vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302040 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | NAMIGOHAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2023 et des mémoires enregistrés le 15 juin 2022, M. A B représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la production de son entier dossier par l'administration ;
3°) d'annuler la décision du 3 mai 2023 par laquelle le préfet d'Eure et Loir a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;
4°) d'enjoindre à la préfète d'Eure et Loir de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie familiale et privée " et ce dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir, avec astreinte de 150 € par jour de retard ; d'enjoindre à la préfète de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ; à titre subsidiaire de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, avec astreinte de 150 € par jour de retard et de mettre en œuvre, sans délai, la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
5°) d'annuler la décision du 3 mai 2023 de la préfète d'Eure et Loir notifiée le 31 mai 2023 portant assignation à résidence et fixant les obligations pointage et faisant obligation de rester dans les limites du département ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- s'agissant du titre de séjour : la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ; la décision n'est pas motivée au regard de la circulaire du 28 novembre 2012 et en fait ; l'auteur de la décision attaquée est incompétent ; la décision méconnait les stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco algérien et le droit protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français : la décision doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ; l'auteur de la décision attaquée est incompétent ; le Préfet a méconnu les dispositions de l'article 41de la CDFUE et du PGDUE de bonne administration ; la rédaction de l'arrêté attaqué ne permet pas de considérer que Madame la préfète de l'Eure et Loir a procédé à l'examen particulier permettant de motiver la décision d'obligation de quitter le territoire français ; la décision méconnait les stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco algérien et le droit protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- s'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire : la décision doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; l'auteur de la décision attaquée est incompétent ; la décision n'est pas motivée ; la décision est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation ;
-s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi : la décision doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; l'auteur de la décision attaquée est incompétent ; la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. ;
-s'agissant de la décision portant assignation à résidence : l'auteur de la décision attaquée est incompétent ; la décision n'est pas motivée ; le requérant n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la mesure ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2023, la préfète d'Eure et Loir conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco algérien du 31 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Viéville pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Viéville.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 3 mai 2023. La préfète d'Eure et Loir par une décision du même jour, communiquée au tribunal le 14 juin 2023, a assigné à résidence M. B dans le département d'Eure et Loir.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la compétence du magistrat désigné :
4. Il résulte des pièces produites par la préfète d'Eure et Loir que le requérant a fait l'objet d'un arrêté d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par arrêté du 3 mai 2023 notifié le 31 mai 2023. Dès lors, le magistrat désigné par le président du tribunal en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est compétent pour connaître des conclusions des requêtes dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 3 mai attaqué. En revanche, La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci, ainsi de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur l'absence de communication des pièces par le préfet :
5. Compte tenu de l'objet du litige, M. B ne peut utilement soutenir qu'en l'absence de communication de pièces par le préfet il serait privé d'un procès équitable dans le cadre de la décision de " placement en rétention " en méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'en tout état de cause ces stipulations ne sont applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des contestations sur des droits ou des obligations à caractère civil ou sur des accusations en matière pénale. En outre, l'affaire est en l'état d'être jugée, sans qu'il y ait lieu de procéder à la mesure d'instruction sollicitée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Le requérant articule une exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour et soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire le 1er février 2019 de manière irrégulière. Il s'est marié avec une ressortissante française le 19 septembre 2020 avec laquelle il partage une vie commune ainsi qu'en atteste des proches et les enfants de cette ressortissante. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B apporte une aide non négligeable dans la vie quotidienne de son épouse qui souffre de problèmes rhumatologiques. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant travaille en qualité de boulanger à temps partiel depuis le 6 octobre 2020 de manière continue. Ainsi dans les circonstances de l'espèce, le requérant est fondé à soutenir que la préfète, qui a envisagé dans l'arrêté attaqué la régularisation du requérant à titre exceptionnel a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de procéder à sa régularisation.
9. Le requérant est donc fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour contenue dans l'arrêté du 3 mai 2023 est illégale et à se prévaloir de cette illégalité pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Sur les autres décisions :
10. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il y a lieu dès lors, par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B, d'annuler également la décision relative au délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et l'assignation à résidence prises à son encontre par arrêtés du 3 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement que la préfète d'Eure-et-Loir réexamine la situation de M. B. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer immédiatement à l'intéressé, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1 : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. B.
Article 2 : Les conclusions de M. B dirigées contre le refus de titre de séjour en date du 3 mai 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761- 1 du code justice administrative sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 3 : L'obligation de quitter le territoire français, la décision relative au délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et la décision d'assignation à résidence prises par les arrêtés du 3 mai 2023 susvisés de la préfète d'Eure-et-Loir sont annulées.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. B et à la préfète d'Eure et Loir.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
Le magistrat désigné,
Sébastien VIEVILLE
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure et Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026