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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302071

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302071

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, M. B A, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 décembre 2022 par laquelle la préfète du Loiret n'a pas fait droit à sa demande de régularisation et l'a invité à prendre toutes dispositions utiles pour solliciter un visa de long séjour auprès des autorités consulaires françaises de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " étudiant ", et à défaut, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en n'examinant pas sa demande de délivrance de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Loiret a entaché sa décision d'un vice de procédure résultant du défaut d'examen attentif de sa situation personnelle ;

- il est bien fondé à contester la décision du 26 décembre 2022 dès lors que celle-ci n'est pas une pure décision confirmative de la décision rendue le 26 mars 2021 ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français et qu'il y poursuit des études supérieures ;

- en exigeant de lui qu'il interrompe ses études pour retourner dans son pays d'origine afin d'y solliciter un visa, la préfète a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Loiret à laquelle la requête a été communiquée n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure adressée le 9 novembre 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien né le 14 février 2002, est entré sur le territoire français accompagné de ses parents et de sa sœur le 1er avril 2019, alors qu'il était âgé de plus de dix-sept ans. Par des décisions du 23 septembre 2019, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 24 janvier 2020, les demandes d'asile présentées par ses parents ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. A sa majorité, M. A a sollicité des services de la préfecture du Loiret la régularisation de sa situation sur le fondement des dispositions alors applicables de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 26 mars 2021, la préfète du Loiret lui a délivré une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 31 août 2021 afin de lui permettre de poursuivre sa scolarité jusqu'à la fin de l'année scolaire 2020-2021. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de son autorisation provisoire de séjour, il a sollicité, le 25 octobre 2022, " la délivrance exceptionnelle d'un titre de séjour ". Par le courrier contesté du 26 décembre 2022, la préfète du Loiret lui a rappelé la teneur de son courrier du 26 mars 2021 et l'a invité à prendre toutes dispositions utiles pour solliciter un visa de long séjour auprès des autorités consulaires françaises dès son retour dans son pays d'origine.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Loiret, en indiquant à M. A qu'elle ne pouvait " que confirmer la décision " du 26 mars 2021 et en l'invitant " à prendre toutes dispositions utiles pour solliciter un visa de long séjour auprès des autorités consulaires françaises " dès son retour dans son pays d'origine, a entendu rejeter la demande de titre de séjour du requérant en lui opposant un défaut de visa de long séjour. Or, il ressort également des pièces du dossier, et plus particulièrement de la demande du 25 octobre 2022 adressée aux services de la préfecture, que le requérant a demandé la " délivrance exceptionnelle d'un titre de séjour ". S'il n'a pas précisé le fondement textuel de sa demande de titre de séjour, M. A doit être regardé comme ayant sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, la préfète du Loiret n'était pas fondée à lui opposer l'absence de visa de long séjour pour lui refuser le titre de séjour sollicité.

3. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 26 décembre 2022 par laquelle la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète du Loiret procède au réexamen de la situation du requérant. Il y lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin toutefois d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2023. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Duplantier de la somme de 1 300 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 décembre 2022 de la préfète du Loiret est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder au réexamen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A.

Article 3 : L'Etat versera à Me Duplantier la somme de 1 300 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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