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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302431

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302431

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2023 et un mémoire enregistré le 9 juillet 2023, Mme B C A, représentée par Me Guerekobaya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à défaut de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée des mêmes vices que la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 2 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pajot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 13 mars 1995, de nationalité gabonaise, est entrée sur le territoire français en août 2017 de manière régulière. Elle s'est vu délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant ", régulièrement renouvelée jusqu'en février 2023. Le 7 février 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mai 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général, aux fins de signer " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment les articles L. 422-1 et L. 611-1, 3°. Il précise que Mme A ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que l'arrêté ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que le requérant n'a pas allégué encourir de risque particulier en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Ces dispositions permettent à l'administration d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A était inscrite pour l'année scolaire 2017-2018 en licence Administration économique et sociale, pour l'année scolaire 2018-2019 en master 1 Administration et échanges internationaux, pour les années scolaires 2019-2020 et 2020-2021 en master 2 Management des PME-PMI Management international des territoires et des entreprises et enfin pour l'année scolaire 2021-2022 en master 2 Administration et échanges internationaux au sein de l'Université Paul Valéry Montpellier. Elle soutient que durant les années 2020-2021, elle n'a pas obtenu son diplôme de master 2 du fait des difficultés à trouver un stage en entreprise obligatoire du fait de la pandémie de Covid, de sorte qu'elle a décidé de s'inscrire en master 1 option Stratégie et Marketing au sein de l'Ecole supérieure de gestion et de commerce international (ESGCI) de Paris pour l'année scolaire 2022-2023. Toutefois, elle ne justifie pas de manière concrète des difficultés à trouver un stage notamment durant sa seconde inscription en master 2 en 2021-2022. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation d'inscription à l'ESGCI du 6 février 2023, produite par la préfète en défense, que sa date de rentrée était décalée à 2023 et qu'à la date de la décision litigieuse, elle n'avait pas débuté les cours. La requérante ne produit aucune autre pièce permettant d'établir le sérieux de cette réorientation en master 1 alors qu'elle avait validé une année de ce niveau en 2018-2019. Dans ces conditions, la préfète du Loiret n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant qu'elle ne justifiait pas de la réalité et du sérieux de ses études.

6. En quatrième lieu, Mme A se prévaut de la durée de son séjour sur le territoire français depuis 2017. Toutefois, la seule durée de présence en France de l'intéressée, laquelle a au demeurant vécu jusqu'à l'âge de 22 ans dans son pays d'origine, est, en tout état de cause, insuffisante pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La préfète n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante exposés aux points 5 et 6.

8. L'illégalité de la décision portant refus de séjour n'étant pas établie, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait entachée des mêmes vices que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit également être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Aux termes de l'article 2 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Droit à la vie / 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. / 2. La mort n'est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d'un recours à la force rendu absolument nécessaire : / a. pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale ; / b. pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l'évasion d'une personne régulièrement détenue ; / c. pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection. " Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les termes de l'ancien article L. 513-2 du même code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

12. La requérante qui se prévaut de manière générale de la violation des dispositions et stipulations précitées, ne développe aucun élément relatif à d'éventuelles craintes personnelles. Le moyen, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien fondé, doit dès lors être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour Mme A ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions qu'elle présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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