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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303219

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303219

mercredi 31 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL HOUDART ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Orléans a rejeté la requête de M. C... contestant le refus de la commune de Nogent-le-Rotrou de renouveler son contrat à durée déterminée et de le placer en stage. Le juge a estimé que la décision du 10 juillet 2023 était suffisamment motivée et que la commune n’avait pas commis d’erreur en fondant son refus sur l’absence de production du permis de conduire, élément essentiel aux fonctions, et sur un comportement inadapté. Il a également écarté les moyens tirés du défaut de préavis, de l’absence d’entretien préalable, du retrait d’une promesse créatrice de droits et du détournement de pouvoir. La solution s’appuie notamment sur les dispositions du décret n° 88-145 du 15 février 1988 et du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 1er et 23 août 2023, M. C... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision en date du 10 juillet 2023 par laquelle le maire de la commune de Nogent-le-Rotrou a refusé de procéder au renouvellement de son contrat à durée déterminée (CDD) et de le placer en stage à l’échéance de son contrat en cours, soit le 13 juillet 2023 ;

2°) d’enjoindre au maire d’adopter un arrêté le plaçant en position administrative de stagiaire à compter du 14 juin 2023 et de le placer en congé de longue maladie (CLM) à compter du 25 août 2022 dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à toutes démarches afférentes pour la prise en compte du début de son stage au 14 juin 2023 dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte.

Il doit être regardé comme soutenant que :
la décision du 10 juillet 2023 en tant qu’elle porte refus de renouvellement de son CDD n’est pas motivée dès lors que la commune ne pouvait pas lui demander de lui communiquer son permis de conduire mais seulement une attestation sur l’honneur de détention d’un permis de conduire valide ou un relevé d’informations restreintes et qu’elle n’explique pas en quoi son comportement n’est pas en adéquation avec les missions de services publics ;
s’il est évoqué que son « comportement n’est pas en adéquation avec les missions de services publics de la collectivité », cette allégation est mensongère ;
la commune ne lui a pas notifié son intention de ne pas renouveler son contrat au moins 1 mois avant le terme de celui-ci ;
un entretien préalable aurait dû être organisé ;
la décision du 10 juillet 2023 en tant qu’elle porte retrait d’une promesse est illégale dès lors que la commune s’était engagée le 16 janvier 2023 à le prendre en stage au grade d’adjoint technique territorial à compter du 14 juin 2023, ce qui constitue une décision créatrice de droit ;
la décision du 10 juillet 2023 est entachée d’un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2024, la commune de Nogent-le-Rotrou, représentée par Me Champenois, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge du requérant une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 mai 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2025 à 12 heures.

Vu :
- l’ordonnance n° 2303221 du 28 août 2023 par laquelle la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. C... tendant à la suspension de la décision du 10 juillet 2023 pour défaut de doute sérieux sur sa légalité ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
la loi n° 2012-3457 du 12 mars 2012 ;
le décret n° 88-145 du 15 février 1988 modifié ;
le décret n° 96-1087 du 10 décembre 1996 ;
le décret 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;
le code général de la fonction publique ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code du travail ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme A...,
- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public,
- et les observations de M. C....


Considérant ce qui suit :

Il ressort des pièces du dossier que M. C... a été recruté par la commune de Nogent-le-Rotrou (28400) par voie de contrat à durée déterminée (CDD) « Parcours Emploi Compétence » (PEC) de droit privé conclu le 7 juin 2021 pour assurer les fonctions d’adjoint technique auprès du service voirie à compter du 14 juin 2021 pour une durée d’un an suivi de la conclusion le 9 juin 2022 d’un contrat à durée déterminée de droit public établi sur le fondement de l’article L. 332-8-2° du code général de la fonction publique pour la période du 14 juin 2022 au 13 juin 2023 inclus en qualité d’adjoint technique territorial pour assurer des fonctions d’interventions techniques. Par courrier du 10 juillet 2023, notifié le 13 juillet suivant, la commune de Nogent-le-Rotrou l’a informé ne pas vouloir procéder au renouvellement de son contrat au motif qu’il n’avait pas donné suite à la demande du 29 juin 2023 de produire une copie de son permis de conduire, élément essentiel à l’exercice de ses missions, et que son comportement n’était pas en adéquation avec les missions de service public de la collectivité. Par la présente requête, M. C... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler cette décision.

Sur le cadre juridique applicable :

En premier lieu, aux termes de l’article 38-1 du décret du 15 février 1988, dans sa rédaction applicable au litige : « Lorsqu’un agent non titulaire a été engagé pour une durée déterminée susceptible d’être reconduite, l’administration lui notifie son intention de renouveler ou non l’engagement au plus tard : / (…) - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; / - trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. Ces durées sont doublées, dans la limite de quatre mois, pour les personnels handicapés mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail, dans la mesure où la reconnaissance du handicap aura été préalablement déclarée à l'employeur et dans des délais suffisants. La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. (…) ».

Le non-respect du délai de prévenance prévu par les dispositions de l’article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, s’il est susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, n'entraîne pas l'illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat.

En deuxième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s’apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l’agent.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 241-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Sous réserve des exigences découlant du droit de l’Union européenne et de dispositions législatives et réglementaires spéciales, les règles applicables à l’abrogation et au retrait d’un acte administratif unilatéral pris par l’administration sont fixées par les dispositions du présent titre ». Selon l’article L. 242-1 du même code : « L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. »

En quatrième lieu, une promesse unilatérale de contrat est le contrat par lequel une partie, le promettant, accorde à l'autre, le bénéficiaire, le droit d'opter pour la conclusion d'un contrat, dont l'emploi, la rémunération et la date d'entrée en fonction sont déterminés, et pour la formation duquel ne manque que le consentement du bénéficiaire. D’autre part, la méconnaissance par une collectivité publique d’un engagement pris envers une autre personne constitue une faute de nature à engager sa responsabilité si cette promesse ou assurance revêt un caractère de fermeté, de formalisme ou de précision.

En cinquième et dernier lieu, l’article 1er du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux dispose : « Les adjoints techniques territoriaux constituent un cadre d'emplois technique de catégorie C au sens de l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. ». Selon l’article 3 de ce même décret : « Les adjoints techniques territoriaux sont chargés de tâches techniques d'exécution./ Ils exercent leurs fonctions dans les domaines du bâtiment, des travaux publics, de la voirie et des réseaux divers, des espaces naturels et des espaces verts, de la mécanique et de l'électromécanique, de la restauration, de l'environnement et de l'hygiène, de la logistique et de la sécurité, de la communication et du spectacle, de l'artisanat d'art. (…)/ Ils peuvent également assurer la conduite de véhicules, dès lors qu'ils sont titulaires du permis de conduire approprié en état de validité. Ils ne peuvent toutefois se voir confier de telles missions qu'après avoir subi avec succès les épreuves d'un examen psychotechnique, ainsi que des examens médicaux appropriés. Un arrêté du ministre chargé des collectivités territoriales fixe les conditions dans lesquelles ont lieu ces examens. (…) ».

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision du 10 juillet 2023 en tant qu’elle porte refus de renouvellement de contrat :

En premier lieu, une décision de non-renouvellement à son terme d’un contrat à durée déterminée d’un agent public, même prise pour des raisons tirées de la manière de servir de l’intéressé, n’est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu’être écarté.

En deuxième lieu, il résulte des pièces du dossier que la lettre datée du 10 juillet 2023 par laquelle la commune de Nogent-le-Rotrou a informé M. C... de ce que son contrat à durée déterminée ne serait pas renouvelé n’a été notifiée à l’intéressée que le 13 juillet 2023, alors que son contrat prenait fin ce même jour. Toutefois, la méconnaissance du délai institué par les dispositions de l’article 38-1 du décret du 15 février 1988 citées au point 2, si elle est susceptible d’engager la responsabilité de l’administration, n’entraîne cependant pas l’illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat. Par suite, M. C... ne peut utilement soutenir que la décision contestée serait illégale en se bornant à faire valoir que le délai de prévenance n’a pas été respecté. Ce moyen doit par suite également être écarté.

En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 que M. C... n’est pas fondé à soutenir que la décision de non-renouvellement de son contrat aurait dû être précédée d’un entretien préalable dès lors que la durée de l’ensemble des contrats n’était pas supérieure ou égale à trois ans. Par suite, ce moyen doit être écarté comme manquant en droit.

En quatrième lieu, M. C... soutient que la décision de non renouvellement ne serait pas justifiée. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Nogent-le-Rotrou lui a opposé deux motifs pour ne pas renouveler son contrat, à savoir, d’une part, le défaut de présentation de son permis de conduire et, d’autre part, un comportement inadéquat. Il est constant que, par une note de service du 24 avril 2023, la collectivité a demandé à l’ensemble des agents concernés de présenter un permis de conduire valide. Si M. C..., qui ne conteste pas ne pas avoir fourni la pièce qui lui a été demandée le 29 juin 2023, se borne à soutenir que son employeur ne pouvait légalement lui demander de produire un tel permis mais seulement une attestation sur l’honneur de détention d’un permis de conduire valide ou un relevé d’informations restreintes, il ne justifie ni même n’allègue avoir produit une quelconque pièce permettant d’attester auprès de son employeur qu’il disposait toujours d’un permis de conduire valide, et alors qu’il ressort de ses écritures mêmes que celui-ci avait été suspendu et qu’il était par suite dans l’impossibilité de faire droit à cette demande. Dans ces conditions, et au regard des besoins du service de la voirie et des missions relevant de son cadre d’emploi telles que citées au point 5, M. C... ne peut soutenir que, les missions s’effectuant à deux, il n’était pas nécessaire qu’il puisse conduire un véhicule de service et que la demande de permis n’était dès lors pas justifiée. Par suite, la commune de Nogent-le-Rotrou justifie, par ce seul motif, l’intérêt du service fondant la décision contestée.

En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de ce qui a été dit au point précédent que la décision attaquée serait entachée d’un détournement de pouvoir.

En ce qui concerne la décision du 10 juillet 2023 en tant qu’elle porte refus de stagiairisation :

Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 16 janvier 2023, la commune de Nogent-le-Rotrou s’est de manière précise et univoque engagée à recruter M. C... en qualité de stagiaire dans le grade d’adjoint technique territorial à compter du 14 juin 2023, ajoutant que « la présente lettre vaut promesse d’embauche pour faire valoir ce que de droit ». Si M. C... soutient que la décision du 10 juillet 2023 emporterait également refus de le stagiairiser en méconnaissance de cette promesse, cette circonstance est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision contestée dans le cadre du présent litige d’excès de pouvoir. Il suit de là que les moyens tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que du détournement de pouvoir doivent être écartés comme inopérants. En tout état de cause, la décision du 10 juillet 2023 ne saurait être regardée comme procédant au retrait de la promesse du 16 janvier 2023 en raison du changement de circonstances de fait tenant notamment à la suspension du permis de conduire exigé pour le bon accomplissement des fonctions de M. C..., ainsi qu’il a été dit au point 10.

Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du maire en date du 10 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement qui rejette les conclusions de la requête de M. C... à fin d’annulation n’appelle aucune mesure d’exécution. Par suite, ses conclusions à fin d’injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d’instance :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. C... la somme que demande la commune de Nogent-le-Rotrou au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Nogent-le-Rotrou sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et à la commune de Nogent-le-Rotrou.


Délibéré après l'audience du 10 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,
M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,
Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2025.


La rapporteure,

Aurore A...
Le président,

Samuel DELIANCOURT



La greffière,




Aurore MARTIN


La République mande et ordonne au préfet d’Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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