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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302022

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302022

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPUYENCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2023, M. B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel la commune de Lèves lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans, la décision implicite par laquelle la commune a rejeté sa demande du 27 mars 2023 portant report de l'application de la sanction ainsi que la décision implicite par laquelle la commune a rejeté sa demande de congé de longue maladie à compter du 25 août 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lèves, à titre principal, de prendre un arrêté pour le replacer en position de congé maladie puis en congé de longue maladie à compter du 25 août 2022 ainsi qu'un arrêté portant application de la sanction d'exclusion temporaire prise à son encontre à compter de la fin de son congé maladie au lieu du 1er avril 2023, à titre subsidiaire, de procéder à toutes les démarches pour assurer soit la continuité de son congé maladie ordinaire sans interruption depuis le 1er avril 2023, soit son placement en congé de longue maladie, le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

Il soutient que :

- la décision de rejet suite à la demande de placement en congé de longue maladie du 25 août 2022 est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle n'a pas été motivée ;

- l'arrêté du 6 mars 2023 portant sanction d'exclusion temporaire de deux ans est insuffisamment motivée dès lors que la sanction infligée est plus lourde que celle proposée par le conseil de discipline ;

- l'arrêté du 6 mars 2023 et la décision de rejet suite à la demande du 27 mars 2023 sont entachées d'une erreur de droit car le placement d'un fonctionnaire en congé de maladie fait obstacle à ce qu'il exécute pendant son congé de maladie une sanction disciplinaire prononcée à son encontre ;

- la décision de rejet suite à la demande de placement en congé de longue maladie du 25 août 2022 est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, la commune de Lèves, représentée par Me Puyenchet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Keiflin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, adjoint technique titulaire, exerce en qualité d'agent d'entretien des espaces publics au sein de la commune de Lèves (Eure-et-Loir). Courant février 2020, il s'est vu infliger une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un mois pour des faits d'alcoolisme au travail et d'abandon de poste. Le 24 août 2022, M. A, de nouveau sous l'emprise de l'alcool, a refusé en service de porter ses chaussures de sécurité avant de se raviser et menacé de mort ses collègues et ses supérieurs hiérarchiques. A la suite de ces faits, il a été placé en congé de maladie ordinaire et ce congé a été prolongé jusqu'au 23 juin 2023. Le lendemain de ces mêmes faits, le 25 août 2022 puis à nouveau le 18 octobre 2022, il a sollicité de la part de la commune de Lèves la saisine du comité médical départemental en considération de la durée prévisible de son arrêt maladie en vue de bénéficier d'un congé de longue maladie. Ces demandes sont restées sans réponse. Le 15 décembre 2022, il a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre en lien avec les faits commis le 24 août 2022 aux motifs de manquements à l'obligation d'obéissance, non-respect du règlement intérieur de la collectivité et menaces de mort proférées à l'égard de ses supérieurs hiérarchiques. Après avoir recueilli l'avis du conseil de discipline le 6 février 2023, le maire de la commune de Lèves, par un arrêté du 6 mars 2023, lui a infligé une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans, ladite sanction devant prendre effet du 1er avril 2023 au 31 mars 2025. Par un courrier du 28 mars 2023 reçu le 3 avril suivant, M. A a formé un recours gracieux contre cet arrêté en tant qu'il prend effet à compter du 1er avril 2023 eu égard à la prolongation de son arrêt de maladie. Ce courrier est également resté sans réponse. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 6 mars 2023 et des décisions de rejet nées du silence gardé sur ses demandes du 25 août 2022 et du 28 mars 2023, et qu'il soit enjoint à la commune, à titre principal, de prendre un arrêté pour le replacer en position de congé maladie puis en congé de longue maladie à compter du 25 août 2022 ainsi qu'un arrêté portant application de la sanction d'exclusion temporaire prise à son encontre à compter de la fin de son congé maladie au lieu du 1er avril 2023, à titre subsidiaire, de procéder à toutes les démarches pour assurer soit la continuité de son congé maladie ordinaire sans interruption depuis le 1er avril 2023, soit son placement en congé de longue maladie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si M. A soutient que l'arrêté du 6 mars 2023 est insuffisamment motivé dès lors que la sanction infligée est plus lourde que celle proposée par le conseil de discipline, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué mentionne notamment les griefs qui lui sont faits ainsi que l'avis motivé émis par le conseil de discipline du 6 février 2023 et la considération que " la sanction proposée par le conseil de discipline ne sanctionne pas assez sévèrement monsieur B A en raison des faits qui lui sont reprochés ". Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment le motif qui amène à infliger une sanction disciplinaire plus sévère que celle retenue par le conseil de discipline, qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération comprenant : 1° le traitement ; 2° l'indemnité de résidence ; 3° le supplément familial de traitement ; 4° les primes et indemnités instituées par une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 822-1 du même code : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de maladie lorsque la maladie qu'il présente est dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. ". Aux termes de l'article L. 822-2 du même code : " La durée totale des congés de maladie peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs. ". Aux termes de l'article L. 822-3 du même code : " Au cours de la période définie à l'article L. 822-2, le fonctionnaire en congé de maladie perçoit : 1° Pendant trois mois, l'intégralité de son traitement ; 2° Pendant les neuf autres mois, la moitié de son traitement. Il conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. " Aux termes de l'article 24 du décret du 14 mars 1986 : " () en cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé de maladie ". Aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. (). " Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : () 3° Troisième groupe : () ; b) l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. (). " Aux termes de l'article L. 533-2 du même code : " L'exclusion temporaire de fonctions, privative de toute rémunération, () ".

4. D'une part, la procédure disciplinaire et la procédure de mise en congé de maladie sont des procédures distinctes et indépendantes, et la circonstance qu'un agent soit placé en congé de maladie ne fait pas obstacle à l'exercice de l'action disciplinaire à son égard ni, le cas échéant, à l'entrée en vigueur d'une décision de sanction.

5. D'autre part, les dispositions de l'article L. 822-3 du code général de la fonction publique selon lesquelles le fonctionnaire conserve, selon la durée du congé, l'intégralité ou la moitié de son traitement, ont pour seul objet de compenser la perte de rémunération due à la maladie en apportant une dérogation au principe posé par l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique subordonnant le droit au traitement au service fait. Elles ne peuvent avoir pour effet d'accorder à un fonctionnaire bénéficiant d'un congé de maladie des droits à rémunération supérieurs à ceux qu'il aurait eus s'il n'en avait pas bénéficié. Un agent faisant l'objet d'une exclusion temporaire de fonctions étant privé de rémunération pendant la durée de cette exclusion, il ne saurait, pendant cette période, bénéficier d'un maintien de sa rémunération à raison de son placement en congé de maladie.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a été placé en congé maladie à compter du 24 août 2022, pour une durée initiale de six mois, soit jusqu'au 24 février 2023, puis un arrêt de prolongation lui a été prescrit jusqu'au 23 juin 2023 et l'arrêté du 6 mars 2023, lui a infligé une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans, ladite sanction produisant effet du 1er avril 2023 au 31 mars 2025. Il résulte des dispositions précitées que le maire de la commune de Lèves a pu décider de cette exclusion temporaire de deux ans et de ce qu'elle serait appliquée lors du congé maladie du requérant, sans prévoir un report de la date d'effet de la sanction à l'expiration dudit congé, sans commettre d'erreur de droit. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision implicite de rejet d'une demande de congé de longue maladie

7. Si M. A soutient avoir présenté une demande de placement en congé de longue maladie en date du 25 août 2022, il ne l'établit pas. En tout état de cause, d'une part dès lors que M. A n'a pas demandé la communication des motifs de la décision implicite qui serait née du silence gardé sur cette demande dans le délai de deux mois à compter de sa naissance, conformément aux dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision ne se trouve pas entachée d'illégalité du seul fait que ses motifs n'ont pas été communiqués. D'autre part, si M. A soutient également sans apporter le moindre élément quant à la nature de la pathologie dont il souffre que la décision lui refusant le bénéfice d'un CLM est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonctions et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lèves, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Lèves et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Lèves une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Lèves.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Laura KEIFLIN

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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