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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302849

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302849

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantGREFFARD-POISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 juillet et 26 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Bénédicte Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la Somalie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, n'a pas été précédé d'une instruction contradictoire en violation de l'article 41 de la charte européenne de l'Union européenne, n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation personnelle, méconnaît l'article

L. 611-3-9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit, n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire et d'un examen de sa situation personnelle, doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office que dès lors que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise concomitamment à l'obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours attaquée, cette interdiction de retour ne pouvait être prise sur le fondement de l'article L. 611-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais devait être prise sur le fondement de l'article L. 611-8 du même code et qu'il y avait lieu de procéder à une substitution de base légale.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant somalien né le 1er mars 1981, a été interpellé le 29 juin 2023 par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières d'Orléans pour vérification de son droit au séjour. Il a déclaré être entré en France le 14 juillet 2018 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 26 juillet 2018, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 21 septembre 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Il a fait l'objet d'un arrêté d'obligation de quitter le territoire pris par le préfet de l'Isère le 13 février 2023, validé par un jugement, devenu définitif,

n° 2301216 du 7 avril 2023 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble, auquel il n'a pas déféré. Le 12 mai 2023, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée pour irrecevabilité par une décision du 25 mai 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par l'arrêté attaqué du 29 juin 2023, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la Somalie et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 29 juin 2023 a été signé par M. Benoit Lemaire. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

4. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, ou de ce que celui-ci ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du même code, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnu la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, le requérant soutient qu'il n'est pas fait état dans l'arrêté attaqué des éléments qu'il aurait pu faire valoir pour s'opposer à la mesure d'éloignement, notamment sur son état de santé. Toutefois, lors du dépôt de sa demande d'asile et de sa demande de réexamen de cette demande et ultérieurement l'intéressé a pu faire valoir tous les éléments relatifs à sa situation. Par ailleurs, il lui appartenait, s'il s'y croyait fondé, de produire aux services de la préfecture du Loiret, lors de sa demande de réexamen de sa demande d'asile présentée le 12 mai 2023, les documents médicaux joints à sa requête qui sont tous antérieurs à cette date. Par suite, le moyen du requérant tiré ce de que l'arrêté attaqué a été pris en violation de son droit à être entendu et du défaut de caractère contradictoire de la procédure ne peut être accueilli.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué qui fait état notamment de sa situation familiale, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen complet et particulier de la situation du requérant même si l'arrêté ne mentionne aucun élément sur son état de santé dès lors que l'intéressé ne justifie pas avoir informé les services préfectoraux de cet état de santé.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

8. Le requérant soutient qu'il bénéficie depuis son arrivée à Grenoble d'un suivi en pneumologie au centre hospitalier car il a contracté une tuberculose pulmonaire puis une nocardiose pulmonaire suite auxquelles il conserve des séquelles, que son état de santé nécessite également des séances de kinésithérapie et qu'il ne pourra bénéficier d'une prise en charge de ces pathologies dans son pays d'origine. Toutefois, aucun des documents médicaux qu'il produit ne précise que son état de santé nécessite un suivi médical dont il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas méconnu les dispositions précitées au point 7.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient qu'il est arrivé en France en 2018, qu'il y vit de manière habituelle et bénéficie d'un suivi médical, qu'il n'a plus de liens dans son pays d'origine qu'il a quitté avec son frère à dix-neuf ans parce que la fratrie était rejetée par sa famille paternelle, que parti en 2000, il n'est revenu qu'épisodiquement en Somalie, transitant entre la Lybie, le Yémen, le Soudan et enfin l'Italie, qu'il a quitté l'Italie, bien que titulaire d'un titre de séjour, parce qu'il n'y disposait d'aucun emploi, ni logement de sorte que la situation des réfugiés est critique et qu'en cinq ans, il s'est très rapidement intégré en France, apprenant assidûment le français. Toutefois, il est entré assez récemment et irrégulièrement en France, le 14 juillet 2018, et s'y est maintenu malgré les décisions administratives dont il est fait état au point 1. Il est célibataire et sans enfant à charge. Il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir des liens familiaux ou amicaux en France anciens, intenses et stables. Par suite, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour du requérant et au caractère assez récent de ce séjour, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

11. Enfin, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet de fixer le pays de destination de l'étranger, lequel est déterminé par une décision distincte et, par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour en Somalie est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 2 à 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire a été prise par une autorité incompétente et n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire et d'un examen de sa situation personnelle.

14. En deuxième lieu, il ressort de ce qui été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

15. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise sur le fondement de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les termes sont rappelés dans la décision, au motif que nonobstant le fait que l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne peut justifier ni d'une ancienneté de présence sur le territoire français et d'une vie familiale ou amicale établie sur le territoire français car il se déclare être célibataire et sans charge de famille. La précédente mesure d'éloignement à laquelle fait référence la préfète du Loiret ne peut être que l'obligation de quitter le territoire prise le 13 février 2023 par le préfet de l'Isère. Ainsi, la préfète du Loiret a nécessairement entendu assortir l'obligation de quitter de territoire du 29 juin 2023 de l'interdiction de retour sur le territoire français prise concomitamment. Par suite, dès lors que le délai de départ volontaire de trente jours accordé au requérant par l'arrêté attaqué n'était pas expiré à la date de l'interdiction de retour contestée, cette mesure d'éloignement ne pouvait être prise sur la base de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui- ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

17. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Loiret aurait pris la même décision si elle était fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver le requérant de garanties et la préfète du Loiret dispose, sur la base de ces dispositions, du même pouvoir d'appréciation pour prendre une interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale.

18. Enfin, le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise au mépris des considérations tenant à son état de santé, qu'il n'a jamais troublé l'ordre public, qu'il est sur le territoire français depuis cinq ans, qu'il a fait des efforts d'insertion en apprenant le français, qu'il ne s'est pas particulièrement entêté à ne pas exécuter la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre dès lors que celle-ci ne lui a été notifiée que quatre mois avant l'arrêté contesté et qu'il n'avait jamais fait auparavant l'objet d'une mesure d'éloignement et que la mesure d'interdiction est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et disproportionnée en portant atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale en France. Toutefois, il ressort de ce qui a été dit ci-dessus aux points 8 et 10 que l'état de santé de l'intéressé ne justifie pas son maintien sur le territoire français et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale dès lors qu'il ne justifie pas de liens familiaux ou amicaux anciens, intenses et stables en France. Ainsi, même s'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et compte tenu de ce que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré, la préfète du Loiret n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et pris une mesure disproportionnée ou entachée d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant une interdiction de retour du requérant sur le territoire français d'une durée de deux ans.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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