jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302878 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Greffard-Poisson, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 février 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète s'est uniquement fondée sur la présence irrégulière en France de son épouse pour lui refuser le bénéfice du regroupement familial ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire enregistré le 17 mai 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Greffard-Poisson, représentant de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais né le 1er juin 1975, entré en France en 2004, est titulaire d'un titre de séjour valable du 28 août 2014 au 27 août 2024. Le 17 janvier 2022, il a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse. M. A demande l'annulation de la décision du 27 février 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ". Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () / 3° Un membre de la famille résidant en France ". Aux termes de l'article R. 434-6 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2 ". Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées de refuser le regroupement familial, notamment dans le cas où il est porté une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
3. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. A au bénéfice de son épouse, la préfète du Loiret s'est fondée sur la seule circonstance que cette dernière se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français sans rechercher, notamment, s'il existait un motif exceptionnel de nature à permettre à M. A d'obtenir, à titre dérogatoire, un regroupement familial sur place. Par suite, en se considérant en situation de compétence liée pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. A au seul motif que son épouse était en situation irrégulière, la préfète du Loiret a entaché sa décision d'une erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui précède que sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 27 février 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
5. Les motifs du présent jugement n'impliquent pas la délivrance d'un titre de séjour à Mme A. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 500 euros à Me Greffard-Poisson, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la préfète du Loiret du 27 février 2023 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Me Greffard-Poisson la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Greffard-Poisson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Sophie Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère.
Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
La présidente,Fatoumata B Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARDLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026