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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303377

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303377

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 août 2023 et le 11 janvier 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 23 août 2023 et le 11 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a fait obligation de se présenter deux fois par semaine auprès de la brigade mobile de recherche d'Orléans et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de reprendre l'instruction de son dossier et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il démontre être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 février 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Keiflin,

- et les observations de Me Duplantier, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant congolais, né le 29 mars 1976, est entré sur le territoire français le 8 janvier 2016 selon ses déclarations, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a présenté une demande de reconnaissance du statut de réfugié qui a été rejetée par une décision du 12 septembre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis confirmé par une décision du 25 novembre 2019 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. C a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 26 juin 2020 qui a été confirmée par un jugement de ce tribunal du 14 octobre 2020 et par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Versailles du 16 décembre 2021. Le 26 août 2022, il a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 16 mai 2023, dont M. C demande l'annulation, la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a fait obligation de présentation deux fois par semaine auprès de la brigade mobile de recherche d'Orléans et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'article L. 435-1 permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient en effet à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C établit, d'une part, par la production d'une demande d'autorisation de travail présentée par la société TVB le 25 juillet 2022, accompagnée du formulaire Cerfa et des pièces nécessaires à l'instruction, qu'il disposait d'une promesse d'embauche en qualité d'électricien du bâtiment pour un contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2022, et d'autre part, qu'il est titulaire d'un diplôme d'ingénieur technicien en électricité. La circonstance que la demande d'autorisation de travail ait été signée par une personne ayant reçu pouvoir de la part de Mme A, actionnaire unique et présidente de la société TVB, n'est pas de nature à vicier ce document. En outre, il n'est pas contesté que le secteur du bâtiment, dans lequel souhaite exercer le requérant, relève d'un secteur qui connaît des difficultés de recrutement. Aux termes de l'arrêté contesté, la préfète du Loiret a retenu, à tort, que M. C n'a pas produit une demande d'autorisation de travail souscrite par son employeur. Elle a ainsi entaché sa décision de refus de titre d'un défaut d'examen de la situation particulière du requérant.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle la préfète du Loiret a refusé de délivrer à M. C le titre de séjour mention " salarié " sollicité, doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et obligation de se présenter deux fois par semaine auprès de la brigade mobile de recherche d'Orléans et celle fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif d'annulation retenu et alors qu'en l'état du dossier, aucun autre moyen d'annulation n'est susceptible d'être accueilli, que la préfète du Loiret délivre à M. C un titre de séjour. En revanche, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Duplantier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Duplantier de la somme sollicitée de 1 300 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 16 mai 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la situation de M. C, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Duplantier, avocate de M. C, une somme de 1 300 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète du Loiret et à Me Duplantier.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

La rapporteure,

Laura KEIFLIN

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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