Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302943
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ADJA OKE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 juillet 2023 et le 6 septembre 2023, Mme D A, représentée par Me Adja Oke, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans en application des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an sur le fondement des articles L. 423-1 à L. 423-3 du même code, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle remplit les conditions énumérées à cet article ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire enregistré le 18 août 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gasnier,
- et les observations de Me Bertin représentant Mme A et substituant Me Adja Oke.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 30 avril 1977, est entrée irrégulièrement en France le 4 septembre 2015. Elle a obtenu la délivrance de deux titres de séjour d'une durée d'un an entre le 27 mai 2020 et le 26 mai 2022. Mme A a présenté une demande de carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 8 juin 2023, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, par arrêté du 13 avril 2023, régulièrement affiché et publié au recueil des actes administratifs, M. Yann Gérard, secrétaire général de préfecture d'Eure-et-Loir, a reçu délégation du préfet d'Eure-et-Loir pour signer les actes relatifs à la police et au séjour des étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de Mme A en France, qui en constituent le fondement. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que le préfet d'Eure-et-Loir n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage ".
6. A l'appui de sa requête, Mme A fait valoir qu'elle est mariée depuis 24 juin 2017 avec M. B C de nationalité française, qu'elle est contrainte de résider en dehors du domicile conjugal du fait de l'état de santé de son époux et de son emploi et qu'elle était auparavant titulaire de deux titres de séjour en qualité de conjoint de français.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des déclarations de M. C durant l'enquête menée par les services de la gendarmerie, que Mme A réside à Vénissieux (Rhône) et qu'elle n'a rejoint le domicile conjugal à Bonneval (Eure-et-Loir) qu'à trois reprises durant l'année 2022. A cet égard, la requérante n'établit ni exercer un emploi, ni l'existence d'éléments circonstanciés relatifs notamment à l'état de santé ou à l'emploi de son époux, qui seraient de nature à justifier cet éloignement géographique. L'intéressée n'apporte par ailleurs aucun autre élément permettant d'attester qu'elle entretient des liens personnels, même à distance, avec son époux. Dans ses conditions, en relevant que la communauté de vie entre les époux n'était plus effective, le préfet d'Eure-et-Loir n'a entaché sa décision ni d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation.
8. En cinquième lieu, c'est à titre surabondant que le préfet s'est fondé, pour refuser le titre de séjour sollicité, sur l'avis " réservé " du maire quant à l'intégration républicaine de l'intéressée. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de ce que Mme A remplirait la condition d'intégration républicaine n'est donc pas de nature à entacher l'arrêté attaqué d'illégalité.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est sans enfant et que la communauté de vie avec son époux n'est pas effective. Par ailleurs, si la requérante établit avoir exercé une activité professionnelle entre le 23 décembre 2019 et le 19 août 2021, elle ne justifie toutefois pas de l'exercice d'une autre activité depuis lors. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de ses 38 ans. Par suite, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :
11. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour soulevés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNE
La greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.