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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302604

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302604

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, M. B A, représenté par

Me Deniz Karasu, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la Turquie comme pays de destination de sa reconduite ;

2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, d'une erreur de droit et méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Karasu, avocat de M. A, et de M. A ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 15 février 1996, a été interpellé le 20 juin 2023 par les services de la gendarmerie nationale du Loiret pour vérification de son droit au séjour. Il a déclaré être entré sur le territoire français le 25 juin 2022 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 31 août 2022, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 29 novembre 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 19 avril 2023 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du

20 juin 2023, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la Turquie.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ ()/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. /. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

3. En l'espèce, la préfète du Loiret a pris l'obligation de quitter le territoire attaquée au motif que la demande d'asile du requérant présentée le 31 août 2022 avait fait l'objet d'une décision de rejet du 29 novembre 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides notifiée le 1er décembre 2022 confirmée par une décision du 19 avril 2023 de la cour nationale du droit d'asile notifiée le 2 mai 2023 et qu'au regard des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français.

4. En premier lieu, il ressort des dispositions citées au point 2 que la préfète du Loiret était en droit de prendre l'obligation de quitter le territoire attaquée dès lors que la demande d'asile du requérant avait été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet de fixer le pays de destination de l'étranger, lequel est déterminé par une décision distincte et, par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour en Turquie est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret se serait crue liée par les décisions prises par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile.

7. Enfin, il ressort de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que le requérant est entré irrégulièrement en France le 25 juin 2022 et qu'il est célibataire et sans enfant. L'intéressé ne justifie pas, ni même n'allègue, qu'il aurait des liens familiaux ou amicaux anciens, stables et intenses en France. Par suite, eu égard notamment aux conditions d'entrée et à la durée de séjour de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret se serait crue liée par les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile pour prendre la décision fixant le pays de renvoi et aurait, par suite, méconnu sa compétence.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Le requérant soutient qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie en raison de son origine kurde et de son soutien au PKK et fait valoir qu'il a fait l'objet de plusieurs procédures judiciaires, qu'il a participé le 17 juin 2021 à une manifestation contre l'assassinat de Deniz Poyraz, militante du HDP d'Izmir à la suite de laquelle il a été arrêté et placé en garde à vue, qu'il a participé à une autre manifestation le

21 juin 2021 contre la décision de la cour constitutionnelle d'ouvrir un procès contre le HDP qui était accusé de faire de la propagande en faveur du PKK à la suite de laquelle il a été placé en garde à vue, présenté devant le procureur puis devant le juge des libertés et de la détention mais n'a pas été placé en détention. Toutefois, le procès-verbal de perquisition du 1er avril 2022, le mandat d'arrêt du 7 avril 2022, les réquisitions et le jugement n° 2022/217 produits par le requérant sont dépourvus de toute authenticité dès lors que l'intéressé ne justifie pas des conditions dans lesquelles il les a obtenus et qu'il était en France à la date à laquelle certains de ces documents ont été établis. D'ailleurs, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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