vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303069 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ESNAULT-BENMOUSSA |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 21 juillet 2023 sous le numéro 2303069, M. A C, représenté par Me Esnault-Benmoussa, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;
3°) à défaut, d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne lui remettant pas un récépissé de demande de titre de séjour et en mettant près de dix mois pour se prononcer ;
- en examinant sa demande de titre de séjour au regard de sa situation professionnelle et non en vertu de son pouvoir de régularisation, le préfet a commis une erreur de droit ;
- la décision portant refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet ne pouvait pas se borner à lui refuser le titre de séjour sollicité au seul motif qu'il ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation ainsi que sur celle de sa famille ;
Sur la décision portant interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit et porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 25 septembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.
II. Par une requête enregistrée le 21 juillet 2023 sous le numéro 2303070, Mme B D, épouse C, représentée par Me Esnault-Benmoussa, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;
3°) à défaut, d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne lui remettant pas un récépissé de demande de titre de séjour et en mettant près de dix mois avant de se prononcer ;
- en examinant sa demande de titre de séjour au regard de sa situation professionnelle et non en vertu de son pouvoir de régularisation, le préfet a commis une erreur de droit ;
- la décision portant refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet ne pouvait pas se borner à lui refuser le titre de séjour sollicité au seul motif qu'elle ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation ainsi que sur celle de sa famille ;
Sur la décision portant interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit et porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 25 septembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.
Les parties ont été informées dans chacune des instances, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants marocains s'agissant de l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir général de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2303069 et 2303070 visées ci-dessus, présentées par M. C et Mme D, épouse C, concernent un couple d'étrangers, présentent à juger les mêmes questions et on fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
2. Mme B D, épouse C, ressortissante marocaine née le 3 septembre 1970, est, selon ses déclarations, entrée régulièrement sur le territoire français, accompagnée de son fils né en 2009, le 29 juillet 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour de type C valable du 31 mars 2017 au 30 mars 2019. Son époux, M. A C, ressortissant marocain né le 24 juillet 1971, est, selon ses déclarations, entré pour la dernière fois sur le territoire français le 16 septembre 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour de type C valable du 31 mars 2017 au 30 mars 2019. Le 18 septembre 2019, ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par deux arrêtés du 21 novembre 2019, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté leurs demandes et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ils ont contesté ces arrêtés devant le tribunal administratif d'Orléans qui par un jugement du 5 novembre 2020 a rejeté leur requête. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, le 13 juillet 2022, ils ont de nouveau sollicité leur régularisation. Par les deux arrêtés attaqués du 30 mai 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont il est fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1, L. 612-1, L. 612-8 et L. 612-12 ainsi que le code des relations entre le public et l'administration. Elles mentionnent les circonstances propres à la situation des requérants à raison desquelles le préfet a estimé ne pas devoir faire droit aux demandes qui lui étaient soumises, en particulier au regard de leurs conditions d'entrée sur le territoire français et de leur situation personnelle et familiale. Elles précisent, par ailleurs, que les requérants n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Ainsi, les arrêtés attaqués sont suffisamment motivés et satisfont aux dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, s'agissant des refus de titre de séjour, comme à celles de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant des obligations de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des arrêtés du préfet d'Indre-et-Loire doit dès lors être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le récépissé a pour seul objet de constater le dépôt d'un dossier complet de demande de titre de séjour et de régulariser la situation du demandeur pendant la période d'instruction de sa demande. La délivrance du récépissé n'est pas une formalité faisant partie du processus d'élaboration de la décision à prendre sur la demande de délivrance d'un titre de séjour. La circonstance que les services de la préfecture d'Indre-et-Loire n'aient pas délivré aux requérants, pendant l'instruction de leurs demandes de titre de séjour, un récépissé les autorisant à séjourner provisoirement sur le territoire français en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en tout état de cause, sans influence sur la légalité des décisions contestées.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".
7. D'une part, aucune disposition législative ou réglementaire ne fixe, à peine d'illégalité, de délai pour la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les demandes de titre de séjour de M. et Mme C ont été enregistrées le 13 juillet 2022 par les services de la préfecture d'Indre-et-Loire. Ainsi, à la date des arrêtés contestés, soit le 30 mai 2023, les demandes de titre de séjour des intéressés avaient fait l'objet de décisions implicites de rejet, qui auraient pu être contestées par les requérants et auxquelles les arrêtés litigieux se sont substitués. Dans ces conditions, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés contestés sont illégaux du fait d'un délai excessif d'instruction de leurs demandes.
8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Indre-et-Loire aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle des requérants avant de refuser de leur délivrer un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré d'un tel défaut d'examen doit être écarté.
9. En cinquième lieu, d'une part, l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
10. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de l'accord franco-marocain n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur un autre fondement que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée et après avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
11. Il ressort des décisions attaquées que, pour refuser de délivrer un titre de séjour en qualité de salarié aux requérants, le préfet d'Indre-et-Loire a tout d'abord, comme cela lui était loisible, examiné leur situation au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en relevant à bon droit que les intéressés ne justifiaient pas d'un visa de long séjour, puis dans un second temps, a examiné leur demande d'admission exceptionnelle au séjour en mentionnant la situation professionnelle de chacun d'eux au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a, ce faisant, méconnu pour partie le champ d'application de ces dispositions. Toutefois, il y a lieu de substituer à cette base légale erronée en ce qui concerne l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié celle tirée du pouvoir, dont dispose le préfet, de régulariser ou non la situation d'un étranger, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. D'une part, s'agissant de Mme C, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne peut se prévaloir d'aucune insertion professionnelle avant la date de la décision attaquée et que la promesse d'embauche sur des fonctions de couturière dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée dont elle se prévaut a été établie par la société SAM Retouches le 25 mai 2023, soit à peine cinq jours avant la date de la décision attaquée. Dès lors, en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salariée, au titre de son pouvoir de régularisation, le préfet d'Indre-et-Loire n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
13. D'autre part, M. C fait valoir que, présent sur le territoire français depuis 2017, il s'y est intégré professionnellement. Pour justifier de son intégration, il se prévaut simplement d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée à plein temps établi par l'entreprise LR Maytacos le 15 juin 2022 pour un poste d'employé polyvalent de restauration pour lequel son employeur a déposé le 1er juillet 2022 une demande d'autorisation de travail auprès des services compétents. Toutefois, il ressort de cette promesse d'embauche et il n'est pas contesté, qu'elle n'était valable que jusqu'au 15 juillet 2022. Dès lors, en estimant que les circonstances invoquées par M. C étaient insuffisantes pour justifier une insertion professionnelle notable et ancrée en France et ne permettaient pas la délivrance, au titre de son pouvoir de régularisation, d'un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. Enfin, M. et Mme C font valoir, pour justifier leur admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, qu'ils sont présents sur le territoire français depuis 2017, que leur fils, né au Maroc en 2009, est scolarisé, qu'ils parlent couramment le français et n'ont jamais fait l'objet d'une sanction pénale et qu'enfin M. C, qui occupe un poste de dirigeant et d'entraîneur au sein d'un club sportif, est fortement impliqué dans le secteur associatif. Toutefois, ces seules circonstances ne suffisent pas à établir que la situation des requérants répond à des considérations humanitaires ou que leur admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer aux intéressés un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
16. En se prévalant de ces stipulations, les requérants font valoir qu'ils résident en France depuis près de six ans à la date de la décision attaquée et qu'ils présentent des gages d'insertion socio-professionnelle. Toutefois, d'une part, comme cela a été énoncé aux points 12 et 13 du présent jugement, ni M. C, ni son épouse ne justifient d'une intégration professionnelle notable, et d'autre part, ils ne justifient pas d'une intégration sociale particulière. En outre, si leurs fils est effectivement scolarisé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dans l'impossibilité de suivre une scolarité normale dans le pays dont il a aussi la nationalité et que ses parents n'ont quitté qu'à l'âge respectivement de quarante-six et quarante-sept ans et où ils n'établissent pas être dépourvus de toute attache. Dans ces conditions, à défaut pour les requérants d'établir que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans leur pays d'origine, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des motifs du refus. Ainsi, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de délivrer un titre de séjour aux requérants, ni porté une appréciation manifestement erronée quant aux conséquences de ses décisions sur la situation du couple.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". En vertu de l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
18. En premier lieu, les décisions prononçant à l'encontre des requérants une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an mentionnent les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se fondent sur le fait que les requérants n'établissent pas être entrés régulièrement sur le territoire français en 2017, que leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour sont rejetées, qu'ils ont déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle ils n'ont pas déférée, qu'ils ne justifient d'aucune insertion dans la société française, qu'ils n'établissent pas être dépourvus de toute attache dans leur pays d'origine et que, nonobstant le fait que leur présence en France ne constitue pas un trouble à l'ordre public, la mesure prise à leur encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à leur droit au regard de leur vie privée et familiale. Il s'en suit que ces décisions ne sont ni insuffisamment motivées et ni entachées d'erreur de droit au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 16, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors même que les requérants sont présents sur le territoire français depuis près de six ans à la date des arrêtés attaqués, que les interdictions de retour contestées portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et méconnaissent, par suite, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B D, épouse C et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2303069
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026