mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303185 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | LARMANJAT |
Vu la procédure suivante :
I° - Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023 sous le n° 2303185, M. D B, représenté par Me Emmanuelle Larmanjat, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Arménie comme pays de destination de sa reconduite ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivé, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
II° - Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023 sous le n° 2303187, Mme E C, représentée par Me Emmanuelle Larmanjat, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Arménie comme pays de destination de sa reconduite ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivé, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.
M. B et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 1er septembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Larmanjat, avocate de M. B et de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme C, ressortissants arméniens nés les 31 juillet 1961 et 21 décembre 1963, ont déclaré être entrés en France respectivement le 8 novembre 2021 et le 28 novembre 2021 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 1er décembre 2021, ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Placés en procédure Dublin suite à leur identification en Allemagne et après accord de ce pays pour leur réadmission, ils ont fait l'objet le 10 mars 2022 d'un arrêté de transfert vers les autorités allemandes. Après échec de cette procédure, leurs demandes ont été rejetées par des décisions du 4 janvier 2023, notifiées le 24 janvier 2023. Par les arrêtés attaqués du 18 juillet 2023, la préfète du Loiret les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Arménie.
2. Les deux requêtes susvisées ont pour objet le droit au séjour d'un couple d'étrangers. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. Christophe Carol. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté, la délégation de signature conférée à M. A est exercée, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
5. En l'espèce, les obligations de quitter le territoire attaquées du 18 juillet 2023 visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionnent les éléments de fait propres à la situation des requérants, notamment relatifs à leur situation familiale, à raison desquels la préfète les a obligés à quitter le territoire français à destination de leur pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi et même si elles ne font pas état de l'état de santé du requérant, les obligations de quitter le territoire sont suffisamment motivées en application des dispositions précitées de l'article
L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la préfète, après avoir rappelé la nationalité des requérants et les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant leurs demandes d'asile et fait référence aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a indiqué que les requérants n'établissaient pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Les décisions fixant le pays de destination attaquées sont ainsi suffisamment motivées.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Les requérants se prévalent de ces stipulations en faisant valoir qu'ils sont arrivés en France avec leur fils et leur belle-fille, que ces derniers ont eu un enfant en juin 2022 en France et sont dans l'attente de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides sur leurs demandes d'asile et, par suite, sont en droit de se maintenir sur le territoire français, que s'ils retournaient en Arménie, ils rompraient tous liens avec eux et que l'état psychologique dans lequel se trouvent les membres de la famille, et notamment M. B qui est malade, ne peut qu'être aggravé par cette séparation. Toutefois, ils sont entrés très récemment en France, les 8 et 28 novembre 2021. Ils n'établissent pas que leur présence auprès de leurs fils et belle-fille et leur enfant serait nécessaire. Ils ne justifient pas davantage que l'état de santé de M. B nécessiterait la présence de leurs fils et belle-fille. En outre, ils ne contestent pas ne pas être dépourvus de liens familiaux dans leur pays d'origine dans lequel résident trois de leurs quatre enfants majeurs. Par suite, compte tenu des conditions d'entrée et de séjour en France des intéressés, les arrêtés attaqués ne portent pas à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que les arrêtés attaqués sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation en faisant valoir qu'ils sont arrivés en France en novembre 2021 avec leurs fils et belle-fille qui ont un enfant né en France en juin 2022, que les demandes d'asile de ces derniers n'ont pas encore fait l'objet d'une décision de sorte qu'ils bénéficient du droit de se maintenir sur le territoire français et que M. B a un état de santé très faible car il est atteint d'une cécité séquellaire depuis une dizaine d'année, est épileptique, a été opéré à deux reprises pour un méningiome, n'est pas autonome et ne peut se déplacer sans l'aide d'un tiers. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 7, ils sont entrés très récemment en France et ne justifient pas que la présence de leurs fils et belle-fille à leurs côtés serait indispensable. Par ailleurs, il ne ressort pas des documents médicaux qu'ils produisent que l'état de santé de M. B nécessite des soins qui ne pourraient être réalisés dans son pays d'origine. Par suite, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour des requérants et à la durée de ce séjour, les arrêtés attaqués ne sont pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés.
9. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si, en se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient que son état de santé, rappelé au point 8, ne pourrait être pris en charge en Arménie, il n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation. S'il fait également valoir qu'il n'a plus de domicile car celui-ci a été incendié par une personne qui lui réclamait une somme d'argent, il n'apporte pas davantage d'éléments ou documents à l'appui de cette allégation. Par suite, l'arrêté attaqué concernant M. B ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B et de Mme C doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, leurs conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme E C et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
Le greffier,
Roger MBELANILa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2303185
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026