jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 août 2023 et le 30 août 2024, M. A B, représenté par Me Kutta Engome, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, celle par laquelle elle a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour ainsi que la décision du 20 février 2023, portée à sa connaissance et à celle de son conseil le 3 août 2023, par laquelle elle lui a expressément refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision implicite portant refus de renouvellement d'un récépissé est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de la communication des motifs.
Par des mémoires enregistrés le 25 février 2024 et le 13 août 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable pour tardiveté car le requérant n'a pas expressément indiqué son changement d'adresse via le dispositif dédié et n'établit ni même n'allègue avoir organisé la réexpédition de son courrier et par suite le pli recommandé expédié à sa dernière adresse connue, retourné le 23 février 2023 avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ", présenté le 20 février 2023 vaut notification de la décision ;
- la demande de renouvellement de son récépissé en date du 29 mars 2023 est devenue sans objet dès lors qu'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour a été prise le 20 février 2023 ;
- les moyens de la requête ne sont, en tout état de cause, pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Kutta Engome, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 1er mars 1975, est selon ses déclarations, entré sur le territoire français en 1989. Après avoir obtenu un premier titre de séjour en qualité de salarié, en 1997, il s'est vu attribuer une carte de résident en qualité de parent d'enfant français dont, par courrier du 31 janvier 2020, la préfète du Loiret a refusé le renouvellement au motif que son comportement était constitutif d'une menace à l'ordre public. En considération de sa situation familiale et de la durée de sa présence sur le territoire français, un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an valable du 6 janvier 2020 au 5 janvier 2021 lui a été délivré dont il a sollicité le renouvellement le 29 décembre 2020. La préfète du Loiret lui a délivré trois récépissés successifs de demande de titre de séjour, le dernier étant valable jusqu'au 9 avril 2023. Le 29 mars 2023, il a demandé le renouvellement de son récépissé ainsi que la communication des motifs de son refus par un courrier du 13 juin 2023 en l'absence de décision expresse. Par un courrier réceptionné le 3 août 2023, la préfète a porté à la connaissance de son conseil la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour en date du 20 février 2023 notifiée par voie postale le 22 février 2023 à son ancienne adresse ainsi que l'absence d'objet de sa demande de renouvellement de sa demande de récépissé en date du 29 mars 2023. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour, ensemble la décision implicite de refus de renouvellement d'un récépissé ainsi que la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour prise le 20 février 2023 par la préfète du Loiret.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il suit de là que la demande de M. B tendant à l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par la préfète du Loiret sur sa demande de renouvellement de titre de séjour du 29 décembre 2020 doit être regardée comme dirigée contre la décision explicite du 23 février 2023 par laquelle la préfète du Loiret a confirmé ce rejet.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-9 du code précité : " L'accès de l'enfant français à la majorité ne fait pas obstacle au renouvellement de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7 ".
4. M. B fait valoir qu'il remplit les conditions prévues aux articles cités ci-dessus dès lors qu'il est père de six enfants français, dont trois encore mineurs avec lesquels il réside et qu'il entretient des relations étroites avec ses trois aînés, nés de précédentes relations, devenus majeurs. Toutefois, il n'établit pas, par la seule production de leur acte de naissance, contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans s'agissant des enfants mineurs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. B fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis 1989, qu'y réside sa fratrie, ses six enfants ainsi que les trois femmes avec lesquelles il a eu ses enfants et enfin qu'il ne dispose plus d'attache dans son pays d'origine. Toutefois, d'une part, il n'établit pas entretenir des liens particuliers avec sa fratrie, d'autre part, comme énoncé au point 4, il n'établit pas plus contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants mineurs, et enfin, s'il se prévaut d'une vie commune avec la mère de ses trois enfants mineurs, il ressort des pièces du dossier que celle-ci ne peut être établie qu'à compter de 2021, date à laquelle ils se sont mariés, et qu'elle est donc relativement récente à la date de la décision attaquée. En outre, il est constant que M. B, qui a fait l'objet de douze condamnations à des peines d'emprisonnement entre 2000 et 2014, d'une peine d'amende pour usage illicite de stupéfiants en 2018 et qu'il a également été impliqué dans des faits récents pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité lors d'une manifestation sur la voie publique en 2018, pour refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique en 2019 et pour menace de mort réitéré en 2020, ne produit aucune pièce de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la préfète sur son absence de volonté d'intégration sociale et du respect des principes fondamentaux des lois de la République française. Il en résulte que M. B ne démontrant pas s'être particulièrement intégré tant d'un point de vue professionnel que social malgré la durée de sa présence en France, la préfète du Loiret, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive eu égard aux buts en vue desquels cette mesure a été prise, et n'a par la suite pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Au regard des éléments exposés aux points 4 et 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".
10. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour. M. B ne remplissant pas les conditions pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit donc être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Loiret.
En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement d'un récépissé de demande de titre de séjour :
12. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle M. B a demandé le renouvellement de son récépissé, soit le 29 mars 2023, la préfète avait déjà expressément refusé de renouveler son titre de séjour de séjour, le 20 février 2023. Bien que cette décision n'ait été portée à sa connaissance que le 3 août 2023, le requérant en avait reçu notification lorsqu'il a saisi le tribunal. Ainsi, à la date de l'enregistrement de sa demande au greffe du tribunal, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète du Loiret a refusé de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour étaient sans objet et par suite irrecevables.
Sur les autres conclusions :
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sophie Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère.
Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
Fatoumata C
La présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026