Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302569

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTOUBALE

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans rejette la requête de M. C, ressortissant congolais, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal estime que la décision de refus, fondée sur le caractère tardif de la demande d'asile (plus de 90 jours après l'entrée irrégulière en France), est légale au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il écarte le moyen tiré d'un défaut d'examen, la décision implicite n'étant pas en soi révélatrice d'un tel défaut. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et de frais d'instance sont rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2023, M. A C alias B, représenté par Me Toubale, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa réclamation formée à l'encontre de la décision du 15 mars 2023 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au préfet comme au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en se bornant à opposer un refus implicite, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas sérieusement examiné sa demande ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il établit avoir présenté une demande d'asile dans le délai imparti par la loi, à savoir le 3 janvier 2023.

Par un mémoire enregistré le 4 mars 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Le 3° de l'article L. 531-27 du même code concerne le cas où : " () Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A C, alias B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 12 janvier 1985, est entré de manière irrégulière sur le territoire français le 9 décembre 2022. Le 3 janvier 2023, il a présenté une demande d'asile qui a fait l'objet d'un refus d'enregistrement. Le 15 mars 2023, il a présenté une nouvelle demande d'asile qui a fait l'objet d'un enregistrement en procédure Dublin. Par une décision du même jour, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé en raison du caractère tardif de sa demande d'asile.

3. En premier lieu, une décision implicite ne révèle pas par elle-même un défaut d'examen particulier. Par ailleurs, en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'une réponse expresse a été adressée au requérant par lettre recommandée avec accusé de réception le 25 mai 2023 aux termes de laquelle il ne ressort pas que sa demande n'a pas fait l'objet d'un examen particulier.

4. En second lieu, si le requérant fait valoir qu'il a déposé une demande d'asile dès le 3 janvier 2023 qui a fait l'objet, le jour même, d'un refus d'enregistrement qu'il n'a pas contesté, il n'apporte aucun élément de nature à justifier des diligences accomplies en vue de faire enregistrer sa demande à la suite de ce refus. Par ailleurs, il ne justifie d'aucun motif légitime à l'enregistrement de sa demande seulement le 15 mars 2023 soit dans un délai de plus de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée sur le territoire français.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. C alias B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 15 mars 2023 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que celles présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des fais de l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C, alias B, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, alias B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.