Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2023, Mme B... A... doit être regardée comme demandant l’annulation des décisions du 9 novembre 2022 et du 23 février 2023 par lesquelles la directrice des ressources humaines de la société La Poste l’a informée de ce que, d’une part, sa demande de reconnaissance de l’imputabilité au service de l’accident du 3 janvier 2019 était tardive dans la mesure où celle-ci n’avait pas été transmise dans le délai de deux ans à compter de l’accident, d’autre part, elle ne pouvait ainsi contester le refus de sa prise en charge au titre d’une rechute dans la mesure où aucun accident de service initial n’avait été reconnu.
Elle soutient avoir déclaré à temps son accident de travail survenu le 3 janvier 2019, qui a par ailleurs été reconnu imputable au service par une décision de la caisse primaire d’assurance maladie en date du 19 février 2019 et que la société La Poste ne peut ainsi refuser de statuer sur l’imputabilité au service de sa déclaration de rechute.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2025, la société La Poste conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu’elle est dépourvue de moyen ;
- les conclusions de Mme A... sont irrecevables dès lors qu’elles constituent des demandes d’injonction à titre principal ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la société la Poste qui n’a pas produit d’observations.
Par un courrier du 9 septembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’impliquer le prononcé d’office d’une injonction adressée à la société La Poste tendant à ce que la demande de reconnaissance d’imputabilité au service de Mme A... de l’accident survenu le 3 janvier 2019 soit instruite par cette société.
Par ordonnance du 18 mars 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 18 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des conseils médicaux, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Garros,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... A... est fonctionnaire au sein de la société La Poste. Le 3 janvier 2019, elle a été victime d’un accident dans le temps et le lieu du service. Le même jour un formulaire CERFA d’accident du travail a été établi par un médecin, certificat que la requérante a transmis le lendemain à son employeur. Une déclaration d’accident du travail a ensuite été établie par l’employeur de Mme A... le 4 janvier 2019 et transmise à la caisse primaire d’assurance maladie. Par une lettre du 19 février 2019, cette caisse a informé la société La Poste que les éléments en sa possession lui permettaient de reconnaitre le caractère professionnel de l’accident en date du 3 janvier 2019. Après l’apparition de douleurs au genou sur lequel Mme A... avait chuté le 3 janvier 2019, un certificat de rechute a été établi par un médecin le 28 septembre 2022 et transmis le 30 septembre suivant aux services des ressources humaines de la société La Poste. Suite à cette déclaration, les services susmentionnés ont informé Mme A..., le 9 novembre 2022, de ce que l’accident du travail du 3 janvier 2019 n’avait jamais été déclaré par elle et qu’elle ne pouvait ainsi solliciter la reconnaissance de la rechute imputable à cet accident. Par un courrier en date du 31 janvier 2023, Mme A... a réitéré sa demande de reconnaissance d’imputabilité au service de sa rechute. Par un courrier du 23 février 2023, la société La Poste a expressément rejeté cette demande en lui indiquant par ailleurs que sa demande d’imputabilité au service de l’accident survenu le 3 janvier 2019 ne pouvait être examinée dans la mesure où celle-ci était tardive. Mme A... doit être regardée comme demandant l’annulation des décisions du 9 novembre 2022 et du 23 février 2023.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, ainsi qu’il est dit au point précédent, Mme A... doit être regardée comme demandant l’annulation des décisions du 9 novembre 2022 et du 23 février 2023 par lesquelles la directrice des ressources humaines de la société La Poste l’a informée de ce que, d’une part, sa demande de reconnaissance de l’imputabilité au service de l’accident du 3 janvier 2019 était tardive dans la mesure où celle-ci n’avait pas été transmise dans le délai de deux ans à compter de l’accident, et de ce que d’autre part, elle ne pouvait ainsi contester le refus de sa prise en charge au titre d’une rechute dans la mesure où aucun accident de service initial n’avait été reconnu. Par suite, c’est à tort que La Poste soutient que les conclusions de Mme A... sont irrecevables dès lors qu’elle constituent une demande d’injonction à titre principal.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 411-1 du code de justice administrative « La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l’exposé des faits et moyens, ainsi que l’énoncé des conclusions soumises au juge. / L’auteur d’une requête ne contenant l’exposé d’aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d’un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu’à l’expiration du délai de recours ».
4. Aux termes de ses écritures, Mme C... A... doit être regardée comme soutenant que la société La Poste a commis une erreur de droit en refusant de statuer sur sa demande tendant à la reconnaissance de l’imputabilité au service d’une rechute et en lui opposant la tardiveté de sa déclaration de l’accident survenu le 3 janvier 2019. Par suite, la requête contient l’exposé de moyens et ne méconnait ainsi pas les dispositions de l’article R. 411-1 du code de justice administrative.
5. Il ressort des motifs précédemment exposés que les fins de recevoir opposées en défense par la société La Poste ne sont pas fondées et doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
6. Aux termes de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, dans sa rédaction issue de l’ordonnance du 19 janvier 2017 entrée en vigueur le 21 janvier 2017, alors applicable : « (…) / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu’en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d’une activité qui en constitue le prolongement normal, en l’absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l’accident du service. ».
7. Le droit des agents publics à bénéficier d’une prise en charge par l’administration à raison d’un accident ou d’une maladie reconnus imputables au service est constitué à la date à laquelle l’accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée. Les dispositions fixant des règles de forme et de délai sont immédiatement applicables aux situations en cours, sous réserve des mesures transitoires qui les accompagnent le cas échéant. Il en va ainsi des conditions de forme et de délai prévues aux articles 47-1 à 47-3 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, sous réserve des mesures transitoires prévues à l’article 22 du décret n° 2019-122 du 21 février 2019. Il en résulte
que ces conditions de forme et de délai sont applicables aux demandes initiales de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivées par un accident ou une maladie dont la déclaration a été déposée après le 22 février 2019, date d’entrée en vigueur du décret du 21 février 2019, les délais impartis par l’article 47-3 du décret du 14 mars 1986 pour déposer cette déclaration ne commençant toutefois à courir, en application de l’article 22 du premier de ces décrets, qu’à compter du 1er juin 2019.
8. Il est constant que suite à un accident survenu le 3 janvier 2019 dans le temps et le lieu du service, Mme A... a notifié à son employeur dès le lendemain, un certificat médical d’accident du travail au titre de cet accident et que ce même 4 janvier 2019, son employeur a établi une déclaration d’accident de travail précisant les circonstances de cet accident. Il ressort des pièces du dossier que la société La Poste, qui était donc était en possession d’une déclaration régulière d’accident de service, a transmis ces éléments à la caisse primaire d’assurance maladie en application des dispositions des article L. 441-1 et suivants du code de la sécurité sociale, alors même que ces dispositions n’étaient pas applicables à la situation de la requérante en sa qualité de fonctionnaire. Par ailleurs, cette déclaration d’accident de service ayant été effectuée antérieurement au 13 avril 2019, les délais de l’article 47-3 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des conseils médicaux, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires n’étaient pas opposables à Mme A.... Par suite, les décisions du 9 novembre 2022 et du 23 février 2023 par lesquelles la directrice des ressources humaines de la société La Poste l’a informée de ce que d’une part, sa demande de reconnaissance de l’imputabilité au service de l’accident du 3 janvier 2019 était tardive dans la mesure où celle-ci n’avait pas transmise dans le délai de deux ans à compter de l’accident, et de ce que d’autre part, elle ne pouvait ainsi contester le refus de sa prise en charge au titre d’une rechute dans la mesure où aucun accident de service initial n’avait été reconnu doivent être annulées.
Sur l’injonction d’office :
9. Eu égard au motif d’annulation retenu au point précédent, le présent jugement implique nécessairement que la société La Poste instruise la demande de reconnaissance d’imputabilité au service de Mme A... relatif l’accident survenu le 3 janvier 2019. En cas de reconnaissance de l’imputabilité au service de l’accident susmentionné, la société La Poste devra également instruire la demande d’imputabilité au service de la rechute de cet accident. Dès lors, il y a lieu d’enjoindre à la société La Poste d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 9 novembre 2022 et du 23 février 2023 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la société La Poste de procéder à l’examen de la demande de reconnaissance d’imputabilité au service de Mme A... relatif l’accident survenu le 3 janvier 2019 et le cas échéant, d’instruire la demande d’imputabilité au service d’une rechute de cet accident.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la société La Poste.
Délibéré après l’audience du 16 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025.
Le rapporteur,
Nicolas GARROS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.