jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302760 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI BEZARD GALY COUZINET CONDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juillet 2023, le 26 novembre 2023 et le 8 décembre 2023, M. et Mme B, M. et Mme E et M. et Mme C, représentés par Me Galy, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 7 février 2023 et du 20 septembre 2023 par lesquels le maire de Chartres a délivré à la SCCV Clos Courtille un permis de construire et un permis de construire modificatif portant sur un immeuble de 35 logements situé au 15 rue Victor Gilbert sur le territoire de la commune de Chartres ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Chartres et de la SCCV Clos Courtille une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt pour agir en ce que le projet affectera leurs conditions de jouissance en période de travaux, ainsi qu'après ceux-ci en raison de l'ampleur du projet et des vues en résultant ;
- les prescriptions assortissant le permis de construire sont contraires aux pièces du dossier de demande et nécessitaient le dépôt d'une nouvelle demande de permis de construire ;
- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article USB 12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Chartres en ce que le parking souterrain destiné à accueillir une partie des places de stationnement est situé à plus de 300 mètres et que pétitionnaire ne justifie pas d'une concession à long terme sur les 17 places de substitution ;
- il méconnait les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-26 du code de l'urbanisme et des dispositions des articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement en ce que le projet ne prévoit pas de dispositif de traitement des eaux pluviales suffisant ;
- il méconnait les dispositions des articles USB 3, USB 12.1 et R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce que la rampe d'accès est prévue en limite de la voie publique et non en retrait de 5 mètres et présente en forte déclivité.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2023, la commune de Chartres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2023, la SCCV Clos Courtille conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que soit mis à la charge de M. et Mme E le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à ce que soit mis à la charge de M. et Mme B et M. et Mme C le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la recours de M. et Mme E est tardif en ce que ces derniers n'ont pas prorogé le délai de recours par l'exercice préalable d'un recours gracieux ;
- M. et Mme B ainsi que M. et Mme C ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour demander l'annulation du permis de construire ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une intervention enregistrée le 8 décembre 2023, M. et Mme E, représentés par Me Galy, demandent au tribunal de faire droit aux conclusions de la requête et que soit mise à la charge de la commune de Chartres et de la SCCV Clos Courtille une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à intervenir en ce que le projet affectera leurs conditions de jouissance en période de travaux, ainsi qu'en période d'usage en raison de l'ampleur du projet et des vues en résultant ;
- les prescriptions assortissant le permis de construire sont contraires aux pièces du dossier de demande et nécessitaient le dépôt d'une nouvelle demande de permis de construire ;
- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article USB 12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Chartres en ce que le parking souterrain destiné à accueillir une partie des places de stationnement est situé à plus de 300 mètres et que pétitionnaire ne justifie pas d'une concession à long terme sur les 17 places de substitution ;
- il méconnait les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-26 du code de l'urbanisme et des dispositions des articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement en ce que le projet ne prévoit pas de dispositif de traitement des eaux pluviales suffisant ;
- il méconnait les dispositions des articles USB 3, USB 12.1 et R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce que la rampe d'accès est prévue en limite de la voie publique et non en retrait de 5 mètres et se présente en forte déclivité
Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2023.
Un mémoire présenté par la commune de Chartres a été enregistré le 20 décembre 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gasnier,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Galy, représentant les requérants, de Mme F représentant la commune de Chartres, et de Me Courcelles, représentant la SCCV Clos Courtille.
Considérant ce qui suit :
1. La SCCV Clos Courtille a déposé une demande de permis de construire portant sur la construction d'un immeuble de 35 logements, situé 15 rue Victor Gilbert sur la parcelle cadastrée AP 80 à Chartres (Eure-et-Loir). Par arrêté du 7 février 2023, le maire de Chartres a accordé le permis demandé. Par arrêté du 20 septembre 2023, il a délivré à cette société un permis de construire modificatif. M. et Mme B, M. et Mme E et M. et Mme C, demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission de l'intervention de M. et Mme E :
2. M. et Mme E signataires tant de la requête introductive d'instance que du mémoire contestant le permis de construire modificatif, ont la qualité de partie à l'instance. Ces derniers ne s'étant pas désistés de leur requête, leur intervention n'est pas recevable et ne peut, par suite, être admise.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ".
4. D'une part, les prescriptions assortissant un permis de construire ont pour objet-même d'assurer la conformité de cette autorisation aux règles d'urbanisme. Elles peuvent ainsi, à cet effet, contrevenir aux éléments figurant dans le dossier de demande de permis de construire à condition qu'elles portent sur des points précis et limités n'entrainant pas de modifications substantielles. Par suite, la circonstance que les prescriptions contestées contreviennent aux pièces et plans figurant dans le dossier de demande de permis de construire est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
5. D'autre part, les prescriptions assortissant le permis de construire en litige, lesquelles sont essentiellement relatives à la configuration de l'accès, au traitement des eaux pluviales et aux menuiseries de la construction, portent sur des points précis et limités ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau dossier de demande. Le moyen doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article USB 12.8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Chartres relatif au stationnement automobile, les constructions nouvelles à usage d'habitation collective doivent comporter : " Pour les programmes de logements dont le terrain d'assiette est situé () à moins de 300 m d'un parc public de stationnement enterré : 1,5 place par logement () Dans les cas visés aux alinéas a et b, au moins 80% des places devront être réalisées en sous-sol ou dans l'emprise des bâtiments projetés () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet est situé en tout ou partie à moins de 300 mètres à vol d'oiseau du parc de stationnement public enterré le plus proche. La construction projetée, portant sur la création de 35 logements, prévoit conformément aux dispositions précitées, la réalisation de 53 places de stationnement en sous-sol du terrain d'assiette du projet. Le moyen doit donc être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme : " Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, celles-ci peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette ou dans son environnement immédiat. Lorsque le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition à une déclaration préalable ne peut pas satisfaire aux obligations résultant du premier alinéa, il peut être tenu quitte de ces obligations en justifiant, pour les places qu'il ne peut réaliser lui-même, soit de l'obtention d'une concession à long terme dans un parc public de stationnement existant ou en cours de réalisation et situé à proximité de l'opération, soit de l'acquisition ou de la concession de places dans un parc privé de stationnement répondant aux mêmes conditions ".
9. Il ressort des pièces du dossier que les 35 places de stationnement requises seront réalisées sur le terrain d'assiette au sous-sol de la construction projetée et non dans le parc public de stationnement situé à moins de 300 mètres à vol d'oiseau du projet. Par suite, la SCCV Clos Courtille n'était pas tenue de justifier de l'obtention d'une concession à long terme dans ce parc public de stationnement.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les eaux pluviales feront l'objet, prioritairement, d'une infiltration sur la parcelle, laquelle dispose de 650 m² d'espaces verts, et, pour le surplus, d'un stockage dans un bassin de rétention situé au sous-sol qui disposera d'une surverse en direction d'un puisard existant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces modalités techniques, détaillées par une note hydraulique jointe au dossier de demande de permis de construire modificatif non sérieusement contestées, seraient insuffisantes à tel point que le projet serait de nature à porter atteinte à la sécurité ou à la salubrité publiques. Par suite, le maire de la commune de Chartres n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en délivrant le permis en litige.
12. Pour les motifs exposés au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ainsi que des articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement ne peuvent, en tout état de cause, qu'être écartés.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article USB 3.2 du règlement du PLU : " Pour les constructions à usage d'habitat collectif, les rampes d'entrée et de sortie de garage en sous-sol doivent être aménagées en retrait de 5 mètres minimum par rapport à l'alignement ".
14. S'il ressort effectivement des pièces du dossier que le permis de construire initial ne respectait pas la règle de retrait de 5 mètres exigées par les dispositions précitées, ce vice a été, ainsi que le reconnaissent d'ailleurs les requérants, régularisé par la délivrance d'un permis de construire modificatif. Le moyen est donc désormais inopérant.
15. En sixième lieu, aux termes de l'article USB 12.1 du règlement du PLU : " Le stationnement des véhicules et les zones de manœuvre correspondant aux besoins des constructions et installations doivent être réalisés en dehors des voies publiques ouvertes à la circulation, sur le terrain d'assiette du projet ".
16. Les requérants soutiennent qu'en raison de la déclivité de la pente conjuguée à celle de la rampe d'accès telle que prévue par le permis de construire initial, le projet méconnaitrait les dispositions précitées et celles de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
17. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la déclivité de la rampe d'accès prévue par le permis de construire initial (5% sur les cinq premiers mètres puis de 14% au-delà) a été ramenée par la délivrance du permis de construire modificatif, à 0% sur les cinq premiers mètres comptés depuis l'alignement et à 12,81 % au-delà de ce point. Dans ces conditions, les manœuvres pourront être réalisées dans la zone de retrait de 5 mètres, de sorte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la configuration de l'accès méconnaitrait les dispositions précitées du règlement du PLU.
18. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas pièces du dossier que la configuration de l'accès telle que prévue par le permis de construire modificatif engendrerait un risque pour la sécurité publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposée par les défendeurs, les conclusions d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chartres et de la SCCV Clos Courtille, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
21. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des requérants le versement d'une somme de 1 500 euros au bénéfice de la SCCV Clos Courtille en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de M. et Mme E n'est pas admise.
Article 2 : La requête de M. et Mme B et autres est rejetée.
Article 3 : M. et Mme B et les autres requérants verseront à la SCCV Clos Courtille une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Monsieur et Madame Anne et Bruno B, à M. et Mme A et D E, à M. et Mme H et G C, à la commune de Chartres et à la SCCV Clos Courtille.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNE
La greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026