Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302226
vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 juin 2023 et le 5 février 2024, Mme B A, représentée par Me Duplantier, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation par la préfète ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de fait et d'erreur de droit ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire enregistré le 8 décembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante de la République du Congo née le 8 janvier 1954, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français le 31 juillet 2014. Le 4 décembre 2014, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 26 juin 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 avril 2016, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par un arrêté du 5 août 2016, il lui a été fait obligation de quitter le territoire français. N'ayant pas déféré à cet arrêté, Mme A a sollicité, le 24 janvier 2017, la régularisation de sa situation sur le fondement des dispositions alors applicables du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 février 2019, le préfet du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a une nouvelle fois fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 7 janvier 2020, confirmée par une ordonnance du 16 novembre 2020 du président de la cour administrative d'appel de Nantes, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête présentée par l'intéressée à l'encontre de cet arrêté. S'étant maintenue irrégulièrement sur le territoire français, Mme A a sollicité, le 8 mars 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 21 février 2023, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l'examen de l'arrêté contesté, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé, comme elle y était tenue, à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
4. La requérante soutient que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie, à la date de la décision attaquée, de plus de huit années de présence sur le territoire français où résident deux de ses sœurs et qu'elle justifie d'un état de santé particulièrement fragile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si la requérante déclare être entrée sur le territoire français en 2014, elle n'a pas déféré à deux précédentes mesures d'éloignement. Par ailleurs, si elle fait valoir qu'elle souffre notamment d'une hépatite C associée à une fibrose hépatique significative avec comorbidité représentée par une obésité de classe I et qu'elle a bénéficié en France d'un suivi médical régulier, elle n'établit pas, par la seule production d'un certificat médical établi le 5 mars 2019, dont il ressort au demeurant que son état est stabilisé, qu'à la date de la décision attaquée son état de santé se serait dégradé au point qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Enfin, si elle fait état de la présence sur le territoire français de deux sœurs, elle n'établit pas entretenir des liens d'une particulière intensité avec ces dernières, ni avoir noué d'autres liens anciens et stables de nature à établir son intégration sociale alors qu'il n'est pas contesté que résident toujours dans son pays d'origine, qu'elle a quitté alors qu'elle était âgée de plus de soixante ans, ses cinq enfants majeurs et trois de ses frères et sœurs. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret aurait porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation au regard des dispositions citées au point précédent, et commis une erreur de droit ou de fait.
5. En dernier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
M. Lardennois, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.