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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303074

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303074

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Laurent Toubale, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2023 du préfet de Loir-et-Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Vietnam comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer son dossier dans le délai de quinze jours ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son dossier n'a pas été examiné avec sérieux ;

- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant vietnamien né le 9 avril 1978, a déclaré être entré en France le 16 juillet 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 30 septembre 2019, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du

29 janvier 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 25 juin 2021 par la cour nationale du droit d'asile. Le 7 décembre 2021, le requérant a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée pour irrecevabilité par une décision du

15 décembre 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par l'arrêté attaqué du 6 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Vietnam.

2. En premier lieu, le requérant soutient que le préfet de Loir-et-Cher n'a pas examiné sérieusement son dossier. Toutefois, l'arrêté attaqué rappelle les conditions d'entrée du requérant sur le territoire français, les décisions de rejet de sa demande d'asile et de réexamen de cette demande prises par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile, sa nationalité ainsi que sa situation familiale. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et complet de sa situation.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il court un danger mortel en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il est entré assez récemment en France, le 16 juillet 2019, et s'est maintenu sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelle dont il est fait état au point 1. Il est célibataire et sans personne à charge. Il ne justifie pas, par les pièces produites, qu'il ferait l'objet de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Vietnam. D'ailleurs, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile et sa demande de réexamen. Par suite, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour du requérant et au caractère assez récent de ce séjour, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Le requérant soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Vietnam. Toutefois, les documents qu'il produit, qui émanent de lui-même ou de personnes résidant en France qui dès lors n'ont pu constater qu'il aurait fait l'objet de sévices dans son pays d'origine, sont insuffisants pour établir qu'il ferait l'objet de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Vietnam. Au demeurant, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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