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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302418

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302418

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL FREDERIC ALQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2023, Mme E D, épouse F, représentée par Me Alquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait l'obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de cette notification ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, épouse F, ressortissante algérienne née le 7 mai 1988, est entrée sur le territoire le 7 juillet 2018 en étant munie d'un visa C valable 30 jours délivré par les autorités consulaires françaises à Oran. Le 8 février 2020, elle a épousé en mairie de Tours M. A F, ressortissant algérien bénéficiaire d'une carte de résident valable jusqu'en avril 2033. De cette union sont nés deux enfants, les 23 septembre 2020 et 14 avril 2022. Le 27 juin 2022 Mme D, épouse F, a présenté auprès des services de la préfecture d'Indre-et-Loire une demande de titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 25 mai 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6-5) de l'accord franco algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : ()5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, épouse F, a présenté une demande de carte de résident sur le fondement des dispositions du 5°) de l'article 6 de l'accord franco- algérien en se prévalant de son mariage célébré le 8 février 2020 avec M. F, ressortissant algérien titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2033 et de la naissance de leurs deux enfants B et C, nés respectivement le 23 septembre 2020 et le 13 avril 2022. Toutefois, le préfet fait valoir sans être contredit qu'entrée régulièrement sur le territoire en juillet 2018, Mme D, épouse F, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire à l'expiration de son visa sans entreprendre aucune démarche pour régulariser sa situation et que, si elle se prévaut de son mariage avec un ressortissant algérien en situation régulière au regard de son droit au séjour, et de la naissance de leurs deux enfants, elle ne produit pour attester de leur vie commune que deux factures d'électricité et un avis d'imposition. De plus, sans activité professionnelle ni ressources propres, elle ne produit aucun élément établissant son insertion sur le territoire français, à l'exception d'une promesse d'embauche déjà ancienne. En outre, et alors que sa situation relève du regroupement familial, elle n'établit pas que la décision du préfet d'Indre-et-Loire lui refusant la délivrance d'un titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Si Mme D, épouse F, se prévaut de sa situation familiale sur le territoire français et de la présence de ses deux jeunes enfants, ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent, ces seuls éléments sont insuffisants pour établir l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de ses liens sur le territoire alors que l'ensemble de sa famille réside toujours en Algérie où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. En outre, elle ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir son impossibilité à retourner dans son pays d'origine. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 3.1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. /(). ".

6. Si la requérante soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, elle ne soutient ni même n'allègue que ses enfants ne pourraient retourner en Algérie, pays dont elle-même et ses enfants ont la nationalité, de même que son époux, alors que ces enfants sont très jeunes et non scolarisés et qu'ainsi que le fait valoir le préfet dans ses écritures en défense, elle n'établit pas que son conjoint ne remplirait pas les conditions lui permettant de déposer une demande de regroupement familial à son bénéfice afin de la faire revenir légalement en France avec leurs enfants.

7. Pour les motifs exposés aux points 4 et 6 la décision obligeant Mme D, épouse F, à quitter le territoire français n'est entachée d'aucune erreur manifeste dans l'appréciation de la situation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D, épouse F, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 25 mai 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction de même que celles qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D, épouse F, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, épouse F, et au préfet d'Indre et Loire.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

Le président,

Benoist GUEVELLa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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