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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301861

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301861

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBLANDEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 31 mai 2023, M. A B, représenté par Me Blandeau, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la production de son dossier par l'administration le cas échéant ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application des articles L. 761-1 et R. 776-20 du code de justice administrative modifié par le décret n° 2011-819 du 8 juillet 2011.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour ;

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente bénéficiant d'une délégation de signature ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de Mme Palis De Koninck a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 29 novembre 1990, est entré en France au mois de décembre 2018, selon ses déclarations. Le 1er septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de française, demande qui a été classée sans suite. Le 24 janvier 2023, il a de nouveau sollicité son admission au séjour au même titre.

Par l'arrêté attaqué du 2 mai 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée vise les textes dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment les articles 6-2°, 6-5° et 7 de l'accord franco-algérien, ainsi que les articles 3 et

8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé et indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de M. B, notamment s'agissant de sa situation personnelle et familiale sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait comme en droit de la décision de refus de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. En l'espèce, M. B se prévaut de son mariage avec une ressortissante française le 31 juillet 2021 et de ce que les revenus qu'il perçoit du fait de son emploi de ferrailleur sont les seules ressources de son foyer composé de son épouse et de la fille de cette dernière. Toutefois, et alors que le mariage de M. B est récent, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'établir l'ancienneté de sa relation avec son épouse avant l'année 2021. Le couple ne vit pas ensemble, le requérant travaillant en région parisienne. Les copies de relevés bancaires produits, s'ils démontrent que M. B verse régulièrement de l'argent à son épouse, ne sont toutefois pas suffisants pour établir la stabilité et l'intensité de leur relation, pas plus que la copie écran des voyages effectués par M. B via l'application Blablacar. Par ailleurs, le couple n'a pas d'enfant. Le requérant ne se prévaut d'aucune autre attache familiale ou personnelle en France. Si M. B travaille en qualité de ferrailleur pour différents employeurs depuis juin 2019, aucun n'a entrepris de démarches en vue de l'employer régulièrement, lui-même n'ayant sollicité de titre de séjour qu'en 2021, un mois après son mariage avec une ressortissante française. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien. Il n'est pas plus fondé à soutenir que le préfet de Loir-et-Cher aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que cette décision emporte sur sa situation personnelle, professionnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, la décision attaquée a été signée par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de Loir-et-Cher du 25 janvier 2021, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet, notamment, de signer " tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, professionnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire d'ordonner la production du dossier administratif de M. B, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 mai 2023 du préfet de Loir-et-Cher doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction avec astreinte et de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La rapporteure,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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