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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302828

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302828

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 juillet 2023 et le 19 avril 2024, Mme C B, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a informée de la perte de validité de son permis de conduire, ensemble la décision rejetant son recours gracieux, ainsi que les décisions portant retraits de points à la suite des infractions des 29 avril 2022, 25 février 2022, 17 septembre 2021, 30 janvier 2021, 28 mars 2019, 4 avril 2018 ,18 juin 2017, 10 avril 2017 et 14 janvier 2017 qui y sont mentionnées ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points retirés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas reçu l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de ces infractions n'est pas démontrée.

Par un mémoire enregistré le 18 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande au tribunal de constater un non-lieu à statuer partiel et conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- le relevé d'information intégral ne fait plus mention des infractions des 29 avril 2022, 25 février 2022 et 17 septembre 2021, le solde du permis de conduire est de cinq points et l'administration doit être regardée comme ayant retiré la décision 48 SI ; les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 4 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a informé la requérante de la perte de validité de son permis de conduire. Mme B demande l'annulation de cette décision, ainsi que les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées, qu'elle précise dans sa requête.

Sur l'étendue du litige :

2. Le relevé d'information intégral du permis de conduire de la requérante, daté du 18 mars 2024, ne comporte aucune mention de la décision 48SI du 4 janvier 2023, ni des infractions des 29 avril 2022, 25 février 2022 et 17 septembre 2021. Le solde de points du permis de conduire est de cinq points. L'administration doit être regardée comme ayant retiré ces décisions ainsi que la décision statuant sur le recours gracieux de la requérante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête y afférentes.

Sur les conclusions restant en litige :

3. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

4 L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a signé les procès-verbaux électroniques afférents aux infractions des 28 mars 2019 et du 4 avril 2018. Ces procès-verbaux comportent l'ensemble des informations des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit par suite être écarté.

6. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit les attestations de paiement du trésorier du contrôle automatisé et le bordereau de situation des amendes et condamnations pécuniaires, afférents aux infractions du 30 janvier 2021, 18 juin 2017, 10 avril 2017 et 14 janvier 2017. Ces documents établissent que la requérante a acquitté l'amende forfaitaire majorée afférente à ces infractions et a ainsi nécessairement reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Eu égard aux mentions de cet avis, la requérante doit être regardée comme ayant reçu l'information préalable des articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route, la preuve de la non-conformité des avis reçus n'étant pas apportée. Contrairement aux allégations de la requérante, les mentions du bordereau de situation des amendes pécuniaires, daté du 9 février 2023, qu'elle produit, ne sont pas de nature à établir que le paiement de ces amendes ne résulte pas d'un versement spontané postérieur à la réception de l'avis d'amende forfaitaire majorée. Le moyen tiré de l'absence d'information préalable doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

7. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ".

8. Ainsi qu'il est dit aux points précédents, la requérante a acquitté les amendes forfaitaires afférentes aux infractions mentionnées au point 6 et le relevé d'information intégral mentionne qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis au titre des infractions des 28 mars 2019 et 4 avril 2018. La réalité de ces infractions est ainsi établie en application des dispositions de l'article R. 223-1 du code de la route. Si la requérante soutient avoir contesté l'infraction du 30 janvier 2021, elle n'apporte aucun commencement de preuve que son opposition aurait été déclarée recevable par l'officier du ministère public.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête dirigées contre la décision 48SI du 4 janvier 2023, la décision rejetant le recours gracieux dirigé contre cette décision et les retraits de points consécutifs aux infractions des 29 avril 2022, 25 février 2022 et 17 septembre 2021.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc A

Le greffier,

Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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