jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303008 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juillet 2023 et le 5 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Fache, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :
- cette décision est dépourvue de fondement ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de 30 jours :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 décembre 2023 à 12 heures.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire d'Orléans du 1er septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Ploteau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 14 octobre 1987, est entré régulièrement en France le 2 juin 2012. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " délivrée par le préfet des Yvelines valable jusqu'au 14 avril 2021. Le 18 octobre 2021, il en a demandé le renouvellement au préfet d'Eure-et-Loir. Par l'arrêté attaqué du 5 mai 2023, le préfet d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Orléans du 1er septembre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les accords conclus entre la France et le Maroc, cite les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code relatif à l'obligation de quitter le territoire français et l'article L. 612-1 de ce code s'agissant du délai de départ volontaire, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant des considérations de fait, cet arrêté mentionne la nationalité du requérant, indique sa situation administrative en France et précise qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français. Concernant l'obligation de quitter le territoire français, l'arrêté attaqué énonce que M. A est désormais dépourvu de tout droit au séjour et s'agissant du délai de départ volontaire, il relève l'absence de démonstration d'une situation personnelle justifiant l'octroi d'un délai supérieur à 30 jours. Enfin, l'arrêté litigieux souligne, après avoir examiné la situation de M. A, que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas méconnus. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérants de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " et aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. "
5. M. A justifie être le père de quatre enfants français, dont deux nés d'une première union les 30 juillet 2018 et 13 décembre 2019 et deux nés d'une seconde union les 28 octobre 2020 et 6 juin 2022. Il soutient qu'il est dans l'impossibilité de contribuer à leur entretien et à leur éducation en raison de l'opposition de la mère des deux aînés, avec laquelle il est en instance de divorce. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier que l'exercice de l'autorité parentale sur les deux aînés a été retiré à M. A par une ordonnance du 26 janvier 2022 rendue dans le cadre de la procédure de divorce ayant également fixé la résidence de ces derniers chez leur mère, il résulte des dispositions de l'article 371-2 du code civil que cette situation ne dispense pas le requérant de contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, pour lesquels l'ordonnance précitée lui accorde d'ailleurs un droit de visite et d'hébergement. Le requérant soutient qu'il a été empêché d'exercer ce droit en raison de la non-représentation des enfants entre le 31 juillet 2022 et le 13 novembre 2022 et établit avoir déposé une plainte en ce sens. Toutefois, alors qu'il ressort des termes de la requête que la mère des deux premiers enfants a quitté le domicile conjugal avec ces derniers en mai 2021 et qu'il est constant que le requérant a pris les enfants en charge à son domicile quelques semaines en août-septembre 2021, il ne produit aucune pièce antérieure ou postérieure à cette période établissant qu'il exerce effectivement son droit de visite ou d'hébergement ou qu'il verse la pension alimentaire mise à sa charge par l'ordonnance précitée du 26 janvier 2022. Enfin, si M. A fait valoir qu'il dispose de faibles ressources et justifie être au chômage depuis le 2 mars 2022, il ressort néanmoins de son avis d'imposition de 2022 qu'il a déclaré 6 080 euros de salaires en 2021, sans pour autant justifier d'une contribution récente, même faible, à l'entretien de ses enfants.
6. D'autre part, s'agissant de ses deux autres enfants nés de sa seconde union, M. A indique ne pas résider avec leur mère. Par ailleurs, il ne démontre pas ni même n'allègue résider avec leurs deux enfants ni contribuer à leur entretien et à leur éducation.
7. Dans ces conditions, en l'absence de justification de sa contribution récente à l'entretien et à l'éducation d'aucun de ses enfants, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Eure-et-Loir a commis une erreur d'appréciation en refusant le renouvellement sollicité et en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 7 que M. A ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. En outre, il ne justifie ni même n'allègue aucune intégration professionnelle ou sociale en France, où il est entré à l'âge de 24 ans et ne soutient pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, alors que l'arrêté attaqué relève que ses parents et quatre membres de sa fratrie y résident. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
10. En premier lieu, comme il a été dit au point 3 du présent jugement, cette décision vise les accords conclus entre la France et le Maroc et cite les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constituent la base légale du refus de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision est dépourvue de fondement doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. () ".
12. M. A soutient que son droit à une carte de résident en qualité de parent d'enfant français n'a pas été examiné. Toutefois, il n'établit pas avoir demandé un titre de séjour sur ce fondement. Au surplus, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un étranger qui est parent d'un enfant français ne peut se voir délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans que s'il remplit les conditions prévues pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle en qualité de parent d'enfant français, notamment celle tenant à la contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Par suite, dès lors que le préfet d'Eure-et-Loir a relevé que M. A ne remplissait pas les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'avait pas à examiner son droit à une carte de résident fondée sur l'article L. 423-10 du même code. Le moyen tiré du défaut d'examen doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 7 du présent jugement que le requérant ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants de M. A, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
15. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".
16. M. A fait valoir qu'une audience de mise en état dans le cadre de la procédure de divorce ayant été renvoyée au 4 octobre 2023, un délai de départ volontaire de 180 jours aurait dû lui être accordé. Toutefois, une telle circonstance, alors au surplus qu'il ressort des pièces du dossier que sa présence à cette audience n'est pas requise, n'est pas de nature à établir que l'autorité administrative, qui dispose d'un pouvoir discrétionnaire en la matière, devait lui accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à la durée de départ volontaire doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
Coralie PLOTEAU
Le président,
Denis LACASSAGNE La greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026