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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302880

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302880

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 juillet 2023 et le 14 mai 2024, Mme F agissant en sa qualité de représentante légale de son fils mineur M. G, représentée par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 mai 2023 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, d'octroyer à Mme F le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par heure de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de Mme D dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Vieillemaringe sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée disposait d'une délégation de signature régulière lui donnant compétence ;

- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen.

Par un mémoire enregistré le 30 avril 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Best-De Gand.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante sierra-léonaise née le 5 mai 2001, a déclaré être entrée en France le 29 avril 2022, en bénéficiant d'un statut de réfugié reconnu par les autorités grecques. Le 6 mai 2022, Mme D a présenté une demande d'asile rejetée comme irrecevable par l'office français des réfugiés et apatrides par décision du 21 septembre 2022 confirmée par un jugement de la cour nationale du droit d'asile du 13 février 2023. Le 18 avril 2023, elle a déposé une demande d'asile au profit de son fils mineur, M. C B D, né le 22 septembre 2022. Par une décision du 18 avril 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour son fils G au motif que sa demande était une demande de réexamen. Le père de l'enfant a formé un recours à l'encontre de cette décision auprès du directeur de l'OFII, rejeté par une décision du 24 mai 2023. Mme D, agissant pour le compte de son fils mineur E, demande l'annulation de la décision lui ayant refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". L'article L. 551-15 alinéa 3 du même code prévoit, par ailleurs, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé, notamment, lorsqu'" Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; /(). ". Il résulte toutefois du point 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale qu'un tel refus ne peut être pris qu'au terme d'un examen au cas par cas, fondé sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes vulnérables mentionnées à l'article 21 de cette directive, lequel vise notamment les mineurs.

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-3 du même code : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". A, aux termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. Le fait que le demandeur ait explicitement retiré sa demande antérieure, ou que la décision définitive ait été prise en application des articles L. 531-37 ou L 531-38, ou encore que le demandeur ait quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine, ne fait pas obstacle à l'application des dispositions du premier alinéa. Ces dispositions s'appliquent sans préjudice du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 551-15 dudit code dans sa version applicable : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : /() 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. Mais ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé à la famille, conformément aux dispositions de l'article L. 551-15 du même code, sous réserve d'un examen au cas par cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille du mineur concerné.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, le jeune C B avait 7 mois et son frère aîné trois ans. Ainsi, l'enfant pour lequel une demande de réexamen de l'asile a été formulée devait, au regard de son jeune âge, être regardé comme en situation de vulnérabilité. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation au regard de la vulnérabilité du jeune C B.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 24 mai 2023 de l'office français de l'immigration et de l'intégration refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de l'enfant E D doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le motif d'annulation retenu implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que les conditions matérielles d'accueil soient allouées à l'enfant E D représenté par Mme H D dans un délai d'un mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. La requérante ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions combinées en mettant à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de Me Vieillemaringe, conseil de la requérante, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 mai 2023 de l'office français de l'immigration et de l'intégration refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme D agissant au nom de son fils mineur C B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'office français de l'immigration et de l'intégration d'attribuer, dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, les conditions matérielles d'accueil à Mme D agissant au nom de son fils mineur C B D, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait.

Article 3 : L'office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Vieillemaringe la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D agissant en qualité de représentante légale de son fils C B D, à Me Vieillemaringe et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024

La rapporteure,

Armelle BEST-DE GAND

Le président,

Benoist GUEVEL

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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