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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302094

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302094

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHAUVIN-HAMEAU-MADEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2023, M. B, représenté par Me Chauvin-Hameau-Madeira, demande au tribunal :

1) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'arrêté du même jour par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter chaque mardi et jeudi à 9 h 30 à la gendarmerie d'Anet ;

3) d'enjoindre préfet territorialement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai, pendant la durée du réexamen de sa situation ;

4) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard

5) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui restituer son passeport, et ce dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard

6) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 € en application des dispositions de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative

M. B soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation justifiait la délivrance de plein droit d'une carte de séjour en application des articles 6-4 et 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnait l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

L'assignation à résidence :

- est insuffisamment motivée,

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C.

Les parties n'était ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré en France le 23 janvier 2019 muni d'un visa valable du 25 novembre 2018 au 22 février 20149. Il n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 6 février 2021, à laquelle il n'a pas déféré. Par arrêté du 5 juin 2023, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué. Dès lors, il y a lieu, à titre provisoire, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'annulation e la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, si aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision.

5. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la décision attaquée qui relate la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. B, ainsi que ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire serait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Le moyen doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / (). ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu en France au-delà des trois mois que lui autorisait son visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Il entrait ainsi dans les catégories précitées.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./ 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien- être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ;". Enfin aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Le requérant fait valoir qu'il est père d'un enfant français né en 2017. Cependant, il a déclaré lors de son audition qu'il n'a jamais vu son enfant et que la vie maritale avec sa compagne a cessé depuis octobre 2016. Il a indiqué lors de son audition que son enfant était sous la garde de sa mère et qu'il n'en assumait pas la garde financière. Contrairement à ce que le requérant soutient, il ne justifie pas résider auprès de son enfant et exercer l'autorité parentale, la décision du 4 juillet 2019 du juge aux affaires familiales constatant que l'autorité parentale est exercée par la seule mère. En outre, il est entré assez récemment en France et n'a pas effectué de démarches en vue de régulariser sa situation administrative au regard de son droit au séjour. Il ne justifie pas avoir des liens personnels et familiaux stables et intenses en France ni d'une expérience professionnelle suffisante. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 6.4° et 6-5° de l'accord franco-algérien susvisé et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit en conséquence être écarté. Pour les mêmes raisons, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète d'Eure-et-Loir aurait méconnu l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant. La préfète n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant mineur résidant en France à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins vingt-quatre mois ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination a été signée par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par arrêté du 13 avril 2013, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Eure-et-Loir a donné délégation de signature à M. A à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure et Loir ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

13. Pour les mêmes motifs que ceux retenus précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être rejetés.

Sur l'assignation à résidence :

14. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relève que M. B fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dont l'exécution demeure une perspective raisonnable, est ainsi suffisamment motivé. Le moyen doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, pour les motifs exposés aux points précédents, que l'arrêté obligeant M. B à quitter le territoire est entaché d'illégalité. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision distincte l'assignant à résidence dans le département d'Eure et Loir est dépourvue de base légale.

16. Enfin, en dernier lieu, si le requérant soutient que la mesure portant assignation à résidence a été prise sans tenir compte de sa situation privée et familiale, il n'apporte aucun élément précis permettant d'en justifier. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, par conséquent, être écarté.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète d'Eure et Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023

La magistrat désignée,

Anne-Laure C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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