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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301997

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301997

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301997
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2023, M. C A et Mme B A demandent au tribunal d'annuler les arrêtés n° A2023_036 et n° A2023_037 en date du 4 avril 2023 édictés par le maire de la commune de Bonny-sur-Loire portant alignement de la voie communale n° 3 dénommée " Chemin de la Fontaine " au droit des parcelles dont ils sont propriétaires.

Ils soutiennent que ces arrêtés sont illégaux au motif que :

- ils ne sont pas fondés sur les limites séparatives de leur propriété ;

- les limites de fait fixées ne sont pas toujours expliquées ou justifiées ;

- la seule localisation du poteau d'éclairage public ne peut permettre de considérer qu'il est implanté sur le domaine public ;

- à qui appartiennent les deux gros chênes ' ;

- ils sont propriétaires de la zone teintée en bleu mais occupée par le chemin de la Fontaine et l'arrêté ne prévoit pas qu'elle leur soit restituée ;

- la commune n'a pas utilisé les précédents travaux de délimitation effectués.

Par un mémoire enregistré le 24 juillet 2024 et une pièce complémentaire enregistrée le 16 octobre 2024, la commune de Bonny-sur-Loire, représentée par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants la somme de 2.000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de la voirie routière ;

- le code l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. et Mme A, résidant au 1, " La Fontaine " à Bonny-sur-Loire (45420), demandent au tribunal l'annulation des deux arrêtés n° A2023_036 et n° A2023_037 en date du 4 avril 2023 par lesquels le maire de la commune de Bonny-sur-Loire a procédé à la délimitation de la voie communale n° 3 dénommée " Chemin de La Fontaine " respectivement au droit des parcelles cadastrées section A n° 208, n° 209, n° 212 dont ils sont propriétaires ainsi qu'au droit de la parcelle n° 1605 appartenant à la SCI du Bois des Noues qu'ils ont créée.

Sur le cadre juridique :

2. L'article L. 141-1 du code de la voirie routière dispose : " Les voies qui font partie du domaine public routier communal sont dénommées voies communales. () ".

3. Selon l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. ()/. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine ". L'article L. 112-3 de ce code dispose : " L'alignement individuel est délivré par le représentant de l'Etat dans le département, le président du conseil départemental ou le maire, selon qu'il s'agit d'une route nationale, d'une route départementale ou d'une voie communale. / Dans les agglomérations, lorsque le maire n'est pas compétent pour délivrer l'alignement, il doit obligatoirement être consulté. ". L'article L. 112-4 dudit code précise que " L'alignement individuel ne peut être refusé au propriétaire qui en fait la demande. ".

4. D'une part, l'alignement individuel, qui n'emporte aucun effet sur le droit de propriété des riverains, ne peut être fixé qu'en fonction des limites actuelles de la voie publique en bordure des propriétés riveraines.

5. D'autre part, l'alignement individuel, qui, en l'absence d'un plan d'alignement, constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine, est un acte purement déclaratif qui reste valable, en ce qui concerne la délimitation de la voie publique, tant qu'il ne se produit pas de fait nouveau, alors même que l'autorité qui le délivre aurait fixé un délai pour la réalisation des travaux en vue desquels l'alignement a été demandé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre les deux arrêtés du 4 avril 2023 :

7. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la commune de Bonny-sur-Loire n'aurait pas transmis les documents de délimitation comme ceux portant sur des travaux réalisés antérieurement dans le cadre de l'opération menée par la SAS Géomexpert ayant donné lieu à la rédaction le 20 décembre 2022 d'un procès-verbal concourant à la délimitation de la propriété des personnes publiques (PV3P) est inopérant dans le présent litige portant sur la légalité d'arrêtés d'alignement.

8. En deuxième lieu, les deux arrêtés contestés en date du 4 avril 2023 du maire de la commune de Bonny-sur-Loire portant alignement fixent en leur article 1er les limites de fait de la voie communale " Chemin de la Fontaine " au droit des parcelles citées au point 1 en énonçant un ensemble de points qui ont été repris dans le procès-verbal annexé, sans qu'il soit besoin de les justifier, mais seulement de constater les limites de fait dudit ouvrage public. Aussi le moyen tiré de l'absence de justification, au demeurant non précisé, est-il également entaché d'inopérance.

9. En troisième lieu, si M. et Mme A évoquent une incertitude quant à la propriété d'assiette des deux chênes, leur requête ne comporte cependant aucune contestation ni aucune conclusion à cet égard dont il appartiendrait à la juridiction saisie de connaître et de se prononcer.

10. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que les arrêtés du 4 avril 2023 énoncent en leur article 6 que " des régularisations foncières sont à prévoir ", mais sans pour autant les préciser, ni prévoir de " compensation " au profit des époux A s'agissant de la portion de la voie communale qui empiète sur leur propriété en raison des discordances mises en évidence par le PV3P entre les limites de fait de l'ouvrage public et les limites de propriété est lui aussi inopérant dès lors que tel n'est pas l'objet d'un arrêté d'alignement.

En ce qui concerne l'arrêté n° A2023_036 du 4 avril 2023 :

11. L'arrêté n° A2023_036 du 4 avril 2023 énonce en son article 5 relatif aux " Limites de fait ne correspondant pas aux limites de propriété " que " La limite de fait est fixée afin de laisser le poteau d'éclairage public sur le domaine public ". S'il est soutenu que " La localisation de ce poteau ne peut justifier à elle seule l'appartenance de sa surface au domaine public ", ce moyen n'est toutefois pas davantage précisé, ni argumenté, alors qu'il ressort des pièces et photographies fournies par la commune en défense que ce poteau d'éclairage, qui constitue un accessoire de l'ouvrage public que constitue la voie communale n° 3, est situé dans la haie la bordant et est ainsi compris dans les limites de fait de ladite voie.

En ce qui concerne l'arrêté n° A2023_037 du 4 avril 2023 :

12. Par arrêté n° 2023_037 du 4 avril 2023, le maire de la commune de Bonny-sur-Loire a procédé à la délimitation de la voie communale n° 3 dénommée " Chemin de la Fontaine " au droit de la parcelle n° 1605 appartenant à la SCI du Bois des Noues. Cet arrêté fixe en son article 1er les limites de l'ouvrage public que constitue la voie communale telles que constatées, détermine en son article 2 les limites de propriété foncière, précisant notamment que " L'arbre et l'aire d'aspiration incendie sont sur l'emprise du domaine public " et que, " Entre les points T à U sur 21,37 m et de U à V sur 21,05 m, limite fixée le long de la berge, partant du mur et passant par les deux gros chênes ", fixe en son article 3 les limites de fait avant de préciser en ses articles 4 et 5 les concordances et discordances entre les limites de fait de l'ouvrage et les limites de propriété. Il indique en son article 6 que des régularisations foncières sont à prévoir.

13. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté se borne à constater les limites de fait de la voie publique en bordure de cette propriété riveraine mais n'emporte aucune incidence sur la propriété des sols. Si les requérants soutiennent que cet arrêté inclurait dans la voie publique, en méconnaissance de leurs titres de propriété, une bande de la parcelle cadastrée section A 208p dont ils sont propriétaires, cette contestation, sur laquelle il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire de statuer, ne peut être utilement soulevée à l'appui de conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir desdits arrêtés d'alignement. Ce moyen inopérant doit dès lors être écarté.

14. En second lieu, il n'est pas justifié par les époux requérants que le maire de la commune de Bonny-sur-Loire se serait mépris sur les limites actuelles de la voie publique au droit des parcelles leur appartenant. Aussi ce moyen n'est-il pas assorti de faits manifestement susceptibles de venir à son soutien et doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. et Mme A en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1, 7° du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Bonny-sur-Loire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bonny-sur-Loire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et à la commune de Bonny-sur-Loire.

Fait à Orléans, le 14 janvier 2024.

Le président de la 5e chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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