mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DEZALLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Dézallé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à défaut sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou à défaut au titre de son pouvoir de régularisation, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de l'arrêté du 11 avril 2023 pris dans son ensemble
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a plus aucune famille dans son pays d'origine ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'exige pas la production de pièces sur ses résultats scolaires, son assiduité, les appréciations des professeurs ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la préfète dès lors qu'elle suit une formation depuis 2020 ;
S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a souffert dans son pays d'origine et a fui des violences militaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Keiflin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante congolaise, née le 5 juin 2003, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 16 décembre 2019 selon ses déclarations. Elle a été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 6 décembre 2019, soit à plus de 16 ans, jusqu'au 5 juin 2021, jour de sa majorité. Elle a bénéficié d'un contrat jeune majeur conclu avec le conseil départemental d'Eure-et-Loir sur la période du 5 juin 2021 au 5 novembre 2021. Le 7 septembre 2021, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 avril 2023, dont Mme A demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans et qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Disposant d'un large pouvoir d'appréciation, il doit ensuite prendre en compte la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée.
4. La requérante soutient qu'elle suit une formation depuis 2020 compte tenu de son inscription pour l'année 2020-2021 au lycée La Saussaye en première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " production et service en restauration " (PSR) mais qu'elle a été contrainte de mettre fin à son contrat d'apprentissage pour des raisons personnelles. Elle soutient avoir obtenu en mars 2021 un contrat d'apprentissage pour le titre professionnel de cuisinier, option cuisine collective, et que dans ce cadre elle s'est vue délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, et qu'en août 2022 elle s'est inscrite en CAP " cuisine " et a obtenu un contrat d'apprentissage avec la SARL LNJAC du 8 août 2022 au 30 juin 2024. Par ailleurs, elle soutient que l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'exige pas la production de pièces sur ses résultats scolaires, son assiduité ou encore les appréciations des professeurs, et qu'en outre, elle n'a aucune famille dans son pays d'origine car elle n'a jamais connu son père, que sa mère a disparu et que son beau-père l'a livrée aux militaires alors que ses deux frères sont en France.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, dont il est constant qu'elle a été confiée au service de l'aide sociale à l'enfance entre ses seize ans et dix-huit ans, a été inscrite pour la période du 1er septembre 2020 au 15 novembre 2020 à une formation de CAP " PSR 1ère année " au centre de formation agricole de La Saussaye à Sours, pour la période du 17 mars 2021 au 7 juillet 2021 dans le cadre du " dispositif assure ton année " au lycée Jehan de Beauce à Chartres et pour la période du 8 août 2022 au 30 août 2022 à une formation de CAP " cuisine " au centre de formation interprofessionnel de Chartres. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A a été employée dans le cadre de son apprentissage en qualité de cuisinière des collectivités par le conseil régional du Centre-Val de Loire du 1er octobre 2021 au 31 août 2022 inclus, soit pendant onze mois, ainsi que par la SARL LNJAC dans le cadre d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation en CAP " cuisine " en qualité de cuisinière sur la période de septembre 2022 à avril 2023, soit pendant huit mois, et elle justifie avoir obtenu une décision favorable le 23 février 2023 suite à sa demande d'autorisation provisoire de travail déposée le 9 février 2023 pour exercer au sein de la SARL LNJAC pour une période de validité du 16 février 2023 au 15 mai 2023. En outre, il ressort des pièces du dossier notamment de l'avis du 7 septembre 2021 du pôle " mineurs non accompagnés Beauce " des apprentis d'Auteuil que Mme A, qui a rejoint cette structure le 18 septembre 2020, se montre indépendante dans les actes de la vie quotidienne, s'est depuis peu investie dans son projet éducatif et a évolué dans sa socialisation secondaire et son insertion sociale. Dans cet avis, la structure d'accueil soutient la demande de titre de séjour de la requérante pour concrétiser ses projets personnels et professionnels sur le territoire français. Par ailleurs, il n'est pas contesté que Mme A a quitté son pays d'origine avec deux de ses frères, tous deux titulaires d'une carte de séjour temporaire pour l'un valable du 22 mars 2023 au 21 novembre 2023 et pour l'autre valable du 31 janvier 2023 au 30 janvier 2024, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait encore des liens avec son pays d'origine.
6. Dans ces conditions, malgré les interruptions dans les formations entreprises au cours de son parcours éducatif, et alors que la requérante justifie de son projet professionnel, de l'absence de liens avec son pays d'origine et de son parcours de vie, la préfète d'Eure-et-Loir en prenant l'arrêté attaqué a commis une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, compte tenu du motif d'annulation retenu que le préfet d'Eure-et-Loir délivre à Mme A un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dézallé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dézallé de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 11 avril 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer un titre de séjour à Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. et dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.
Article 3 : L'Etat versera à Me Dézallé, avocate de Mme A, une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet d'Eure-et-Loir et à Me Dézallé.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
Laura KEIFLIN
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026