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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302821

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302821

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, Mme E A, représentée par Me Morin, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ; subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statué sur son cas ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice lié à l'incompétence de son signataire ;

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète du Loiret a entaché sa décision d'erreur d'appréciation ;

- le refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 14 mars 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de Me Morin, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A, ressortissante camerounaise né le 25 août 2000, est entrée pour la dernière fois sur le territoire français le 9 mai 2018 sous couvert d'un visa de long séjour. Elle s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 4 décembre 2018 au 3 décembre 2019, régulièrement renouvelée jusqu'au 9 mars 2023. Elle a sollicité, le 23 janvier 2023, le renouvellement de son titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 14 juin 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret du même jour, la préfète du Loiret, Mme B D, a donné délégation à M. C aux fins de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. / L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée sur le territoire français en 2018 à l'âge de dix-huit ans, une fois obtenu son baccalauréat, s'est tout d'abord inscrite en septembre 2018 à l'école supérieure des sciences commerciales d'Angers en 1ère année d'un bachelor de management international. Malgré une admission à redoubler sa 3ème année de bachelor au titre de l'année 2021-2022, elle n'a pas obtenu son diplôme et s'est ensuite inscrite à un nouveau cycle de bachelor spécialité Business à l'école Excelia Business School en 2ème année. Toutefois, ce parcours étudiant, non finalisé, ne reflète pas une évolution et une progression des compétences acquises. Dans ces conditions, la préfète du Loiret a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, estimer que les études de l'intéressée ne présentaient pas de caractère réel et sérieux, et lui refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Le moyen de Mme A tiré d'une atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. En tout état de cause, la requérante est célibataire et sans charge de famille, et a initialement bénéficié d'un titre de séjour mention " étudiant " ne donnant pas vocation à son titulaire à s'installer durablement sur le territoire français. Par ailleurs, elle n'établit pas non plus ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait méconnu le droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui accorder un titre de séjour à ce titre.

7. En quatrième lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour n'est pas établie, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 4 et 6, et alors que la requérante n'établit pas la réalité et l'intensité des liens qu'elle entretiendrait avec les membres de sa famille résidant sur le territoire français, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret aurait entaché sa décision lui faisant obligation de quitter le territoire français d'une appréciation manifestement erronée de la gravité des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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