mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301957 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | KONATE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 23 mai 2023 et le 2 juin 2023, M. C G, représenté par Me Konaté, avocate, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 10 mai 2023 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a pris une mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet du Loiret de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que le signataire de l'acte disposait d'une délégation de signature régulière lui donnant compétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai :
- le refus d'accorder un délai n'est pas motivé.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, la préfète du Loiret représentée par la SELARL Centaure Avocats conclut au rejet de la requête.
La préfète du Loiret soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Konate qui reprend les moyens de sa requête. M. G par l'intermédiaire d'un interprète assermenté M. F, précise également qu'il continue bien à travailler, qu'il verse les sommes qu'il doit, qu'il est suivi pour dépression et qu'il voit ses enfants tous les dimanches de 10h à 18h à son domicile.
La clôture de l'instruction a été fixée à 15H00 le 23 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant espagnol, est entré en France selon ses déclarations en 2019. Il purge actuellement une peine de 24 mois d'emprisonnement dont 6 mois ferme pour des faits de violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité de plus de huit jours par personne ayant été conjoint commis entre le 1er septembre 2019 et le 2 mai 2021, pour menace de mort réitérée commise par personne ayant été conjoint commis entre le 22 mars 2021 et le 2 mai 2021, pour des faits de violence sans incapacité sur mineur de quinze ans commis par un ascendant le 2 mai 2021. La peine de prison ferme a été aménagée et M. G porte un bracelet électronique. Il est libérable le 29 juin 2023. Par l'arrêté attaqué du 10 mai 2023, la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans.
2. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ".
3. Le tribunal a été informé que M. G était susceptible d'être libéré le 29 juin 2023. Il résulte dès lors des dispositions précitées que la magistrate désignée est compétente pour statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de circulation sur le territoire français.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme A D, préfète du Loiret, a donné délégation à M. B à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses dispositions L. 233-1 et suivantes et L. 251-1 et suivantes. Il précise également la circonstance que M. G a été condamné, le quantum de sa peine et les motifs de sa condamnation. Il mentionne également que M. G doit être regardé comme constituant une menace actuelle à l'ordre public. Ainsi, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent et est par suite suffisamment motivé. Le moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : /1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; /2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; /3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. /Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. /L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
10. M. G a été condamné le 23 juin 2021 par le tribunal correctionnel d'Orléans à une peine de deux années d'emprisonnement dont dix-huit mois avec sursis pour les faits rappelés au considérant 1. M. G a été par ailleurs condamné à indemniser ses victimes et il a interdiction de contacter la victime, son ex-épouse et de se présenter à son domicile. Les faits pour lesquels M. G a été condamné sont particulièrement graves et constituent à la date de la décision attaquée une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, alors même que le requérant travaille régulièrement, verse une pension alimentaire mensuelle de 620 euros, a entrepris de se soigner et désire conserver le lien avec ses quatre enfants, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier, que M. G a quatre enfants qui résident en France dont trois sont mineurs. Toutefois, l'intéressé a été condamné pour violences n'ayant pas entraîné d'incapacité à l'encontre de son fils cadet et il ressort également des pièces du dossier que M. G a également porté des coups à son fils aîné jusqu'à ce que ce dernier atteigne l'âge de 12 ans. Le jugement du 23 juin 2021 interdit par ailleurs au requérant de rencontrer la mère de ses enfants et de paraître à son domicile. Le jugement précité le reconnaît coupable d'avoir fait subir des violences habituelles à la mère de ses enfants entre le 1er septembre 2019 et le 2 mai 2021 et de l'avoir menacé de mort. Dans ces conditions, compte tenu du comportement de M. G, alors même qu'il contribue à l'entretien de ses enfants, l'arrêté attaqué ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au buts en vue desquels il a été pris. L'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'est pas plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. G.
13. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ()". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, la décision attaquée ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. /L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
16. La décision attaquée précise qu'eu égard à la nature des faits commis, de leur répétition, et du risque de récidive, il y a urgence à éloigner sans délai M. G. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus d'accorder un délai de départ volontaire ne pourra qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux années :
17. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
18. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle n'a pas été prise sur le fondement du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais bien sur le fondement du 2° du même article. Par ailleurs, comme énoncé au considérant 10 c'est sans erreur d'appréciation que la préfète a considéré que le requérant constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Ainsi, la préfète n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit en faisant application des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. En second lieu, comme énoncé dans les considérants 12 et 14, M. G a été condamné pour des violences habituelles et des menaces de mort sur son ex-femme. Il ressort des pièces du dossier que les enfants ont assisté à ces scènes de violences et que deux des quatre enfants du requérant ont eux-mêmes été victimes de violences de la part de l'intéressé. Ainsi, alors même que trois des enfants mineurs du requérant résideront en France avec leur mère, la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. G doivent être rejetées, de même que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. G est rejetée.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. C G et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La magistrate désignée,
Armelle E
La greffière,
Florence PINGUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026