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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302589

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302589

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLEGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Legrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2023 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le renouvellement de son droit au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement tout en assortissant ces mesures d'une obligation de remettre l'original de son passeport et de tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police, et spécifiquement d'annuler l'obligation de pointage auprès des services du commissariat de police de Blois, deux fois par semaine tous les mardis et jeudis à 8 h 30 ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher d'enregistrer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de soixante-dix euros par jour de retard et de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision du 3 mai 2023 :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale et entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa demande, dès lors qu'il n'a pas eu connaissance de la décision du 7 avril 2023 et qu'il ne pouvait donc lui être opposé qu'une décision était déjà intervenue et empêchait l'enregistrement de sa nouvelle demande ;

Sur l'arrêté du 7 avril 2023 :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation de ses capacités, dès lors qu'il dispose de compétences et produit un contrat à durée indéterminée dans un secteur d'activité qui rencontre des difficultés de recrutement de professionnels.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en droit dès lors qu'elle vise un " catalogue " de textes sans préciser ceux effectivement mis en œuvre par le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la longue durée d'instruction de sa demande ne peut lui être imputée puisqu'elle démontre plutôt ses efforts pour se placer dans une situation régulière.

En ce qui concerne l'obligation de pointage :

- l'obligation de pointage, dans son principe, ne pouvait être imposée que par l'autorité judiciaire et constitue ainsi une voie de fait ; en outre, cette mesure est incohérente dès lors que l'autorité préfectorale lui a également proposé une aide au retour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par lettre du 19 janvier 2023, le tribunal a informé les parties que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que la décision attaquée du 3 mai 2023, est purement confirmative de la décision du 7 avril 2023 et est, par suite, insusceptible de recours.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard ;

- et les observations de Me Legrand, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1989, est entré de manière irrégulière sur le territoire français le 7 juin 2016 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 janvier 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 5 avril 2019. Du 4 novembre 2020 au 11 août 2021, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étranger malade ", dont il a sollicité le renouvellement le 12 mai 2021. Par courrier du 3 décembre 2021, le préfet de Loir-et-Cher l'a informé de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui concluait que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier en Guinée d'un traitement approprié et voyager sans risque vers son pays d'origine. Le 11 juillet 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 7 avril 2023, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement tout en assortissant ces mesures d'une obligation de remettre l'original de son passeport et de tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police, et de se présenter auprès des services du commissariat de police de Blois, deux fois par semaine tous les mardis et jeudis à 8 h30. Le 3 mai 2023, M. A a sollicité de nouveau un titre de séjour auprès du préfet de Loir-et-Cher. Par une décision du même jour, le préfet l'a informé de ce que sa demande ne pouvait être enregistrée, dès lors qu'elle avait déjà fait l'objet d'une décision de refus, assortie d'une mesure d'éloignement le 7 avril 2023. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2023 et de la décision du 3 mai 2023.

Sur la décision du 3 mai 2023 :

2. Si le requérant soutient qu'il n'a pas eu connaissance de la décision du 7 avril 2023 puisqu'il avait changé d'adresse, alors même qu'il avait signalé son changement de domicile, il ne démontre pas que l'attestation de fin d'élection de domicile établie par le centre intercommunal d'action sociale le 16 août 2022 a bien été transmise à la préfecture avant le dépôt du dossier. Ce document ne figure en effet qu'à l'appui des éléments produits en défense dans le cadre du dossier déposé le 3 mai 2023. Ainsi, la décision du 3 mai 2023 rappelant à M. A que sa demande de titre de séjour " salarié " a été rejetée, est, en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, purement confirmative de la décision du 7 avril 2023. Une telle décision confirmative est insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 3 mai 2023 sont irrecevables et doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet d'enregistrer sa demande.

Sur l'arrêté du 7 avril 2023 :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Nicolas Hauptmann. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Loir-et-Cher, M. D C, préfet de Loir-et-Cher, a donné à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / (). ".

5. Pour attester de sa situation professionnelle, M. A produit à l'appui de sa requête onze bulletins de paye au titre d'un poste d'employé dans un abattoir pour la période de janvier 2021 à janvier 2022, et se prévaut d'un contrat à durée indéterminée qui n'est pas produit à l'appui de sa requête. Il ressort toutefois des termes mêmes de la décision attaquée que ce contrat n'a pas été assorti d'une demande d'autorisation de travail, malgré les demandes adressées par le préfet. Dans ces circonstances, le préfet de Loir-et-Cher a pu légalement refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Si M. A fait valoir, au demeurant sans le démontrer, qu'il a signé un contrat de travail à durée indéterminée, ce dernier n'a pas donné lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, à la présentation d'une demande d'autorisation de travail par son employeur. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de compétences en blanchisserie, dont il soutient qu'elles lui garantissent des perspectives professionnelles dans un secteur en tension, il ne produit aucune pièce pour en attester. En tout état de cause, ces éléments ne sauraient à eux-seuls suffire à caractériser l'existence de circonstances exceptionnelles au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant que le préfet de Loir-et-Cher délivre au requérant un titre de séjour en qualité de " salarié ". Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

9. La motivation de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. A à la suite du refus de délivrance d'un titre de séjour se confond avec celle de ce refus, dont elle découle nécessairement, et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors que le refus de titre de séjour opposé au requérant vise les textes applicables à la situation de M. A, en particulier le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et fait état, par ailleurs, de sa situation personnelle et des modalités de son entrée et de son séjour en France, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français en litige ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, si M. A soutient que la durée d'instruction du dossier ne peut lui être reprochée et que le fait d'avoir soumis plusieurs demandes démontre ses efforts pour régulariser sa situation, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet ait fondé sa décision sur de telles considérations.

En ce qui concerne l'obligation de pointage :

11. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".

12. Il résulte des termes mêmes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut astreindre un étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé à des obligations de présentation. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Loir-et-Cher aurait commis une voie de fait en obligeant M. A à se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Blois doit être écarté.

13. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et l'a soumis à des obligations de pointage doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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