violences subies est préoccupant ce qui ne permettait pas de prononcer une mesure d'éloignement compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 611-3. Toutefois, elle est entrée très récemment en France, le 30 janvier 2022. Elle est séparée de son mari et n'a pas d'enfant à charge. Elle n'établit pas avoir des liens amicaux ou familiaux anciens, stables et intenses en France. Enfin, elle ne produit aucun document de nature à établir que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont elle ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine. Par suite et même si l'intéressée a suivi une formation destinée à entrer sur le marché de l'emploi et si elle est bénévole au sein de l'association " La Table de Jeanne Marie " à Tours, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
5. La requérante soutient que l'annulation de l'obligation de quitter le territoire entraînera l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire. Toutefois, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen de la requérante ne peut être accueilli.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
6. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
7. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si la requérante soutient qu'elle a fui son pays en raison des violences physiques et sexuelles commises par son époux, elle ne produit aucun élément ou document à l'appui de son allégation. Au demeurant, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7,
L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
9. En l'espèce, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise au motif que la requérante, mariée mais séparée de son époux et sans enfant, est entrée en France récemment il y a à peine dix-huit mois, le 30 janvier 2022, qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2019, que sa demande de protection sur le territoire français a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'elle ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses, stables et anciens sur le territoire alors qu'elle n'en est pas dépourvue dans son pays d'origine où vivent ses deux sœurs, qu'elle ne peut se prévaloir d'aucune insertion dans la société française puisqu'elle ne dispose d'aucune ressource personnelle ni d'activité scolaire, associative ou professionnelle et qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public.
10. La requérante soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée eu égard à son comportement et à sa situation de grande précarité et fragilité de femme seule sur le sol français. Toutefois, les motifs invoqués par le préfet d'Indre-et-Loire rappelés au point 9, dont la réalité est établie, justifient légalement, dans son principe et dans sa durée, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'un an.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet d'Indre-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Florence PINGUET-COMMEREUC
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026