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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302537

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302537

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSCP HARDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2023, M. A, Junior C, représenté par Me Albane Hardy, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la Centrafrique comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant le jugement, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît les articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas suffisamment motivée et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Hardy, avocate de M. C, et de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant centrafricain né le 23 décembre 1985, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 10 septembre 2016. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 30 juin 2017 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 18 juillet 2019 par la cour nationale du droit d'asile. M. C s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a sollicité, le 3 septembre 2019, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 mars 2020, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République Centrafricaine comme pays de destination de cette mesure d'éloignement. Sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement n° 2002137 du

4 février 2021 de ce tribunal administratif confirmé par une ordonnance n° 21VE02900 du

16 mars 2023 du président de la cour administrative d'appel de Versailles. Le 29 mars 2023, il a été interpellé par les services de police d'Indre-et-Loire et placé en retenue administrative. Par l'arrêté attaqué du 29 mars 2023, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République Centrafricaine.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 du préfet

d'Indre-et-Loire :

2. Il ressort des pièces du dossier que le requérant réside en France depuis le

10 septembre 2016. Il s'est marié le 9 juillet 2022 à Tours avec Mme D B, ressortissante centrafricaine, titulaire d'une carte de résident en cours de validité. Il est le père de deux filles, nées le 6 novembre 2013 à Valence, qu'il a reconnu le 1er février 2018, et le 30 août 2017 à Tours, qu'il a reconnu le 3 mars 2017. L'intéressé produit diverses pièces, tels que des quittances de loyer, des déclarations à la caisse d'allocations familiales et des décomptes de cette caisse, avis d'imposition, factures d'électricité, desquelles il ressort que les conjoints et leurs deux enfants ont une communauté de vie depuis l'année 2016 et que l'intéressé participe, dans la mesure de ses moyens, à l'entretien et à l'éducation des enfants. Par suite, l'exécution de l'obligation de quitter le territoire aurait pour effet de séparer le requérant de ses deux enfants. Ainsi, dans les conditions très particulières de l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire prise le 29 mars 2023 par le préfet d'Indre-et-Loire ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions en injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". A la suite de l'annulation d'une décision d'obligation de quitter le territoire, il incombe au préfet, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour.

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement qui annule l'arrêté du 29 mars 2023 du préfet d'Indre-et-Loire n'implique pas nécessairement que le préfet

d'Indre-et-Loire délivre à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " mais seulement que le préfet se prononce sur le droit au séjour de l'intéressé et qu'il le munisse d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dès lors, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de prescrire au préfet

d'Indre-et-Loire de munir immédiatement M. C d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statuer sur sa situation et de fixer à deux mois, à compter de la notification du présent jugement, le délai dans lequel il devra prendre une décision sur son droit au séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Albane Hardy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Albane Hardy de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 mars 2023 du préfet d'Indre-et-Loire obligeant M. C à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République Centrafricaine comme pays de destination de sa reconduite est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de munir immédiatement M. C d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. La décision prise à l'issue de l'examen du droit au séjour de M. C devra intervenir dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Albane Hardy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Hardy, avocat de M. C, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, Junior C et au préfet

d'Indre-et-Loire ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

Le greffier,

Roger MBELANILa République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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