vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302817 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | NGAMAKITA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 juillet 2023 et le 13 novembre 2023, Mme E B, représentée par Me Ngamakita, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023, par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ainsi que la décision notifiée le même jour par laquelle elle a procédé à la rétention de son passeport ;
2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et de lui restituer son passeport dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité n'est pas démontrée ;
- le père de son enfant participe à son entretien ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la rétention de son passeport est illégale et la prive de la possibilité de faire valoir ses droits élémentaires dans son existence, dès lors qu'il n'existe aucun risque qu'elle se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français, étant mère de sept enfants mineurs à charge et scolarisés, possédant un logement et occupant un emploi en qualité d'agent technique de nettoyage jusqu'au retrait de son récépissé ;
- cette décision apparaît disproportionnée au regard de son motif.
Par un mémoire enregistré le 7 novembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Le Toullec a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante de la République du Congo, née le 2 octobre 1986, est entrée en France le 29 juillet 2019 sous couvert d'un visa C Schengen de court séjour, alors en cours de validité. Elle a déposé, le 25 août 2021, une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 14 juin 2023, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par une décision du même jour, elle a procédé à la rétention de son passeport en échange d'un récépissé valant justification d'identité. Mme B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
3. Il résulte des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère d'un enfant, A, née le 20 avril 2020 à Dreux. La filiation de l'enfant a été établie à l'égard de M. D C, de nationalité française, qui l'a reconnu par anticipation le 11 octobre 2019. La préfète d'Eure-et-Loir a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français aux motifs que le père de son enfant ne prenait aucune part à son entretien et son éducation et qu'il existait une suspicion de reconnaissance de paternité à visée migratoire.
5. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est, en principe, opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il dispose d'éléments précis et concordants de nature à établir, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou après l'attribution de ce titre, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète d'Eure-et-Loir s'est fondée sur le fait que Mme B et M. C n'habitaient pas ensemble et résidaient dans des départements différents à la naissance de l'enfant, que M. C ne prenait aucune part à l'entretien et l'éducation de son enfant et que Mme B ne connaissait ni son adresse ni sa profession et savait " peu de choses " sur sa vie privée et familiale. Elle s'est également fondée sur le fait que M. C est déjà connu pour des faits de reconnaissance frauduleuse de paternité à visée migratoire dans le département de l'Oise et du Val-d'Oise. Ces seules circonstances ne constituent pas des indices suffisamment précis et concordants de nature à établir que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour. Le motif tiré de l'existence d'une suspicion de reconnaissance de paternité à visée migratoire est donc illégal.
7. Toutefois, il est constant que M. C ne vit pas avec la requérante et leur fille. Par ailleurs, en se bornant à produire trois versements pour des montants de 200 euros le 19 mars 2021, 155 euros le 16 avril 2021 et de 279 euros le 10 mai 2021, ainsi qu'une attestation du père déclarant qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de son enfant, la requérante n'établit pas que M. C participe effectivement à l'entretien et l'éducation de sa fille. Enfin, la requérante ne produit aucune décision de justice relative à cette contribution. Il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le motif, légal, tiré du défaut de contribution de M. C à l'entretien et l'éducation de sa fille.
8. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est la mère d'une enfant française dont il n'est pas contesté qu'elle vit avec elle depuis sa naissance. Elle contribue ainsi effectivement à son entretien et son éducation depuis sa naissance.
11. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse méconnaît les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 14 juin 2023 par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions du même jour fixant le pays de destination et prononçant la rétention de son passeport.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'annulation partielle prononcée par le présent jugement implique seulement que la situation de Mme B soit réexaminée et que son passeport lui soit restitué. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de restituer à la requérante son passeport. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
14. D'une part, Mme B n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocat de Mme B n'a pas demandé que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761- du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions par lesquelles la préfète d'Eure-et-Loir a fait obligation à Mme B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement contenues dans l'arrêté du 14 juin 2023 ainsi que la décision du même jour ordonnant la rétention de son passeport sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui restituer son passeport.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026