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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302581

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302581

mardi 5 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 31 août 2023, M. B A, représenté par Me Toubale, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 mai 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 23 août 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- après avoir régulièrement travaillé en qualité de saisonnier il n'a pu, en 2022, du fait de la crise diplomatique franco-marocaine, obtenir le renouvellement de son titre et a formulé une demande de changement de statut car son employeur avait besoin d'un employé agricole à temps plein ; le préfet ne peut pas exiger de lui qu'il retourne au Maroc pour initier une demande de titre de séjour mention " salariée ", qui nécessairement été vouée au rejet ;

- la décision d'éloignement méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il est présent et travaille en France depuis de nombreuses années ;

- la décision d'éloignement méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il encourt des risques au Maroc ;

- les mesures décidées le 24 août sont infondées car il s'est toujours plié aux prescriptions préfectorales et n'y a renoncé que depuis le 26 août, constatant que les efforts déployés pour se montrer respectueux de la légalité étaient tenus pour inexistants par la préfecture qui ne saurait légalement justifier rétroactivement sa mesure ;

- en tant qu'il lui impose de demeurer chez lui pendant trois heures quand il n'est pas tenu de se rendre à la gendarmerie, la mesure prise le 24 août est excessive au regard du but à atteindre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Le préfet de Loir-et-Cher a informé le tribunal que par arrêté du 23 août 2023, notifié le 24 août 2023, le requérant a été assigné à résidence pour une durée de 45 jours dans le département.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-marocain ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lefebvre-Soppelsa pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 31 août 2023 à 11 h le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain, entré en France le 5 mai 2019 en qualité de travailleur saisonnier a obtenu une carte de séjour pluriannuelle en cette qualité valable jusqu'au 24 mai 2022 a sollicité un changement de statut, une première fois le 21 janvier 2021. Cette demande a été rejetée le 9 février 2021. Il s'est maintenu en France a sollicité en dernier lieu le 3 octobre 2022 en présentant une demande d'autorisation de travail sur laquelle, le 2 mai 2023 le SMOE a émis un avis défavorable. Par arrêté en date du 23 mai 2023, notifié le 26 mai 2023, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. Par arrêté en date du 23 août 2023, notifié le 24 août 2023, cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de 45 jours.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".

4. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et assignant le requérant à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci, ainsi que des conclusions relatives aux frais de l'instance. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. A.

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si le requérant soutient qu'il est présent en France depuis 2019, y a régulièrement travaillé en qualité de saisonnier, n'a pu, en 2022, du fait de la crise diplomatique franco-marocaine, obtenir le renouvellement de son titre et a formulé une demande de changement de statut car son employeur avait besoin d'un employé agricole à temps plein, il ressort des pièces du dossier que présent en France depuis 2019, il est célibataire sans enfant et conserve des attaches dans son pays d'origine. Par suite, quand bien même il donne satisfaction à son employeur et souhaite rester en France pour travailler, le moyen unique tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Le requérant qui se borne à soutenir qu'il encourt des risques au Maroc n'établit aucunement cette allégation. Par suite, le moyen unique tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ()".

10. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points précédents M. A fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire dans le délai de 30 jours, prise à son encontre le 23 mai 2023, notifiée le 26 mai 2023. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher a légalement pu décider, le 23 août 2023, de l'assigner à résidence sur le fondement des dispositions précitées.

11. En second lieu, si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, elles doivent être, dans leur principe comme dans leurs modalités, adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Le préfet, pour prononcer une assignation à résidence plutôt qu'un placement de l'intéressé en rétention, a considéré que l'éloignement du requérant demeurait une perspective raisonnable, ce qui n'est pas sérieusement contesté, et le requérant ne fait état d'aucune circonstance qui serait de nature à établir que tant son assignation à résidence que les obligations mises à sa charge dans le cadre du respect de cette mesure présenteraient un caractère disproportionné.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions en date du 23 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi et de l'arrêté en date du 23 août 2023 portant assignation à résidence doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre le refus de titre de séjour en date du 23 mai 2023, ainsi que les conclusions relatives aux frais de justice, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Les conclusions aux fins d'annulation des décisions en date du 23 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi et de l'arrêté en date du 23 août 2023 portant assignation à résidence sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2023

La magistrate désignée,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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