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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302061

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302061

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. C, ressortissant congolais, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour "vie privée et familiale" pris par la préfète du Loiret. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision légalement motivée en droit. Il a estimé que le moyen tiré de la menace pour l'ordre public était inopérant, le refus étant fondé sur le défaut d'intégration et le non-respect des lois de la République, en application de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, le tribunal a considéré que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé au regard de l'article L. 423-23 du même code et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2023, M. C, représenté par Me Da Silva, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté sa demande renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas justifiée ;

- cette décision est insuffisamment motivée en droit ;

- la décision méconnaît l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public ;

- la décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire, enregistré le 22 juillet 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Da Silva, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 28 juin 1979, déclare être entré en France en 2005. Il a obtenu un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 26 août 2014 au 25 août 2015, renouvelée une fois, puis une carte de séjour pluriannuelle valable du 22 février 2017 au 21 février 2019, renouvelée jusqu'au 18 août 2022. Par une décision du 17 janvier 2023, la préfète du Loiret lui a refusé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il ne remplissait plus les conditions pour la délivrance de cette carte. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 17 janvier 2023 manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète du Loiret a fait application, en particulier l'article L. 433-1 de ce code est, contrairement à ce que soutient le requérant, motivé en droit.

4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour refuser le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " à M. B, la préfète du Loiret s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé, eu égard aux condamnations pénales dont il a fait l'objet, ne démontrait pas une réelle volonté d'intégration en France et ne respectait pas les principes fondamentaux et les lois de la République française. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut utilement soutenir qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public alors que ce motif ne lui a pas été opposé. Au demeurant, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au retrait d'un titre de séjour ou d'une carte de séjour pluriannuelle, est inopérant.

5. En quatrième lieu, l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B fait valoir la durée de sa présence en France, l'activité salariée qu'il exerce depuis le 14 octobre 2018 et la circonstance qu'il est père d'un enfant français, né en 2007, dont il a la charge. Il est toutefois constant que l'intéressé vit séparé de sa compagne et que par un jugement du 28 novembre 2022, le tribunal correctionnel d'Orléans lui a interdit d'entrer en contact avec cette dernière pendant une durée de deux ans avec exécution provisoire pour des faits de violences conjugales pour lesquels il a été condamné à six mois d'emprisonnement. Il n'établit pas qu'il contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant français et s'il justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'ouvrier, conclu le 11 octobre 2018, cette seule circonstance ne saurait suffire à considérer qu'en refusant de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", la préfète du Loiret aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise et ce alors que l'intéressé ne conteste pas ne pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Par suite, le refus de titre de séjour qui lui est opposé ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En dernier lieu, M. B ne peut pas utilement se prévaloir d'une prétendue violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par le refus de délivrance de titre de séjour qui lui a été opposé, et qui ne lui fait pas obligation, par lui-même, de retourner dans son pays d'origine.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Loiret, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2021, à laquelle siégeaient :

Mme Sophie Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

La présidente,

Fatoumata A

Sophie LESIEUX

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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